Un hommage à celle qui a permis aux victimes de se faire entendre

C’est aux Invalides, le 1er juin, que fut rendu un ultime hommage à Françoise Rudetzki, qui, par sa vie de combat, a créé l’association SOS Attentats, a fait voter la première loi sur le statut de victimes, qui a créé le fonds de garantie aux victimes du terrorisme, puis des agressions et des viols. Le combat d’une vie, de quatre décennies. La vie de Françoise Rudetzki s’inscrivit sous le signe de « la triple peine ». La Shoah dont trois de ses grands-parents juifs polonais furent les victimes ainsi que d’autres membres de sa famille. L’attentat du restaurant du Grand Véfour, où avec son mari, elle célébrait leurs dix ans de mariage, lorsqu’un attentat le 23 décembre 1983, la frappa et la laissa dans le coma sept semaines, après avoir eu le temps de dire « Ça ira bien ». Elle dut subir de nombreuses opérations et, de surcroît, elle subit des transfusions de sang contaminé par le Sida. Elle, à qui les médecins ne donnaient plus que quelques mois à vivre, vécut encore quarante ans. Quarante ans consacrés aux droits des victimes. Portée par sa détermination, son courage et sa volonté de «réparer» l’injustice faite aux victimes. Cette femme au physique si affaibli a su développer une force mentale hors du commun. Sa fille Déborah parla de la « vitalité généreuse » de sa mère, ce qui lui permit d’être pour tant de personnes « un roc, un radeau dans la tempête », une vie qui a fait scintiller le mot courage, redonnant espoir à ceux dont la vie avait été fracassée.

Mme Françoise Rudetzki, fondatrice de l’association SOS attentats, nommée sapeur de 1re classe d’honneur à titre symbolique.

Trois messages

Son frère, William Dab, a rappelé les trois messages de Françoise Rudetzki. Le premier était  un grand merci destiné aux médecins, aux soignants et aux pompiers qui ont pu sauver sa jambe gauche, lui permettant ainsi de mener son grand combat. Le deuxième message concernait sa reconnaissance à la République. Elle rencontra depuis Mitterrand tous les Présidents afin de leur demander d’intervenir pour faire progresser le droit des victimes. Il fallait répondre «sans délai » précisa Emmanuel Macron, plus tard, lors de son intervention. Et enfin le troisième message concernait la nécessaire lutte quotidienne contre le terrorisme, car «l’invisibilité des victimes est la victoire des terroristes». Les mots qui terminèrent son intervention rappelèrent les valeurs d’une vie citoyenne exemplaire, celle de Françoise Rudetzki : fraternité, laïcité, dévouement, éthique, équité, mémoire.

Une boîte de chocolats

Une victime de l’attentat du 3 décembre 1996, à Port Royal, a parlé de sa surprise, lorsqu’à l’hôpital, elle reçut une boîte de chocolats avec un petit mot de soutien venant de Françoise Rudetzki,  le début d’une longue amitié et d’un engagement sans failles. Elle se plut à rappeler l’appartement, rempli de livres et du parfum qui auréolait Françoise Rudetzki , le parfum de la liberté qui permit à cette grand-mère extraordinaire, ayant un scooter médicalisé,  de voyager avec son petit-fils Adrien.

Pas résignée au malheur

Enfin, le Président Emmanuel Macron revenant sur son parcours de vie marqué dès l’enfance par la Shoah puis par ces terribles « accidents de vie » souligna que cette femme que tout appelait à renoncer, ne voulut jamais se résigner. Juriste, sur son lit d’hôpital, elle compulsa les livres de droit, le code pénal et constatant que ni les mots de victime, ni de terroriste n’y figuraient, décida de livrer bataille. Chacun aujourd’hui peut constater l’ampleur de son combat qui a comblé ce vide juridique. Ses actions ont modifié les textes de loi, sa révolte face à l’indifférence a fait évoluer la société. Le Président de la République conclut également son intervention avec reconnaissance « Merci Françoise Rudeltzki ».

JForum – EG

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