
Intoxication d’une famille juive: une audience marquée par les contradictions de la nourrice mise en cause
Par Leopold Paitier
Le tribunal correctionnel de Nanterre devra fixer le 18 décembre la peine encourue par Leïla Y., 42 ans, jugée pour avoir versé des produits ménagers dans plusieurs aliments et cosmétiques de ses employeurs de confession juive.
Leïla Y. connaîtra son sort judiciaire le 18 décembre prochain. Jugée ce mardi 9 décembre au Tribunal Correctionnel de Nanterre, cette nourrice algérienne de 42 ans encourt une peine de prison pour «administration de substance nuisible suivie d’incapacité supérieure à huit jours commise en raison de la race, l’ethnie, la nation ou la religion», au préjudice d’une famille de confession juive. Le parquet a requis trois ans d’emprisonnement avec maintien en détention, cinq ans d’interdiction d’entrer en contact avec la famille et dix ans d’interdiction du territoire français.
Les faits remontent à l’automne 2023. Déjà soumise à une obligation de quitter le territoire français (OQTF), l’auteure des faits avait acheté une fausse carte d’identité belge pour se faire embaucher comme nourrice au domicile de ce jeune couple trentenaire. Pendant plusieurs semaines, elle garde les trois enfants, leur prépare à manger, les accompagne et les récupère à l’école, jusqu’à s’inscrire au cœur de leur quotidien.
Mais à partir du 7 octobre, date majeure du conflit Israélo-Palestinien, Leïla Y. aurait changé de comportement, selon la famille et ses avocats. Me Patrick Klugman évoque une évolution très nette, incompréhensible sans la grille de lecture antisémite : la nourrice parle «d’augmentation salariale dès le lendemain», et se persuade qu’«un couple juif qui a de l’argent et du pouvoir» ne peut le lui refuser. Le père de famille détaille : «Fin septembre on l’embauche. Début octobre elle nous réclame une augmentation et en décembre elle nous met un ultimatum. Soit on accepte, soit elle part.»
C’est dans ce contexte de «conflit salarial» que Leila Y. aurait injecté des produits ménagers dans des bouteilles de vin et de jus de raisin ainsi que dans un plat de pâtes et des cosmétiques. Lors de sa plainte en janvier 2024, la mère de famille décrit un démaquillant qui lui brûle les yeux de façon inhabituelle. Très vite, dans ce domicile où seules la famille et la nourrice possèdent les clés, Leïla Y. devient la suspecte numéro un.
Des explications entremêlées
Lors d’une première audition, la mise en cause nie tout empoisonnement. Ce n’est que lors de la seconde que son discours commence à changer : «C’était pour la blague. C’est comme si on mettait du sel», avance Leïla Y., avant de préciser : «Je n’en ai mis que dans le vin car il n’y a que les parents qui en boivent. C’était comme une punition pour ce qu’ils ont fait envers moi. Mais je n’ai pas mis un produit très nocif.» Un ensemble de déclarations qui bifurquent à nouveau ce mardi 9 décembre. Dans le box, elle assure ne «jamais avoir vu ces produits ménagers» et dit n’avoir «rien fait».
Mais les éléments donnés par Leila Y. ne correspondent pas à la chronologie du dossier. «Vous avez donné, lors des interrogatoires et votre garde à vue, des éléments et des détails que l’enquêteur ne pouvait même pas connaître tant que les analyses n’avaient pas encore été réalisées», relève le président face à la prévenue qui affirme, au contraire, avoir été «manipulée» un temps par l’enquêteur, un autre par son ex-avocat. «On m’a mis la pression et on m’a obligée à inventer cette histoire», souffle d’une voix tremblante celle qui reste ensuite muette face aux révélations de Me Klugman et Me Ghozlan, également avocat de la famille : «L’ensemble des auditions ont été filmées. Si vous confirmez ne pas avoir dit ce qui apparaît dans les procès-verbaux, nous pouvons les diffuser dès maintenant.»
Face aux réponses de sa cliente, Me Solange Marle a tenté de désamorcer : «Je plaide la relaxe car elle ne reconnaît pas les faits. De plus, il n’y a aucune preuve ADN sur les produits utilisés.» Selon elle, Leila.Y n’a pas «eu la volonté d’intoxiquer.» Un geste commis sur fond rancœur et de précarité, plus que comme le prolongement d’une haine antisémite. Le mobile est ici selon le Procureur de la République : «Comme elle l’avoue lors des auditions, elle a le sentiment de ne pas être respectée et d’avoir été prise pour une “conne”.»
Un rapport à la religion fluctuant chez la prévenue
«Je suis d’origine juive comme eux», affirme d’abord Leïla Y. lors des interrogatoires en 2024. Ce mardi, à l’audience, elle se présente pourtant comme «berbère chrétienne non-pratiquante» et «tolérante». «Mais pendant l’enquête et vous venez de le confirmer, vous dites aussi que vous êtes musulmane et que vous ne buvez pas d’alcool. On ne comprend plus», tonne Me Patrick Klugman.
Reste la question du possible antisémitisme, martelée par les avocats de la famille tout au long du procès. «Ils ont le pouvoir et l’argent, je n’aurais jamais dû travailler pour des juifs.» Cette phrase, prononcée sous l’effet de «la colère» selon la prévenue, est décrite par Yonathan Arfi, président du Crif cité comme témoin, comme «l’un des marqueurs les plus puissants de la banalisation de l’antisémitisme». De son côté, la quadragénaire assure ne «pas connaître la définition du mot antisémitisme» et dit n’avoir aucune connaissance du conflit israélo-palestinien au moment des faits, tout en présentant ses excuses pour ces propos. «Je ne l’ai pas pensé du tout. J’aurais pu dire la même chose pour un Arabe, un musulman.»
Les enfants, eux, rapportent que la nourrice leur posait «des questions sur ce qu’ils apprennent de la condition juive» ou encore renversait des livres de religion. La cadette dit l’avoir vu frapper les mezouzah, ces objets de culte fixés aux montants des portes. La fillette de cinq ans affirme même avoir vu Leïla. Y transvaser un produit de la salle de bains dans une bouteille d’alcool du réfrigérateur étiqueté «Jerusalem».
Le quotidien bouleversé d’une famille traumatisée
«Les repas de Shabbat ne sont plus pareils», clame au président Me Ghozlan. Le produit chimique a fait basculer le quotidien de la famille dans la terreur : «j’ai craint pour ma vie», assure la mère de famille. Un traumatisme qui provoquera une incapacité de travail d’une vingtaine de jours. «Je n’arrivais plus à dormir. J’avais peur qu’elle ait fait un double des clés», assure cette dernière avant de se questionner : «Qu’est ce qui a fait que cette femme-là, à qui j’ai confié ce que j’avais de plus cher, fasse cela au sein même de mon foyer?»
À la barre, elle raconte l’horreur dans laquelle a basculé sa famille : «Tout devient un danger potentiel, une arme. Les séquelles psychologiques sont au quotidien», assure cette dernière. «J’ai vu un médecin généraliste puis un neurologue car je faisais des amnésies. Ma petite fille très joyeuse de nature est devenue très timide. Ma seconde fille de 7 ans vit avec une culpabilité énorme de ne pas avoir pu protéger sa sœur. Elle fait des cauchemars qui prennent la forme de la voix de Leïla.»
Dans le box, Leïla Y., tête baissée depuis ses réponses, semble dépassée par le déroulé de l’audience. Elle connaîtra dans les prochains jours si elle est reconnue coupable d’avoir intoxiqué ce foyer juif, et surtout si la circonstance aggravante du caractère antisémite sera retenue à son encontre.
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On ne peut ignorer la culture haineuse des juifs que portent les disciples de l’islam
Il est à espérer que la justice sera appliquée normalement et qu apres son passage en prison le renvoi vers son pays D origine soit appliqué.