Italie : Giorgia Meloni « contre l’islamisation de l’Europe et l’immigration de masse ».

Les thèmes de prédilection de Giorgia Meloni, la cheffe du parti nationaliste Fratelli d’Italia donné en tête aux législatives de dimanche en Italie ? Ceux d’une extrême droite proche d’Éric Zemmour.

« Si vous vous sentez offensés par le crucifix, ce n’est pas ici [en Italie] que vous devez vivre. Le monde est vaste et il est plein de nations islamiques où vous ne trouverez pas un crucifix parce que les chrétiens y sont persécutés et les églises y sont rasées […]. Nous nous battrons contre l’islamisation de l’Europe, parce que nous n’avons aucune intention de devenir un continent musulman. »

Ainsi parlait Giorgia Meloni en octobre 2019 devant ses militants à Rome. Dimanche 25 septembre, cette ex-admiratrice de Mussolini, cheffe de Fratelli d’Italia (FdI), formation ultra-conservatrice, identitaire et nationaliste, pourrait être portée au pouvoir par l’alliance des droites, favorite des législatives.

 

L’élection est suivie de près à Bruxelles après la victoire d’un bloc de droite et d’extrême droite aux législatives suédoises, car Giorgia Meloni, décrite idéologiquement plus proche d’Éric Zemmour que de Marine Le Pen, pourrait devenir la première cheffe de gouvernement d’un pays fondateur de l’Europe communautaire à la tête d’un parti post-fasciste.

« La Meloni », comme on l’appelle en Italie, 45 ans, s’est coalisée avec Forza Italia (FI, droite) du magnat octogénaire Silvio Berlusconi et la Ligue de Matteo Salvini, ancien ministre de l’Intérieur poursuivi en justice pour avoir bloqué des navires humanitaires secourant les migrants en Méditerranée.

Ensemble, ils pourraient obtenir la majorité absolue des sièges à la Chambre des députés et au Sénat avec une avance confortable sur le Parti démocrate (PD) d’Enrico Letta, qui a échoué à faire l’unité au centre et à gauche.

Une multiplication des centres de surveillance

Si ses partisans la créditent d’un « verbe affûté », ses détracteurs dénoncent la violence de ses propos, en particulier sur l’islam.

En matière d’immigration, elle dénonce « l’islamisation » de l’Europe, se prononce pour la fermeture des ports afin d’empêcher les navires d’ONG de débarquer des migrants, et propose une multiplication des centres de surveillance et des expulsions.

Le gouvernement populiste italien face aux flux migratoires

En juillet 2017, elle avait boycotté la réception donnée pour la fête nationale à l’ambassade de France, outrée par un don de 100 000 euros de la Ville de Paris à Sea Watch, une ONG qui porte secours aux migrants, dénonçant de « nouvelles provocations intolérables de Paris ».

En août 2019, alors que l’arrivée du navire de l’ONG Proactiva Open Arms avec 147 migrants à bord cristallisait les désaccords entre partis politiques italiens, elle proposait de créer un blocus naval qui empêcherait l’embarquement des migrants depuis la Libye ou la Tunisie.

Si son parti remporte les législatives, elle promet de faire passer « les Italiens d’abord », que ce soit sur les questions éducatives, d’emploi, de logement, d’aides sociales ou de santé.

Au-delà des musulmans et des migrants, Giorgia Meloni ne cache pas non plus son hostilité à l’égard de la communauté LGBTQI+.

« On parle maintenant de supprimer la mention ‘’père’’ et ‘’mère’’ » sur les documents officiels. Parce que la famille est un ennemi, l’identité nationale est un ennemi, l’identité de genre est un ennemi », a-t-elle accusé devant ses militants à Rome en octobre 2019. « Nous sommes des personnes et nous défendrons notre identité. Je suis Giorgia, je suis une femme, je suis une mère, je suis italienne, je suis chrétienne. »

« Femme, italienne, chrétienne » et ultraconservatrice

Comment celle qui a grandi dans un quartier populaire de Rome (d’où elle tient son « débit de mitraillette quand sa parole s’emballe », selon Le Monde) a-t-elle réussi cette progression éclair ? « Giorgia Meloni est avant tout une populiste qui sent les bons coups », éclaire Alban Mikoczy, correspondant de France Télévisions à Rome. Un flair acquis au cours de trente ans de carrière en politique.

A 15 ans seulement, elle a rejoint l’organisation de la jeunesse du Mouvement social italien (MSI), formation post-fasciste fondée par des partisans de Benito Mussolini, rapportent Les Echos. A l’époque, la jeune militante expliquait volontiers à la télévision française que le dictateur italien avait été « un bon politicien ». Un engagement à « l’opposé de son père communiste », qui a délaissé sa famille alors que Giorgia Meloni n’avait que 2 ans, souligne La Tribune de Genève.

La cheffe de Fratelli d’Italia s’efforce désormais de prendre ses distances avec ces racines. « Cela fait des années que la droite italienne a envoyé le fascisme aux oubliettes de l’histoire, et condamné sans ambiguïté la suppression de la démocratie et les infâmes lois antijuives », assurait-elle ainsi mi-août, dans une vidéo en français, anglais et espagnol publiée sur Twitter. Pas question pour autant de (trop) critiquer Benito Mussolini, dont elle reconnaît « les erreurs » tout en affirmant qu’il a « beaucoup accompli ».

Si l’emblème de Fratelli d’Italia (une flamme rouge-blanc-vert) est un legs du MSI, la politicienne assure que son parti n’a rien à voir avec l’extrême droite. Mais son programme en comporte plusieurs marqueurs, liste Libération : lutte contre « l’islamisation » et l’immigration illégale, euroscepticisme, « défense de la patrie », opposition au mariage et à l’adoption pour les couples LGBT… « Je suis Giorgia, je suis une femme, je suis une mère, je suis italienne, je suis chrétienne », résumait-elle en 2019, lors d’un rassemblement à Rome.

Une notoriété « construite dans l’opposition »

Son parti n’est pas le seul à porter ces valeurs. « La ligne de Fratelli d’Italia est très proche de celle de La Ligue« , souligne Sofia Ventura, professeure de science politique à l’université de Bologne. Le mouvement de Matteo Salvini avait réussi une percée historique lors des législatives de 2018, formant une coalition avec le parti antisystème Mouvement Cinq Etoiles (M5S) pour diriger le pays. Mais en 2019, le leader de la Ligue a décidé de quitter le gouvernement et de dynamiter cette alliance. Depuis, son parti ne cesse de chuter dans les sondages.

 

NDLR

Le fascisme est un système politique autoritaire qui associe populisme, nationalisme et totalitarisme au nom d’un idéal collectif suprême. Mouvement d’extrême droite révolutionnaire, il s’oppose frontalement à la démocratie parlementaire et au libéralisme traditionnel, et remet en cause l’individualisme codifié par la pensée philosophique des Lumières. Issu de diverses composantes de la philosophie européenne du xixe siècle, le fascisme a trouvé dans les circonstances économiques et historiques de l’après-première guerre mondiale le contexte qui lui a permis d’accéder au pouvoir, d’abord en Italie dans les années 1920 avec Mussolini, puis sous une variante accentuée, militariste, en Allemagne dans les années 1930 avec le nazisme d’Adolf Hitler.

Le terme fascisme s’applique au sens strict à la période mussolinienne de l’histoire italienne et au sens large à un système politique aux caractéristiques inspirées par l’exemple italien et allemand, mais qui a pu prendre des aspects différents selon les pays. Des débats existent entre les historiens quant à la qualification de certains régimes (France de Vichy, Espagne franquiste…). La différence entre fascisme et totalitarisme fait l’objet de nombreux débats.

 

JForum.fr

 

 

4 Commentaires

  1. Faudrait lire : « (d’où elle tient son « débit de mitraillette quand sa parole s’emballe », selon L’Immonde)
    Cette femme défend son pays contre l’islamisation et c’est normal.
    En France, nous avons un psychopathe qui, lui, détruit son pays.

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