J’ai encore dans l’oreille la pétition de principe du président de la République salle Wagram. La démocratie sera la plus forte, la démocratie vaincra.

Pour lutter contre le terrorisme, on avait le droit de douter de ce volontarisme du verbe destiné à tenir pour établi ce qui était justement problématique.

Depuis quelques semaines, l’inquiétude du citoyen s’est déplacée parce que des événements, des manifestations, des agressions, des attaques, un changement radical de la nature du désordre et de la violence ont fait apparaître des bouleversements inédits. Il est clair que, sous ce quinquennat, nous sommes sortis de la normalité évidemment contrastée d’un pays même bien gouverné pour entrer dans la crainte de plus en plus stressante d’une impuissance de la République, d’une faiblesse de notre démocratie.

Sous ce quinquennat, nous sommes sortis de la normalité pour entrer dans la crainte d’une impuissance de la République, d’une faiblesse de notre démocratie.

Les violences massives, organisées et parfois criminelles, qui s’en prennent notamment aux fonctionnaires de police comme dans l’Essonne, les attaques d’établissements scolaires, les agressions quotidiennes contre le corps enseignant, même un proviseur molesté, la fin de l’impunité des médecins et des pompiers ne relèvent plus des transgressions ordinaires mais mettent directement en cause la capacité de résistance de l’Etat, testent ses aptitudes à la fermeté ou sa propension à laisser s’accomplir ce qu’il ne sait plus, ne peut plus empêcher (Le Figaro).

Qu’on cesse également de se tromper d’ennemi, par exemple en se demandant «où sont passés les profs» alors que l’une des tragédies actuelles est de les voir si peu respectés et même frappés! (Le Parisien)

Qu’une manifestation de 500 policiers sur les Champs-Elysées au cours de la nuit du 17 au 18 octobre se soit déroulée dans l’urgence et l’exaspération est l’un des signes les plus éclatants de cette modification d’atmosphère comme les rassemblements de solidarité et de soutien, à Evry, Paris et Marseille, qui l’ont suivie. Ce n’est plus une simple fronde mais il y a là comme un parfum de révolution (Le Point).

Ce n’est plus une simple fronde…

Il y a des enseignements à tirer de ce qui se dégage des échanges les plus chaleureux comme des controverses les plus vives. Pour les premiers je me rappelle un couple d’amis très chers qui, face au constat accablant d’une réalité nationale angoissante et déprimante, semblait considérer qu’il suffirait d’une exemplaire autorité de l’Etat et d’une implacable et constante sévérité ne laissant rien sans sanction nulle part pour que le redressement s’opère et que la France retrouve la paix.

Leur intelligence ne s’arrêtait pas à la facilité des «il n’y a qu’à» et ne sous-estimait pas les difficultés de la tâche mais je ne parvenais pas à les approuver tant leur fermeté abstraite semblait oublier tous les obstacles qu’une démocratie représentative accumule sur le chemin d’une rigueur efficace à tout coup et partout.

Il implique aussi que les oppositions politiques et les doléances médiatiques ne viennent pas sans cesse troubler la vigueur de la chaîne pénale.

Sans même rêver d’un monde d’où toute transgression serait éradiquée, en demeurant forcément dans le cadre imparfait du nôtre, je suis persuadé que pour les agressions récentes les plus graves, les enquêtes et instructions aboutiront à des interpellations puis, ultérieurement, à certaines condamnations ; mais cet optimisme suppose, outre l’existence de preuves suffisamment précises, une collaboration police-magistrature rien moins qu’assurée, le seconde étant si peu en empathie avec le dur et éprouvant métier de la première prenant le réel de plein fouet.

Il implique aussi que les oppositions politiques et les doléances médiatiques ne viennent pas sans cesse troubler la vigueur de la chaîne pénale.

J’admets que ponctuellement un Etat, si beaucoup de conditions sont réunies, a la possibilité de manifester sa force et de réprimer les délits, les crimes ou même les incivilités, terme délicieux donnant l’impression que le vocabulaire est capable de civiliser la réalité brute. Ainsi le Premier ministre est-il dans son rôle quand il affirme que «l’Etat poursuivra sans relâche les auteurs». Bien le moins!

Que pèse l’autorité affichée de l’Etat ? Rien ou presque rien.

Il y aura des avancées qui rassureront temporairement mais quand, avec des malfaisances collectives, ici ou là on s’ébat dans la France comme si elle était un terrain de jeu livré à la folie destructrice et coupable de minorités qui n’ont plus peur de rien, que peut faire l’Etat? Le plus souvent, constater, déplorer, bomber le torse, compter sur la police et sur les juges puis attendre la suite. Inéluctable, imprévisible, de la part de voyous et de bandes qui ont pour objectif de saper les moyens même de leur possible identification et de sauver leurs trafics.

Que pèse, face à ces impunités quasiment et fatalement obligatoires – ces groupes protégés par leur nombre même – l’autorité affichée de l’Etat? Rien ou presque rien. Comment l’évoquer même au regard de ces cités de non-droit qui la narguent?

Pourtant, que proposer d’autre sinon une République qui offrirait moins de garanties aux transgresseurs mais plus de droits aux honnêtes gens ?

La démocratie même la plus efficiente, active, réactive, ni naïve ni féroce, ne sera jamais à la hauteur de ce qu’exigerait notre pays. Les fauteurs de troubles, délinquants et criminels sont lestés, à chaque fois davantage, de l’impuissance des services régaliens de l’Etat à les mettre hors d’état de nuire.

La démocratie, dans la meilleure de ses définitions, est caractérisée par tout ce qu’elle peut se permettre pour se défendre, limitée par tout ce qu’elle doit s’interdire à cause de sa nature. On devine les piètres résultats d’une politique ainsi contrariée.

Pourtant, que proposer d’autre sinon une République qui offrirait moins de garanties aux transgresseurs mais plus de droits aux honnêtes gens? Toujours dans l’espace démocratique avec ses valeurs, ses principes et son inévitable passif… Des gouvernants plus compétents, une police mieux armée, pourvue et défendue, une magistrature plus solidaire, des médias moins mécaniquement critiques.

Si j’osais, j’irais jusqu’à soutenir qu’une démocratie, face à un pire multiplié et multiforme de plus en plus violent, sans le moindre frein éthique et humain, est impuissante par principe parce qu’elle ne peut pas tout se permettre.

Mais que son contraire, un pouvoir totalitaire impitoyable serait un remède plus dommageable, plus insupportable que la rançon que nous payons pour avoir le bonheur de vivre en démocratie.

Chaque semaine, Philippe Bilger prend la parole, en toute liberté, au FigaroVox. Il est magistrat honoraire et président de l’Institut de la parole. Il tient le blog Justice au singulieret est l’auteur de Ordre et désordres paru aux éditions Le Passeur en avril 2015.

Figarovox

3 Commentaires

  1. Cet article ne pose pas assez fermement le problème de base: cela fait des DECENNIES que les gouvernants ont installé MASSIVEMENT des populations allogènes (mahométanes) dans les banlieues, d’abord, dans la plupart des villes et villages français, ensuite.
    Non désireuses de devenir françaises, de travailler, et de s’approprier nos valeurs, elles sont là pour y appliquer leur loi: la charia; pas nos lois.
    Les policiers, les professeurs, les pompiers, etc… sont donc leurs cibles naturelles!

  2. un homme courageux, ce maire d’Argenteuil. voici à quoi il me fait penser d’après un texte ancien concernant un certain Néhémie, responsable politique d’une belle capitale très convoitée aujourd’hui encore. Voici de quelle manière il décrit son indignation vis-à-vis d’individus qui avaient profité de son absence et contre lesquels, à son retour, il dut agir vigoureusement :
    “…je m’aperçus du mal qu’avait fait Eliachib, en disposant une chambre pour Tobija, dans les parvis de la maison de Dieu. J’en éprouvai un vif déplaisir, et je jetai hors de la chambre tous les objets qui appartenaient à Tobija. J’ordonnai que l’on purifiât les chambres, et j’y replaçai les ustensiles de la maison de Dieu, les offrandes et l’encens…” (je dis : que Dieu bénisse Néhémie !) tout cela pour dire que je souhaite à ce maire courageux une réponse salutaire de Dieu grâce à la prière de ceux d’Argenteuil qui prient utilement pour lui non pas parce qu’ils suivent la loi de la république mais parce qu’ils ont dans le coeur la loi suprême pour dire et affirmer : cela c’est droit, cela c’est tordu ! ceux là ont dores et déjà la part que Dieu réservera aux “droits”. La vraie république ne peut pas contrevenir au droit et même elle le soutient et le défend. si par malheur elle y contrevient alors il arrivera au pays ce qui arriva à la capitale qu’administra Néhémie en son temps, et au-delà même à son pays qu’il aimait tant. ce que j’écris n’est pas une provocation, bien que je ne sache pas si ce maire est croyant ou pas ! dans un cas comme dans l’autre j’ai aimé sa droiture.

    votre texte ci-dessous :
    ” Depuis plus de deux ans et demi, j’ai, avec mon équipe, élus et collaborateurs, redressé des situations qui ne devraient pas exister. J’ai mis fin à de nombreux emplois de complaisance, dont des personnes qui avaient été embauchées pour leur influence supposée au sein de la communauté musulmane: un véritable mélange des genres entre espace professionnel et associations cultuelles. J’ai réaffirmé l’égalité homme-femme en sanctionnant sévèrement les agents refusant de serrer la main aux femmes. J’interdis systématiquement la tenue de salons dit «de la femme» discriminants et contraires à la laïcité sur le modèle qui s’est tenu à Pontoise et qui a défrayé la chronique. J’ai fait en sorte de récupérer 1 million d’euros de la part d’une association cultuelle qui avait bénéficié, là encore dans un calcul purement électoral, d’une location d’un bâtiment municipal à titre gratuit ainsi que de travaux dans celui-ci pour un montant équivalent à la somme récupérée. Voici des actes qui sont en mon pouvoir de Maire.
    J’ai mis fin à de nombreux emplois de complaisance, dont des personnes qui avaient été embauchées pour leur influence supposée au sein de la communauté musulmane.”

  3. article du figaro
    Communautarisme : le cri d’alarme d’un maire
    Par Figaro Vox Publié le 20/10/2016 à 10:24
    FIGAROVOX/TRIBUNE – L’édile d’Argenteuil livre un témoignage choc de la gestion communautariste de certaines villes. Si beaucoup d’élus locaux sont complices du communautarisme, Georges Mothron dénonce l’impuissance de l’Etat face à ce mal qui prospère.

    Ancien député et ancien vice-président du conseil général du Val d’Oise, membre du parti Les Républicains, Georges Mothron est maire d’Argenteuil depuis 2014.

    Je suis maire d’Argenteuil, troisième ville d’Île-de-France comptant bientôt 110 000 habitants. C’est mon second mandat de maire après celui de 2001 à 2008. Je n’ai jamais cherché l’exposition médiatique, elle ne m’a jamais intéressé. Mais, j’ai voulu cette tribune comme un témoignage en tant que maire. Je parle en mon nom personnel, mais, je le fais aussi je pense en celui de centaines de mes collègues qui ont, comme moi, leur ville et la France chevillées au corps et qui sont confrontés, souvent avec moins de moyens qu’une grande ville comme Argenteuil, au communautarisme et à l’intégrisme islamiste de minorités agissantes. Je veux parler de ces minorités qui poussent certains élus à composer avec l’incomposable pour des achats de voix, pour leur permettre de se maintenir en poste. Je parle de ces élus indignes de leur fonction qui ont délibérément fait le choix de fouler au pied les règles les plus fondamentales de notre République et notamment celle de la laïcité.
    Je parle de ces élus indignes de leur fonction qui ont délibérément fait le choix de fouler au pied les règles les plus fondamentales de notre République.
    Ces situations sont loin d’être isolées. Elles se retrouvent sur l’ensemble du territoire national.
    Si je me montre inflexible et intransigeant avec ces maires qui ont délibérément fait le choix d’oublier les valeurs qu’ils ont le devoir d’incarner, je n’ai pas de mots assez durs contre l’Etat et notamment ses hussards, les Préfets, qui sont, je peux moi-même en témoigner, trop souvent aux abonnés absents, préférant bien souvent détourner la tête et laisser les maires seuls face à des conflits qu’ils n’ont pas les moyens légaux de gérer.
    Il y a de cela quatorze ans paraissait un livre, Les Territoires perdus de la République. Ce livre relate les importations dans les quartiers populaires du conflit israélo-palestinien ainsi que les références à un Islam simpliste, coupé de son évolution au fil de l’histoire, mais aussi la montée des petits caïds. Lorsque je suis redevenu premier magistrat de ma commune, j’ai constaté un certain nombre de faits exposés dans ce livre que je n’avais pas décelés lors de mon premier mandat. Ils existaient certainement, mais dans une proportion si faible que je ne les avais pas décelés.
    Douloureusement, j’ai du constater à quel point ma ville avait si profondément changé en à peine quelques années.
    Douloureusement, j’ai du constater à quel point ma ville avait si profondément changé. Depuis plus de deux ans et demi, j’ai, avec mon équipe, élus et collaborateurs, redressé des situations qui ne devraient pas exister. J’ai mis fin à de nombreux emplois de complaisance, dont des personnes qui avaient été embauchées pour leur influence supposée au sein de la communauté musulmane: un véritable mélange des genres entre espace professionnel et associations cultuelles. J’ai réaffirmé l’égalité homme-femme en sanctionnant sévèrement les agents refusant de serrer la main aux femmes. J’interdis systématiquement la tenue de salons dit «de la femme» discriminants et contraires à la laïcité sur le modèle qui s’est tenu à Pontoise et qui a défrayé la chronique. J’ai fait en sorte de récupérer 1 million d’euros de la part d’une association cultuelle qui avait bénéficié, là encore dans un calcul purement électoral, d’une location d’un bâtiment municipal à titre gratuit ainsi que de travaux dans celui-ci pour un montant équivalent à la somme récupérée. Voici des actes qui sont en mon pouvoir de Maire.
    J’ai mis fin à de nombreux emplois de complaisance, dont des personnes qui avaient été embauchées pour leur influence supposée au sein de la communauté musulmane.
    Cependant, je me trouve fort dépourvu et depuis trop longtemps lâché en rase campagne par l’Etat, lorsqu’il s’agit de prendre des décisions sur la fermeture de lieux de prière inopinés ou d’encadrement d’enfants qui se sont construits dans la plus totale illégalité. Ces lieux ne sont d’ailleurs pas uniquement, dans le cas d’Argenteuil, d’obédience musulmane mais également évangéliste. Il en va de même concernant l’absence de contrôle de l’Etat relatif aux financements de lieux de culte par l’étranger sur lesquels j’ai alerté à maintes reprises.
    J’entendais il y a peu une chronique courageuse du philosophe Raphael Enthoven. Celui-ci moquait justement la phrase hélas fort à la mode en ce moment: «Ne pas jeter d’huile sur le feu». Il pointait du doigt cette expression en disant: «qu’elle était devenu le mantra des élus qui se donnent ainsi l’image de rassembleurs apaisants. C’est une formule magique. Elle installe celui qui la brandit dans la position du souverain qui, quand le monde s’enflamme, conserve son sang-froid…Alors qu’en réalité, c’est lui, le pyromane».
    Et d’ajouter pour conclure: «Ne pas jeter d’huile sur le feu c’est la formule qui préserve les conflits en posant un voile dessus. Celui qui ne veut pas jeter d’huile sur le feu c’est celui qui ne veut pas se salir les mains, celui qui a peur et qui a honte d’avoir peur donnant à sa peur les contours flatteurs de la pondération…».
    Malgré tout, face à ces situations qui apparaissent parfois désespérées et désespérantes et qui ont déjà causé de profonds dégâts dans notre société, je reste convaincu, comme beaucoup de mes collègues maires, que cet état de fait n’est pas irréversible. Je reste intimement persuadé que la non-renonciation, la force du courage et la volonté de voir les valeurs de notre République triompher face à l’obscurantisme, est plus que jamais possible. Ce sera sans aucun doute l’une sinon la mission prioritaire du prochain président de la République qui succèdera à François Hollande.

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