U.S. President Donald Trump accompanied by first lady Melania Trump reacts to early results from the 2020 U.S. presidential election in the East Room of the White House in Washington, U.S., November 4, 2020. REUTERS/Carlos Barria

Commentaire : en réalité, Daniel Pipes pousse peut-être encore le bouchon un peu loin, puisque, sans rien concéder, il devrait être entendu de procéder à la « mise à niveau » des potentiels futurs membres de l’Administration? sur un ensemble de dossiers techniques, en matière de sécurité nationale et intérieure, de santé, etc., de façon à permettre une transition en douceur, le cas échéant. Et, parallèlement, poursuivre le combat juridique jusqu’au sentiment d’être parvenu à la photographie exacte de ces élections. La polarisation ne mènera qu’à de nouveaux déchirements intérieurs, sans même évoquer la fameuse « guerre civile » que certains croient discerner comme seul horizon viable pour l’Amérique…

Il est nécessaire de concéder la victoire

Le fait de contester les principes fondamentaux de la démocratie fait glisser l’ensemble des Américains dans une spirale sombre et dangereuse.

par Daniel Pipes
Spectator
10 novembre 2020

http://fr.danielpipes.org/19943/il-est-necessaire-de-conceder-la-victoire

Version originale anglaise: The Need to Concede

Sur le plan politique et émotionnel, les élections présidentielles américaines atteignent leur point culminant lorsque le candidat perdant, accompagné de son épouse en larmes, concède de façon laconique mais courageuse sa défaite et souhaite bonne chance au vainqueur. Je m’inquiète de ce qui pourrait arriver si ce rituel apparemment anecdotique mais crucial venait à manquer en 2020.

Même si aucune loi n’impose un discours de concession, même si aucun accord ne l’exige, cette cérémonie informelle joue un rôle essentiel dans la confirmation de la règle suprême de la démocratie, à savoir que les candidats perdants entendent et acceptent le verdict des électeurs. Au terme d’une campagne ponctuée de luttes âpres et même de coups bas, le vaincu assure au vainqueur qu’il accepte les résultats et permet ainsi au pays d’avancer. Bien entendu, les querelles politiques ne tardent pas à reprendre mais une fois que l’étape clé de l’acceptation de la volonté des électeurs a été établie, le pays recouvre son unité et le corps politique sa bonne santé de sorte qu’il est possible de passer à l’étape suivante.

Le scénario alternatif a des conséquences désastreuses, comme le montre Víctor Hernández-Huerta du Centro de Investigación y Docencia Económicas de Mexico. Son étude qui porte sur 178 élections présidentielles organisées dans plusieurs démocraties entre 1974 et 2012 a révélé que dans 38 d’entre elles, soit 21%, le fait que les candidats finalistes ou leurs partis ont contesté les résultats « a déclenché des troubles violents, des crises constitutionnelles et même une guerre civile. » Hernández observe avec insistance que les États-Unis ne sont « pas à l’abri » de tels dangers.

L’étude menée par Víctor Hernández-Huerta sur les élections contestées.

Jusqu’à présent, on sait que le pays a eu la chance d’être épargné par de telles querelles. Des élections présidentielles contestées, il y en a eu pas mal : pensons à celles de 1800, 1824, 1876, 1960 et 2000. Mais, jusqu’à présent, les candidats perdants ont accepté leur défaite avec dignité et ont invariablement prononcé ce discours de la plus grande importance dans lequel ils concèdent la victoire après avoir réalisé, de façon implicite, que certaines choses – notamment la légitimité et la stabilité – importent plus encore que le fait de gagner.

En 2000, lors de l’élection contestée la plus récente, Al Gore a concédé la victoire avec magnanimité, éloquence et clairvoyance : « Je dis au président élu Bush que la rancœur partisane persistante doit maintenant être mise de côté. Que Dieu le bénisse dans la direction de ce pays. » Certes, la rancœur partisane a immédiatement repris mais cela n’avait guère d’importance une fois que Gore avait personnellement et publiquement légitimé le résultat.

En 2000, Al Gore a concédé la victoire avec magnanimité.

Cela ne veut pas dire que les finalistes doivent ou préfèrent se retirer et devenir passifs. Les élections de 2000 ont été suivies de 36 jours d’intenses querelles juridiques qui ont mis en lumière les fameux bulletins de vote mal perforés de Palm Beach. Dans cette optique, le président Trump a parfaitement le droit de recourir à toutes les voies légales – y compris les recomptages et les actions en justice – pour faire valoir pleinement ses droits.

En revanche, prétendre que l’équipe de campagne de Biden s’est livrée à une « fraude » et que l’élection a été « volée » est extrêmement inapproprié tant qu’on n’a pas d’éléments factuels pour tirer de telles conclusions. Se livrer à ce genre de discours a des conséquences inquiétantes et transforme les résultats d’une élection légale en une compétition politique.

En supposant que, le 14 décembre, le collège des grands électeurs valide la victoire de Biden, quelle ne sera pas la honte, le 20 janvier prochain, de voir immanquablement, comme chacun le sait, Trump assister tranquillement et malgré toutes ses fanfaronnades à la prestation de serment de Joe Biden. Juges, sénateurs, députés, secrétaires de cabinet, conseillers, généraux et gouverneurs, tous veilleront à ce que les services secrets ne gardent pas la Maison Blanche comme un bunker. En fin de compte, par ses affirmations imprudentes, Trump n’aura tiré aucun avantage pour lui-même mais aura brisé davantage un pays déjà fracturé.

Dès l’annonce de la candidature de Trump en juin 2015, je m’y suis opposé car je craignais surtout son caractère pernicieux et les dommages qu’il pourrait causer au pays. C’est pourquoi j’ai alors abandonné le parti républicain et voté pour Gary Johnson. Par la suite, la présidence Trump a apaisé mes craintes. Malgré la persistance de son attitude rebutante, de ses tweets irritants et en dépit de certaines politiques malavisées (Kim Jong-un), Trump a, en tant que président, suivi dans l’ensemble un programme conservateur traditionnel et – surtout – sa personnalité n’a provoqué aucune crise. En conséquence, j’ai soutenu la candidature de Trump à la réélection.

Je me suis opposé à la candidature de Trump dès qu’il l’a annoncée en 2015. Cinq ans plus tard, j’ai soutenu sa réélection.

Mais voilà qu’à présent, alors qu’il fait face à une probable défaite, son caractère pernicieux et égocentrique revient à l’avant-plan et menace de porter atteinte aux structures politiques de l’Amérique. Si la victoire de Biden est confirmée, l’intérêt suprême du pays exige que Donald Trump respecte le résultat des élections, prononce consciencieusement son discours de concession de la victoire et assure aux Américains qu’il quittera ses fonctions au terme de son mandat.

Le moment est venu pour les partisans de Trump de prier celui-ci instamment d’entreprendre ces démarches. Ils ont beau l’adorer autant qu’ils méprisent Biden, la contestation des principes fondamentaux de la démocratie fait glisser l’ensemble des Américains dans une spirale sombre et dangereuse.

Historien, M. Pipes (DanielPipes.org@DanielPipes) alors en classe de sixième, était resté éveillé jusqu’à 3 heures du matin pour savoir qui avait gagné, de Kennedy ou Nixon© 2020 par Daniel Pipes. Tous droits réservés.


John Kelly aux côtés du président Trump à la Maison Blanche en janvier 2017.

John Kelly avec le président Trump à la Maison Blanche en janvier 2017.

Le retard pris par le président Trump dans la transition « nuit à la sécurité nationale », a déclaré vendredi à Politico John Kelly, l’ancien chef de cabinet de Trump.

Pourquoi c’est important : Trump n’a pas concédé publiquement la victoire à Joe Biden, et l’administratrice de l’administration des services généraux Emily Murphy – une personne nommée par Trump – n’a pas signé de documents déclarant Biden comme au moins le vainqueur apparent -dans l’attente d’un démenti éventuel-, empêchant les équipes d’examen de son agence d’avoir accès aux informations dont elles ont besoin pour se mettre au travail.

Ce que dit Kelly : « Vous perdez beaucoup si la transition est retardée parce que les nouvelles personnes ne sont pas autorisées à entrer dans le jeu », a déclaré Kelly à Politico.

  • «Le président, avec tout le respect que je lui dois, n’a pas à céder (sur les démarches juridiques). Mais il s’agit de la nation. Cela nuit à notre sécurité nationale parce que les gens devraient se mettre au courant, car ce n’est pas un processus où l’on passe de zéro à 1000 à heure en quelques jours « , a précisé Kelly, qui a parfois critiqué Trump depuis son départ de la Maison Blanche en janvier 2019.
  • Kelly a déclaré que Biden devrait recevoir des briefings de renseignement parce que la «transition, dans le domaine de la sécurité nationale en particulier et dans le domaine de la sécurité intérieure, est tellement importante que chaque jour que la transition est retardée, c’est vraiment une sorte de handicap» pour la nouvelle administration.

«Je connais M. Trump mieux que la plupart des gens. Je sais qu’il n’acceptera jamais la défaite et, en fait, il n’a pas à accepter la défaite ici. Il doit juste faire ce qu’il y a de mieux pour le pays et dans l’intérêt du pays.

– John Kelly

Kelly a fait des commentaires similaires dans une déclaration, publiée par CNN, plus tard vendredi. «Le retard dans la transition provoque une crise croissante de la sécurité nationale et de la santé», a-t-il écrit.

  • « L’administration actuelle n’est pas obligée de concéder (sa défaite), mais elle doit faire ce qu’il faut au cas où le système constitutionnel déclare finalement qu’il aurait perdu », a-t-il ajouté.
  • « Il ne s’agit pas du GOP ou du Parti démocrate. Il ne s’agit pas du président ou de M. Biden. Il s’agit de l’Amérique et de ce qu’il y a de mieux pour notre peuple. M. Trump devrait ordonner que le processus de transition commence immédiatement. C’est le bonne et morale à faire. « 

Vue d’ensemble: un nombre croissant de sénateurs républicains, y compris des membres de la direction du GOP, ont déclaré jeudi que Biden devrait recevoir les briefings de renseignement qu’il n’est actuellement pas en mesure de recevoir.

  • Les législateurs républicains en général, cependant, continuent de défendre les efforts légaux de la campagne Trump pour renverser le résultat, ce qui pourrait signifier des semaines de détournement du travail nécessaire pour assurer une transition en douceur du pouvoir.

axios.com

10 Commentaires

  1. Serait-ce un principe fondamental de la démocratie d’empêcher les élus actuels de gouverner ?
    Est-ce un principe fondamental de la démocratie que tout un chacun veuille imposer son avis comme une évidence à la place de la justice en train de faire son travail ?
    Le monde chaotique, ce ne serait pas plutôt d’appeler juste ce qui est faux et faux ce qui est juste, ou de le faire croire avant de savoir ?
    Une belle parole : « dans le doute, ne prenons pas le risque de toucher à ce qui est plus grand que nous ! ». citation reconnue par plusieurs, cetainement.

  2. Il y a une procédure électorale que Mr Biden s’etait engagé à respecter.
    Apparemment, il a oublie ce qu’il a dit et promis ! Déjà !

    Pour le reste. Mr Pipes a le droit d’avoir un avis et on a le droit de ne pas du tout être d’accord avec lui. On lui demande simplement de respecter les faits, pas de les déformer.
    Il y a eu des fraudes électorales criantes, à tel point que le Ministère de la Justice (pas le journaleux ou le bistroquet du coin) a lancé des enquêtes !

  3. Étonnant discours de mr Pipes.
    Il faudrait concéder, donc, la victoire tacite…
    Le peuple juif n’existerait plus si cette propension à jeter l’éponge faisait partie de nos standards.
    Si la constitution US a donné une procédure, avec protocole, formalités et contrôles divers et variés, c’est pour s’assurer que la volonté du peuple américain, et donc la démocratie, est bien respectée.,
    Pour que justement, justement, mr Pipes, une guerre civile ne se produise PAS !
    Et vous, vous demandez donc, que la victoire soit concédée, de facto, sans que les contrôles aient été jusqu’au bout ?
    Alors que même le candidat Biden a lui-même déclaré, avant les élections, avec un aplomb stupéfiant (!) que les démocrates avaient organisé la plus grande inclusion frauduleuse jamais mise en place depuis l’indépendance de USA !??
    Et que, sans doute, le président Trump, élu démocratiquement, avec son pouvoir de président, dont les services multiples et variés sachant auront pu repérer, peut-être, des « anomalies », et il faudrait que, parce que Vous, depuis votre indécision perplexe, (on se souvient de votre ressentiment après que Trump fût élu), vous nous dissuadiez d’espérer que l’élection soit certaine ?

  4. Quel est le problème ?Pourquoi cette pression?Il concèdera la victoire si la fraude n’est pas avérée et prouvée !il faut aller jusqu’au bout pour que nous soyons tous assurés que cette élection est juste Al Gore a mis 37j à concéder la victoire !

    • Daniel Pipes est « consternant »? C’est pourtant l’un des piliers du Néoconservatisme, du temps de Bush etc. Un pilier de la lutte contre l’islam politique. Son rappel est utile et la démocratie, au bout du compte doit triompher. Semer un vent de putsch permanent, ça va bien en Russie Soviétique, sous Trotski, mais il faut revenir les pieds sur terre. On ne peut pas sacrifier notre système aux ambitions personnelles des uns ou des autres.

      • Marc, on ne juge pas Pipes, on dit qu’on n’est pas d’accord avec ses idées. Est-ce que vous nous y autorisez à ne pas etre d’accord ? Il n’y a aucune raison de ceder s’il y a eu fraude, ce serait faire preuve de lâcheté, le refus de se battre pour defendre ses droits.
        Encore une fois, on se bat sur des idées, pas contre des personnes

        • Ecoutez, depuis plusieurs jours, ces histoires de fraude commencent à tomber à plat : d’après les comités électoraux (qui ont la charge de l’élection), il n’y a aucune preuve avérée de fraude à ce jour. C’est eux qui décideront. Ces élections seraient même les mieux encadrées de toute l’histoire des Etats-Unis, quoi que le vote par correspondance reste un problème majeur à aménager pour les prochaines. Alors dans toutes les guerres du Pacifique, il restera d’anciens Samouraïs à manier le sabre au fond de leur île déserte en criant Banzaï Trump. Mais le gros de la bataille sera terminée (d’ici peu de temps). Si on a du temps à perdre (et personnellement je suis certain que non), laissons le fantasme en suspend : j’ai reçu énormément de sites à fake-news avec des tas de « preuves » bidonnantes…

          Il est bien plus utile de concentrer ses forces à construire une opposition solide face à une Administration qui s’annonce comme la pire qu’Israël ait jamais connue depuis le début des relations avec les USA. L’admettre est aujourd’hui très impopulaire. Mais je préfère anticiper que de courir après les trains.

          Si votre guerre, c’est plutôt les moulins, bonne continuation, bon vent!

        • L’avez-vous lu?
          Dans cette optique, le président Trump a parfaitement le droit de recourir à toutes les voies légales – y compris les recomptages et les actions en justice – pour faire valoir pleinement ses droits.

          En revanche, prétendre que l’équipe de campagne de Biden s’est livrée à une « fraude » et que l’élection a été « volée » est extrêmement inapproprié tant qu’on n’a pas d’éléments factuels pour tirer de telles conclusions.

          On n’a que des histoires de facteur qui a dit avoir vu un truc bizarre, témoigne sous serment puis se désiste : un peu maigre.

          Mais je lâche ce sujet, parce que c’est une baudruche en voie de ses dégonfler toute seule.

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