Des élus français parlent d’Iran, de terrorisme et des liens France-Israël

40 parlementaires français ont rencontré plusieurs dirigeants israéliens et ont tiré la sonnette d’alarme sur la mainmise du Hezbollah sur le Liban et sur l’antisémitisme en France

Des parlementaires français en visite en Israël ont évoqué mardi la lente évolution du point de vue de la France sur Israël en raison des inquiétudes suscitées par le programme nucléaire iranien et le soutien de Téhéran au terrorisme.

« Je pense que nous avons changé de point de vue en France sur l’Iran », a déclaré Philippe Latombe, vice-président du groupe d’amitié France-Israël à l’Assemblée nationale, au Times of Israël, « et donc je pense que nous avons changé de point de vue sur Israël. »

« Mais seulement au sommet de la classe politique », a-t-il souligné.

Latombe, un législateur de 46 ans issu du secteur bancaire, était l’un des 40 parlementaires français en visite en Israël dans le cadre d’un voyage organisé par ELNET, une organisation à but non lucratif dédiée au renforcement des relations Europe-Israël.

La moitié des membres du groupe se rendaient en Israël pour la première fois.

Le changement de perspective de la France a pu être ressenti dans le briefing fourni au groupe par Eric Danon, l’envoyé français en Israël, a déclaré Latombe.

« Le discours a changé par rapport à la dernière fois que je suis venu », a-t-il déclaré, soulignant l’accent particulier mis cette année sur la menace iranienne.

Le président Isaac Herzog (G) et l’ambassadeur de France Eric Danon lors d’une célébration de la prise de la Bastille, à Jaffa, 14 juillet 2021. (Crédit : Lazar Berman/Times of Israel)

Lors de son discours du 14 juillet à Tel Aviv la semaine dernière, l’ambassadeur français Danon avait déclaré que « le régime des mollahs ne devrait jamais posséder la bombe nucléaire. »

« Nous avons pu parfois être en désaccord sur la méthode », a-t-il poursuivi, lors d’un discours étonnamment musclé, « mais nous sommes solidaires pour lutter simultanément contre le risque nucléaire, la menace balistique et les actions déstabilisatrices de l’Iran dans la région, et d’abord au Liban, en Syrie et en Irak. »

La France fait partie des nations du P5+1 qui négocient avec l’Iran à Vienne pour tenter de sauver l’accord nucléaire de 2015.

Il s’agissait du quatrième voyage de Latombe en Israël depuis qu’il a été élu à l’Assemblée nationale française en 2017 au sein du parti centriste Mouvement démocrate (MoDem).

« Nous savons que le Hezbollah contrôle le Liban »

Le sénateur François Bonneau (Parti socialiste), membre de la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat français, a également souligné la préoccupation de la France concernant le programme nucléaire de l’Iran et son soutien aux organisations terroristes, notamment le Hezbollah basé au Liban.

Le sénateur français François Bonneau à Jérusalem, le 21 juillet 2021. (Crédit : Lazar Berman/Times of Israël)

La France a de « gros problèmes » avec le terrorisme islamique, a-t-il déclaré, s’adressant au Times of Israël depuis le mémorial de la Shoah Yad Vashem à Jérusalem.

« Nous combattons les terroristes, et le Hezbollah est clairement une organisation terroriste, donc nous nous concentrons sur cette question », a déclaré Bonneau. « Et nous savons que l’Iran est derrière eux bien sûr », a-t-il ajouté.

La France, qui entretient des liens historiques et culturels avec le Liban, est étroitement impliquée dans les efforts visant à aider le pays voisin au nord d’Israël à faire face à ce que la Banque mondiale considère comme l’une des pires crises financières au monde depuis les années 1850.

« Nous savons comment le Hezbollah contrôle la population », a déclaré Bonneau.

Mais selon Latombe, les dirigeants français ne comprennent toujours pas que le Hezbollah est une source majeure des problèmes du Liban, et qu’ils ne peuvent pas « imposer une solution française » à un pays dominé par un puissant mandataire iranien.

Des partisans du premier ministre désigné du Liban, Saad Hariri, qui a démissionné en disant qu’il n’était pas en mesure de former un gouvernement, lancent des pierres sur un véhicule blindé de transport de troupes libanais dans la capitale Beyrouth, le 15 juillet 2021. (AFP)

De nombreux citoyens français considèrent toujours Israël comme la source des problèmes du Liban, a déploré Latombe, et considèrent Israël comme l’agresseur des Palestiniens.

« Pour la plupart des gens en France, a-t-il dit, ce qu’ils voient, c’est qu’Israël fait du mal aux Palestiniens. »

Constance Le Grip, secrétaire du groupe d’amitié France-Israël à l’Assemblée nationale, n’est pas d’accord.

« La population française n’est pas hostile, à l’exception de quelques militants de mouvements d’extrême gauche et de militants d’associations islamiques », a-t-elle déclaré.

La position parfois critique de la France à l’égard d’Israël ne découle pas d’un antagonisme, mais plutôt du désir de longue date de Paris de jouer un rôle significatif sur la scène mondiale, tout en se forgeant des positions distinctes de celles des États-Unis et des puissances moyennes comme le Royaume-Uni et l’Allemagne.

« Cela vient de l’idée que la France peut jouer un rôle spécial, peut construire des ponts », a expliqué Le Grip.

Elle a soutenu que la relation bilatérale France-Israël pourrait changer en bien si son parti gaulliste Les Républicains remporte l’élection présidentielle française d’avril 2022.

« Je regrette et déplore la façon dont la France vote à l’ONU et à l’OMS. J’espère que cela va changer, il faut que cela change. »

La députée française Constance Le Grip (Crédit : Leila Paul – Own work, CC BY-SA 3.0)

En mai, la France a voté pour une résolution de l’OMS désignant Israël comme violant les droits à la santé des Palestiniens et des Druzes du Golan.

Le Grip, qui, comme les autres parlementaires interrogés, n’est pas juive elle-même, explique que l’histoire de sa famille à Amsterdam et à Strasbourg – deux villes qui comptent d’anciennes et importantes communautés juives – a forgé son lien initial avec Israël et les questions juives. « Cela fait partie de mon engagement personnel et familial depuis des décennies », a-t-elle déclaré.

En tant que parlementaire, elle insiste sur les « valeurs communes que nous partageons, en tant qu’Européens, en tant que citoyens français, avec Israël – la démocratie, la liberté, la libre expression, la liberté de la presse, l’égalité entre les hommes et les femmes ».

Le Grip dit qu’elle parle personnellement à ses collègues, en particulier aux jeunes législateurs, pour les inciter à se rendre en Israël.

Redynamiser la relation

Le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères a déclaré au Times of Israël que le pays est résolu à renforcer la relation bilatérale.

« Le ministre français des Affaires étrangères a déjà eu l’occasion de s’entretenir par téléphone avec son homologue israélien », a déclaré une source du ministère français des Affaires étrangères. « Il l’a félicité pour son investiture et celle de son gouvernement et a rappelé l’importance du partenariat franco-israélien. Le ministre français a déclaré qu’il était déterminé à poursuivre une coordination étroite, fondée sur une relation de confiance, d’ouverture et d’amitié. »

Le diplomate français a également déclaré que la France est favorable au rétablissement des réunions annuelles du Conseil d’association UE-Israël, qui ne s’est pas réuni depuis 2012.

« C’est un sujet important pour Israël, et nous voulons travailler aux côtés de nos partenaires israéliens sur cette question… Comme pour toutes les réunions du Conseil d’association, nous devons définir au préalable les objectifs », a déclaré le diplomate.

Israël a signé en 1995 un accord d’association qui définit ses relations avec l’UE et l’a ratifié en 2000. Il stipule que les deux parties se réunissent une fois par an au sein d’un conseil d’association pour discuter de questions d’intérêt commun. La dernière rencontre entre les parties remonte à 2012, alors que l’actuel ministre des Finances Avigdor Liberman était ministre des Affaires étrangères.

En 2013, l’UE a provoqué la colère d’Israël en publiant de nouveaux règlements selon lesquels aucun organisme israélien qui opère ou a des liens au-delà de la Ligne verte ne peut recevoir de financement de l’UE ou avoir une quelconque coopération avec le bloc européen et Israël a annulé ce conseil.

Le ministre des affaires étrangères Yair Lapid rencontre les 26 ministres des affaires étrangères de l’UE à Bruxelles, le 12 juillet 2021. (Crédit : Union européenne)

Lors de la réunion du ministre des Affaires étrangères Yair Lapid avec le Conseil des affaires étrangères de l’UE à Bruxelles au début du mois, la plupart des pays ont soutenu l’idée de programmer une réunion du Conseil d’association et de renforcer les relations bilatérales en général.

« La France est prête à explorer les moyens de redynamiser la relation entre l’UE et Israël », a déclaré le ministère français des Affaires étrangères au Times of Israel. « Cet objectif ne peut être dissocié du cadre politique dans lequel il s’inscrit, notamment des positions bien connues de l’UE sur la solution à deux États, dans le cadre du droit international. »

Au cours de l’appel téléphonique avec Lapid, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a « rappelé notre ferme condamnation des attaques sur le territoire israélien et notre attachement indéfectible à la sécurité d’Israël. »

Le ministre des Affaires étrangères français Jean-Yves Le Drian à Dubli, le 20 mai 2021. (Crédit : PAUL FAITH / AFP)

Les deux hommes ont également discuté de la crise au Liban et du rôle de l’Iran dans la région.

Perdre une partie de la France

Pierre-Henri Dumont, membre de la commission des Affaires étrangères à l’Assemblée nationale au sein du parti Les Républicains, a été élu député en 2017 à l’âge de 29 ans. Il a été élu maire de la commune de Marck dans les Hauts-De-France à 26 ans.

Dumont a déploré le système éducatif français, affirmant qu’il était notamment à l’origine de l’ignorance de l’histoire juive et de l’antisémitisme dans le pays.

Pierre-Henri Dumont dans la salle des Quatres Colonnes du Palais Bourbon (Crédit : Antoine Lamielle – Own work, CC BY-SA 4.0)

« Les étudiants en France sont mal formés à l’histoire, à ce qui s’est passé pendant la Seconde Guerre mondiale », a-t-il déclaré. « Notre système académique demande moins à ses élèves. Nous avons des gens dans les écoles en ce moment en France qui n’apprennent même pas ce qui s’est passé en histoire. Je pense que c’est horrible, car lorsque vous ne savez pas d’où vous venez, d’où vient votre pays, ce à quoi vos ancêtres ont dû faire face, vous ne pouvez pas savoir ce que vous voulez faire pour votre pays, vous ne pouvez pas savoir quel est le but de votre nation. »

Bien qu’il n’y ait pas de communauté juive dans sa 7e circonscription du Pas-de-Calais, il a déclaré que l’antisémitisme français est un problème qui menace le cœur même du pays.

« Ce que nous devons aborder en tant que politiciens et aussi en tant que citoyens français, c’est que la communauté juive, les Juifs, sont au centre de la société française », a-t-il déclaré. « C’est une partie de la société française. Si nous perdons cette partie de la société française, la communauté juive, l’histoire juive, nous perdons une partie de l’histoire française. Et nous perdons une partie de ce qui a créé la France ».

M. Dumont a déclaré que le Parlement devait renforcer la législation sur les crimes haineux et veiller à ce que les écoles enseignent l’histoire juive française.

Les attaques violentes contre les Juifs en France ont augmenté au cours de la dernière décennie.

En mai, les Juifs français sont descendus dans la rue pour protester contre une décision de justice selon laquelle l’assassin de la sexagénaire juive française Sarah Halimi ne sera pas jugé pour meurtre.

En avril 2017, Sarah Halimi, 65 ans, a été assassinée dans son appartement parisien. Il n’y a aucun doute sur l’identité de son meurtrier : Son voisin, Kobili Traore, alors âgé de 27 ans, est entré chez elle, l’a rouée de coups et l’a défenestrée.

Au cours des quatre années suivantes, les tribunaux français ont conclu que Traore, qui est musulman, avait tué Halimi parce qu’elle était juive. Mais si les tribunaux français ont reconnu que le crime était antisémite, deux décisions rendues en 2019 par des juridictions inférieures ont estimé que Traore ne pouvait pas être jugé pour meurtre parce qu’il était dans un état de psychose au moment du meurtre – un état qui, selon le tribunal, découlait du fait qu’il était sous l’emprise de la marijuana lorsqu’il a tué Halimi.

Des membres de la communauté juive française se rassemblent devant l’ambassade de France à Tel Aviv pour demander justice pour feu Sarah Halimi qui a été assassinée par son voisin dans son appartement à Paris, vu le 25 avril 2021. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Le meurtre d’Halimi s’inscrit dans une longue tendance d’attaques violentes contre les Juifs en France.

L’enlèvement, la torture et le meurtre en 2006 d’Ilan Halimi (aucun lien de parenté avec Sarah), alors jeune vendeur de téléphones portables, a donné le coup d’envoi de l’ère actuelle des meurtres antisémites. (Les précédentes attaques contre des Juifs en France avaient été perpétrées par des terroristes étrangers). Les auteurs, une bande criminelle comprenant de nombreux membres d’origine musulmane, ont déclaré à la police qu’ils avaient choisi Halimi parce qu’il était juif et qu’ils pensaient que cela signifiait qu’il avait de l’argent.

Ces attaques ont fait au moins 10 morts au cours de la dernière décennie, dont le meurtre de quatre Juifs – Jonathan Sandler et ses enfants Aryeh et Gabriel, et la petite Myriam Monsonego – par un djihadiste dans une école juive de Toulouse en 2012 et le meurtre de quatre autres Juifs – Yoav Hattab, Yohan Cohen, Francois-Michel Saada, Philippe Braham – à l’HyperCacher de la Porte de Vincennes en 2015. Et juste un an après la mort d’Halimi, deux hommes – dont l’un a crié « Allahu akbar » – ont tué Mireille Knoll, 85 ans, survivante de la Shoah, dans son appartement du même arrondissement, dans ce que la police a qualifié de crime de haine antisémite.

« En tant que nation, nous devons protéger cette partie de la communauté française », a déclaré Dumont.

Des signes encourageants

Au cours de leur séjour de trois jours, les parlementaires français ont eu des entretiens privés avec le Premier ministre Naftali Bennett, le président Isaac Herzog, le ministre des Affaires étrangères Lapid et l’ancien Premier ministre et député Benjamin Netanyahu.

L’ancien premier ministre MK Benjamin Netanyahu rencontre des parlementaires français, le 21 juillet 2021. (Crédit : Noam Chojnowski/ELNET).

Bennett a exprimé sa confiance dans le fait que la nouvelle coalition israélienne durera pendant toute la durée de son mandat, ont indiqué les parlementaires.

« L’arrivée de cette délégation distinguée en Israël revêt une grande importance et nous poursuivons notre travail de renforcement des relations entre Israël et l’Europe », a déclaré Shai Bazak, PDG d’ELNET-Israël. « Un élément clé de cet effort est que la France et les autres pays européens acquièrent une compréhension approfondie d’Israël, de ses défis politiques et sécuritaires – mais aussi des intérêts mutuels et de la valeur ajoutée qu’Israël a à offrir. »

Le directeur d’ELNET-France, Arié Bensemhoun, s’est réjoui de « l’intérêt et du soutien croissants dont bénéficie Israël en Europe et particulièrement en France, et nous sommes très encouragés par la forte participation des législateurs européens à nos visites et à nos briefings sur Israël. »

La JTA a contribué à cet article.

Par LAZAR BERMAN 22 juillet 2021, 18:42

Des parlementaires français rencontrent le président Isaac Herzog (à droite) à Jérusalem, le 20 juillet 2021. (Mark Neyman/GPO)

2 Commentaires

  1. La France souffre d’un cancer généralisé, mais certains s’acharnent à vouloir la soigner d’un petit bobo à la fesse.
    La désinformation officielle mise en place en France est opérationnelle depuis des décennies.
    Les Roquets d’Orsay préparent les dépêches de l’Agence France Poubelle qui les reprend telles quelles, et les transmet aux torchonistes qui ne les vérifient pas et les valident.
    Ces torchonistes aux ordres reçoivent en échange, des subventions qui leur permettent de survivre et d’éviter de mettre la clé sous la porte.
    La France, grande donneuse de leçons de Droit et de Morale a mis en place un système digne des grandes dictatures staliniennes, dont les organes d’information sont complètement sous contrôle de quelques hauts fonctionnaires des Affaires Etrangères, qui dictent aux médias ce qu’il faut dire et organisent la désinformation des Français.
    L’Agence France Pourriture diffuse des dépêches d’une violence incroyable contre TRUMP qui se fait lyncher tous les jours par ces raclures de poubelles.
    Il faut couper la tête du serpent pour mettre un terme à ce système de propagande digne de l’ex URSS stalinienne et de sa Pravda chargée de la désinformation….

  2. « Madame le Grip a soutenu que la relation bilatérale France-Israël pourrait changer en bien si son parti gaulliste Les Républicains remporte l’élection présidentielle française d’avril 2022. »

    Je le pense aussi, et voterai pour le candidat designe par ce parti a la prochaine election presidentielle. Mais ce n’est surement pas le fait que ce parti se reclame du gaullisme qui me donnerait confiance. Giscard d’Estaing, qui se reclamait bien sur du gaullisme egalement, deploya toute son energie, pendant sa presidence, pour nuire a Israel de toutes les facons possibles.

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