En Israël, une raison pour faire la fête :
Arrêtons-nous pour faire une évaluation dure et claire
A l’approche de Rosh Hashana, le nouvel an juif, le Peuple d’Israël doit reconnaître notre chance.
Il est vrai qu’aujourd’hui nous nous retrouvons largement isolés, mis de côté par nos partenaires traditionnels dans le monde occidental. Mais rester seul n’est pas toujours la pire option. Aujourd’hui ce n’est sûrement pas la pire option.
Au cours des quelques années passées, nous avons été les témoins de la radicalisation croissante et de la fragmentation des pays voisins. Les Sunnites combattent les Chiites et se battent entre eux. Les populations minoritaires sont massacrées, réduites en esclavage et opprimées. Des régimes tombent, s’élèvent et tombent de nouveau. Aujourd’hui, chaque société arabe est soit en danger, soit en guerre. Et dans presque tous les cas, on ne combat pas Le mal mais divers degrés de mal et de barbarie se combattent l’un l’autre.
Depuis l’OLP à l’Etat Islamique en passant par le Hamas, les ‘Frères Musulmans’, le régime Assad en Syrie, les ayatollahs en Iran, le Hezbollah, le régime Erdogan en Turquie et d’autres via l’Arabie saoudite, chacun des acteurs de la région a recours à quelque degré à la torture et à l’oppression.
Et tous le font en citant le Coran.
Israël a répondu rationnellement au carnage à notre seuil.
Nous aidons là où nous le pouvons. Par exemple nous assistons le régime égyptien dans sa guerre contre les forces djihadistes dans le Sinaï. Nous soutenons le régime hachémite en Jordanie. Nous apportons une aide humanitaire aux victimes du bain de sang en Syrie.
Et nous plaçons nos frontières en sécurité.
Après avoir fini de construire une barrière de sécurité avec l’Egypte, nous en construisons une le long de la frontière syrienne. Et maintenant nous plaçons une barrière à la frontière avec la Jordanie.
Ces barrières peuvent ne pas créer de bons voisins. Mais elles gardent les mauvais à distance.
Une semblable rationalité est peu disponible aujourd’hui en Europe et parmi le public intelligent en Amérique. Les Occidentaux sont de plus en plus perdus face à l’éclatement des sociétés à travers le monde arabe.
Voyez par exemple la réponse confuse et désorientée de l’Europe à la vague massive de réfugiés de Syrie s’éparpillant maintenant sur ses rives. L’aspect le plus remarquable du drame qui se déroule est que les Européens viennent de réaliser que la Syrie s’est effondrée.
La guerre en Syrie a éclaté il y a près de cinq ans.
Des centaines de milliers de personnes ont déjà été tuées dans le conflit. Dix millions de personnes – près de la moitié de la population syrienne d’avant la guerre – ont été déplacées. Au cours des quatre années écoulées, des millions de Syriens ont vécu dans des camps de réfugiés dans des Etats voisins – d’abord et avant tout en Turquie, au Liban et en Jordanie.
La plupart des réfugiés arrivant maintenant en Europe viennent de ces camps, plutôt que directement de Syrie. Plutôt que de les aider à se réinstaller sur les territoires vers lesquels ils ont fui, ou de prendre des mesures sur le territoire de la Syrie pour leur permettre de retourner vers leurs foyers, les Européens les ont largement ignorés.
Une des raisons pour lesquelles l’Europe a ignoré la Syrie bien sûr, c’est l’indifférence. Tant que cela survient « là-bas », les Européens ne pouvaient vraiment pas moins s’en soucier.
Mais l’indifférence seule ne suffit pas à expliquer comment l’Europe a été prise par surprise par un désastre humanitaire de la magnitude qui se déploie à nos frontières.
La politique de l’ identité a joué un rôle clé pour construire l’échec des politiques européennes au Moyen Orient – en Syrie et à travers le monde islamique de plus en plus déstabilisé.
La politique d’ identité distingue différents groupes selon leur position sur un spectre « d’oppression ».
Les nations occidentales, menées par l’Europe et les USA, sont classées comme « oppresseurs », du fait de leur passé « impérialiste ».
Le monde islamique au sens large est classé comme « opprimé ».
Tous les groupes qui ont reçu le statut « d’opprimés » sont dispensés de jugement, avec beaucoup moins de résistance par rapport à ceux qui tombent du côté des « oppresseurs » .
Suivant cette taxinomie, les Européens avec les secteurs de la société américaine qui ont adhéré à la politique d’identité sont incapables de reconnaître, encre moins de prendre des mesures contre des islamistes radicaux.
Ceux qui sont opprimés par les « opprimés » du monde islamique – les Yazidis, les Chrétiens et les Kurdes par exemple – peuvent ne recevoir aucune protection soutenue de leurs oppresseurs djihadistes par l’Occident « oppresseur de musulmans ».
L’immunité de l’ identité politique conférée aux groupes de population « opprimés » va à ces groupes eux-mêmes s’ils s’engagent dans l’oppression.
Il existe cependant un groupe dans le monde islamique que l’ identité politique n’immunise pas de l’opposition occidentale. L’Occident peut s’opposer aux régimes arabes qui souhaitent coopérer avec l’occident dans le combat contre les islamistes radicaux.
Le Président égyptien Abdel Fattah al-Sissi par exemple est un membre de ce groupe. Depuis qu’il a renversé le régime des « Frères Musulmans » soutenu par les USA il y a deux ans, les USA l’ont gardé à distance. Washington lui a imposé un embargo partiel sur les armes et dénié le soutien des USA pour sa guerre contre les forces djihadistes dans le Sinaï.
Et puis il y a la Libye. Le dictateur libyen Mouammar Khadafi a collaboré avec l’Occident contre al Qaïda de 2004 jusqu’à son assassinat en 2011.
Cette année-là, Kadhafi fut renversé par les forces européennes soutenues par les USA. L’Occident l’a renversé de manière à « prévenir un génocide ».
Le chaos qui s’ensuivit après son renversement permit à al Qaïda et à l’Etat Islamique de s’emparer de larges bandes du pays.
L’Occident n’eut rien à dire à cette tournure des événements
La tyrannie de l’identité politique n’est pas limitée à conférer l’immunité aux djihadistes. L’ identité politique est une vue du monde extensive, totalitaire qui dicte les réponses dans tous les domaines de l’effort humain.
Par exemple, le groupe « La vie des Noirs compte » aux USA, qui sanctionne le meurtre d’un policier, reçoit un passe-droit d’ identité politique de ses adhérents. Ses partisans considèrent tous les noirs comme des opprimés. Les Policiers, perçus comme agents de l’oppression occidentale, ne peuvent attendre aucune sympathie quand ils sont assassinés.
En Grande Bretagne, des partisans de l’ identité politique veulent non seulement voir l’Angleterre hors du Moyen-Orient, mais ils soutiennent le désarmement nucléaire unilatéral de leur pays, parce que de la façon dont ils le voient, la Grand Bretagne n’a pas besoin d’armes nucléaires à cause de son passé impérialiste.
Un témoignage de la puissance de l’ identité politique est la montée de Jeremy Corbyn. On s’attend à ce que le parlementaire travailliste radical gagne la course à la direction du Parti.
Corby est un brillant exemple du type de dirigeant produit par l’identité politique. Il s’oppose à la puissance britannique. Il est ennemi du marché libre et de l’armée britannique. Il soutient le Hamas et le Hezbollah. Il a dirigé des manifestations anti-Israël et des conférences organisées par des organisations islamistes. Il a contribué à une organisation dirigée par un négationniste de l’Holocauste et participé à ses conférences.
Et bien sûr, il s’oppose Israël et aux Juifs qui le soutiennent.
C’est la signature. La politique de l’identité définit à la fois Israël et les Juifs de Diaspora comme des « oppresseurs ».
Beaucoup d’Israéliens ainsi que des organisations juives de Diaspora ont essayé depuis des années de prouver que cela est faux. Israël et après tout la victime aussi bien des Européens que des impérialistes islamiques. Le Sionisme est un mouvement de libération nationale.
Mais ces protestations n’ont fait aucune impression sur quiconque. Et il fallait s’y attendre. Il n’est pas possible de changer la classification d’Israël sur l’échelle de l’oppression parce que l’échelle est complètement arbitraire. Pire même, toute tentative de remettre en question l’échelle arbitraire induit simplement plus d’hostilité de la part de ses adhérents. Remettre en question si des groupes opprimés sont réellement opprimés est en soit un acte d’oppression et une nouvelle preuve que ceux qui remettent en question sont en fait des oppresseurs.
En d’autres termes, l’identité politique est un univers intellectuel clos imperméable à tout doute, et à toute logique.
Selon des rapports de media, la communauté juive britannique est dans un état de panique à la perspective d’une prise de pouvoir imminente du Parti Travailliste par Corbyn. Ils comprennent que s’il gagne samedi (c’est fait depuis !) toute l’influence résiduelle qu’ils ont sur le deuxième plus grand Parti en Grande Bretagne va disparaître. Et les conséquences de cette perte d’un semblant de pouvoir ne tarderont pas à survenir.
On a rapporté cette semaine qu’au cours de l’année 2014, l’augmentation des attaques antisémites a été de 93% en Grande Bretagne. Cette semaine, une attaque brutale contre un groupe d’adolescents juifs orthodoxes à Manchester par trois musulmans antijuifs n’a été qu’un exemple particulièrement brutal de ce qui est aujourd’hui un phénomène quotidien en Grande Bretagne.
La manifestation violente contre le Premier ministre Benyamin Netanyahou à côté du 10 Downing Street mercredi était pareillement attendue. Le traitement précautionneux de la violence musulmane et le racisme enhardi des protestataires à piétiner le drapeau israélien, et l’appel à la destruction d’Israël et à tuer Netanyahou s’est déroulée à quelques mètres de l’endroit où il rencontrait le Premier ministre David Cameron.
De même aux USA, l’identité politique contrôle la vie des étudiants à l’Université depuis le moment où ils passent les portes de leur campus jusqu’au moment où ils les quittent. C’est dû à la strangulation de l’antisémitisme aujourd’hui rampant dans l’Académie américaine.
Très simplement une université qui souscrit à l’ identité politique ne peut pas accepter que des Juifs soient persécutés par les groupes qu’elle a déclarés opprimés.
L’ identité politique a aussi une influence significative sur les cercles idéologiques de Gauche hors de la classe.
Le témoignage le plus évident de leur puissance est le glissement radical du président Barack Obama dans la stratégie des USA au Moyen-Orient.
L’animosité du gouvernement Obama à l’égard d’Israël est une part de la vision du monde qui l’a amené à soutenir le renversement de Khaddafi et la montée des ‘Frères Musulmans’ en Egypte. De même le refus du gouvernement de prendre des mesures pour renverser le régime d’Assad ou détruire l’Etat Islamique en Syrie et en Irak d’un côté, et la facilitation de la montée de l’Iran à l’hégémonie régionale et à l’accès à la puissance nucléaire de l’autre, est une claire indication que l’ identité politique joue un rôle clé dans la détermination de la politique étrangère de l’administration.
Mais il demeure une raison d’espérer que les choses puissent changer en Amérique. Le fait que les deux-tiers des Américains s’opposent au pacte nucléaire d’Obama avec les mollahs et le soutien à Israël. Obama a été seulement capable de promouvoir son projet radical en prétendant qu’il ne l’était pas.
Comme Israël cherche à assurer et à faire progresser ses intérêts sur l’ identité politique déchirée de l’Occident, nous devons comprendre que notre capacité à marquer les opinions de l’autre côté sont limitées. Au moment où une société adhère à une identité politique, ses membres deviennent incapables de poursuivre leurs intérêts rationnellement.
Et par conséquent, ils sont perdus pour Israël.
Source :http://www.jewishworldreview.com/0915/glick090415.php3#HhZqvS9drwOM3XQd.99+
Par Caroline B. Glick
Publié le 11 Sept. 2015
Adaptation : Sentinelle 5776©
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