Vaccine or flu shot in injection needle. Doctor working with patient's arm. Physician or nurse giving vaccination and immunity to virus, influenza or HPV with syringe. Appointment with medical expert.

«Être vacciné c’est être le “gardien de son frère”»

FIGAROVOX/TRIBUNE – Des représentants de cultes protestant, musulman et juif s’expriment en faveur de la vaccination de tous. Face à la crise sanitaire, ils enjoignent les Français à ne pas se diviser sur les questions sanitaires, afin de préserver la fraternité comme pilier de notre société.

Pasteur François Clavairoly est président de la Fédération Protestante de France. Haïm Korsia est grand rabbin de France. Mohamed Moussaoui est président du Conseil Français du Culte Musulman.

On a vu déferler sur les plateaux télévisés d’éminents spécialistes ayant chacun une idée sur l’éventuelle saisonnalité du virus, les traitements possibles et sa réponse à telle ou telle molécule.

Que l’on soit en télétravail ou pas, le virus est devenu le cœur de toutes les conversations et beaucoup ont décrété que leur avis pouvait être égal à celui des experts, tant ceux-ci se déchiraient par médias interposés. D’autant plus, si « les faits sont complètement démentis par mon opinion », comme se plaisait à le croquer Xavier Gorce.

Depuis plus de six mois et la mise sur le marché du premier vaccin, il y a tout autant de spécialistes de la vaccination ou de l’ARN-messager. Sans compter les théories complotistes les plus absurdes qui circulent sur les réseaux sociaux.

Toutes les études démontrent aujourd’hui l’efficacité de la vaccination, en ce qu’elle protège de la maladie comme de la contamination. Aussi, il est impératif d’encourager activement la vaccination afin de nous permettre collectivement de retrouver progressivement une vie normale. Car c’est bien de cela qu’il s’agit, protéger la population d’un virus dévastateur pour recouvrer la liberté.

Aussi nous faut-il redoubler d’efforts pour convaincre les sceptiques, et combattre les opposants à la vaccination, qui sous prétexte de la liberté, veulent faire valoir leur droit à être un danger pour les autres.

Tribune collective

Oui, la liberté ! Liberté de recevoir des amis, de dîner au restaurant, d’aller au cinéma ou de voyager. Des choses simples de la vie mais qui sont essentielles au bonheur de l’être social que nous sommes, sans pour autant avoir sur nos têtes en permanence l’épée de Damoclès d’une contamination à ce virus mutant, toujours plus dangereux et redoutable.

Aussi nous faut-il redoubler d’efforts pour convaincre les sceptiques, et combattre les opposants à la vaccination, qui sous prétexte de la liberté, veulent faire valoir leur droit à être un danger pour les autres. Ces derniers arguent de la liberté, un des piliers essentiels de notre triptyque républicain, comme épouvantail pour crier au scandale voire au complot. Une minorité de Français invoquent bruyamment, et parfois même de manière indécente, leurs libertés individuelles pour refuser le vaccin contre la pandémie qui ravage la planète.

Nous nous insurgeons d’avoir vu dans les rues de notre pays, des manifestants défiler en portant des étoiles jaunes. Rien ne saurait jamais pouvoir être comparé à la Shoah. Rien.

Joseph Szwarc, rescapé du Vel d’Hiv, nous l’a rappelé avec beaucoup d’émotion et nous y souscrivons sans réserve. Les caricatures, les slogans et les images posant un parallèle entre les appels à la vaccination et la déportation puis l’extermination massives de Juifs par le Troisième Reich sont une honte. Les signataires de cette tribune sont attachés de toute leur force et de toute leur âme, par leurs convictions les plus profondes, à l’exercice le plus entier et le plus universel des libertés. Au premier chef, la liberté individuelle de conscience, la liberté des croyants et celle des libres penseurs, et plus généralement dans notre République, fort heureusement laïque, la liberté d’opinion, la liberté d’expression et le cortège d’autres libertés que nous ont légué les combats de nos pères et de nos aïeux. Beaucoup d’entre eux ont donné leur vie pour ces valeurs que nous devons chérir et auxquelles tant de nos contemporains n’ont pas encore ou n’ont plus accès.

Refuser le vaccin, ce n’est pas seulement risquer pour soi-même les coups du virus, c’est pratiquement armer son propre corps, comme on dégoupillerait une grenade, pour le transformer en engin potentiellement mortel, frappant aveuglément et aléatoirement autour de soi.

Tribune collective

Si manifester est un droit, tout n’est pas permis pour autant et sûrement pas les amalgames honteux qui ne cherchent qu’à choquer. Il ne faut pas s’y tromper. « La liberté, c’est toujours la liberté de l’autre » disait Rosa Luxembourg. Il est inadmissible d’exciper de la liberté pour justifier une posture entravant la liberté d’autrui, en étant en prime, susceptible de mettre la santé des autres en jeu.

« Liberté, que de crimes on commet en ton nom » s’écria sur l’échafaud Madame Roland en montant les marches où la menait la Terreur. Aujourd’hui, au cœur de la pandémie, il n’y a en France ni Terreur, ni dictature, ni échafaud pour quiconque. C’est l’échafaudage fragile de nos sociétés humaines qui est menacé dans sa complexité, sa fragilité et dans l’interdépendance inédite de tous les êtres humains, et au-delà, de tous les êtres vivants, partout sur la planète. De dictature, il n’y a que celle des lois statistiques de la propagation virale et des mutations aléatoires. Et de Terreur, il n’y a que celle inspirée par l’ignorance, la défiance, la désinformation et quelques prophètes de malheur aux desseins obscurs.

Nous espérons donc que nos voix unanimes porteront haut, fort et loin lorsque nous voulons solennellement signifier ici qu’évoquer sa liberté personnelle pour refuser l’acte de solidarité et de fraternité de la vaccination est un dévoiement absolu de ce merveilleux attribut qu’est notre libre arbitre.

Il ne relève évidemment pas de notre compétence de rappeler ici les raisonnements scientifiques qui font de la vaccination, aux côtés de précautions élémentaires dans nos interactions, la seule arme face au virus. Ou plutôt, devrions-nous dire, le seul bouclier. Bouclier individuel et bouclier collectif.

Car refuser le vaccin, ce n’est pas seulement risquer pour soi-même les coups du virus, c’est pratiquement armer son propre corps, comme on dégoupillerait une grenade, pour le transformer en engin potentiellement mortel, frappant aveuglément et aléatoirement autour de soi. Par-delà l’affirmation de notre liberté, c’est le droit naturel et les fondements les plus essentiels de la conscience universelle qui condamnent un tel retournement de la notion de libre arbitre pour substituer à la guerre de chacun contre le virus la guerre de tous contre tous.

Face au virus, notre devise républicaine « Liberté, Égalité, Fraternité » est mise à mal car nous ne sommes pas égaux face à lui et notre liberté est temporairement contrainte par les nécessités du combat sanitaire.

Tribune collective

Plus encore, dans ces circonstances exceptionnelles, la règle éprouvée qui énonce que la liberté de chacun s’arrête là où commence celle des autres n’a plus de signification, puisque nous sommes tous alignés sur la même ligne de front, sans repli possible. Car, nous vivons dans une société où nos droits impliquent des devoirs.

Se vacciner, ce n’est donc pas seulement une mesure d’autoprotection et de solidarité, c’est le contraire même d’un acte d’agression individuelle et collective.

Face au virus, notre devise républicaine «Liberté, Égalité, Fraternité» est mise à mal car nous ne sommes pas égaux face à lui et notre liberté est temporairement contrainte par les nécessités du combat sanitaire. La fraternité doit donc rester le plus solide pilier de notre société. Pilier face à la pandémie, mais aussi face aux nombreuses autres menaces qui guettent l’Humanité et même toute la biosphère.

Lorsqu’il faudra lutter contre d’inévitables pandémies futures, contre le dérèglement climatique, contre les inégalités béantes entre populations de la Terre, l’exercice dissident de son propre libre arbitre ne sauvera aucun voyageur se décrétant passager clandestin pour mieux s’affranchir des nécessités et lois communes assumées par les autres.

Des nécessités et des lois communes ? Lesquelles ?

La réponse est simple.

Tu ne tueras point.

Tu te vaccineras.

Ou de façon moins biblique et plus républicaine, se faire vacciner, c’est être protégé et protéger les autres. Être vacciné c’est être « le gardien de son frère ».

Être vacciné pour être enfin libre.

«Se faire vacciner, c’est être protégé et protéger les autres». Adobe Stock

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