Une femme juive dévouée traitée de « Femen !»

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Lettre ouverte au Grand Rabbin de France, Mr Haim Korsia,

et au président du Consistoire Central et de Paris, Mr Joël Mergui
par L. Vana

 

Paris, le 16 septembre 2015

Rosha ha-shanah est un moment propice aux bilans et à la prise de nouvelles résolutions. 

Ces dernières années, le nombre de cas où les femmes sont empêchées de prendre la parole en public dans un cadre communautaire ou synagogal consistorial s’est multiplié et la situation devient des plus inquiétantes. Les femmes sont empêchées de s’exprimer devant le public en toute circonstance : naissance, circoncision, mariage, deuil, obsèques, bar ou bat-mitsva, la fille bat-mistva elle-même ne peut pas faire son devar Torah, etc.

Pour les uns, au nom de ce qu’ils appellent la « tseni’ut » (pudeur) qu’il incombe aux femmes juives de respecter. Pour les autres au nom de la « halakhah » (loi). En ce qui concerne l’espace synagogal et la prière, il convient de rappeler ce qui relève des contraintes de la halakhah et ce qui ne l’est pas:

Il est interdit d’interrompre le déroulement d’un office de prière afin de prendre la parole. C’est la halakhah pour tous. Les hommes, fussent-ils rabbins ou grands-rabbins ne bénéficient d’aucune dérogation. Leur prise de parole à la synagogue, lorsqu’elle a lieu au cours d’un office religieux se fait pendant la PAUSE. De fait, il est permis – à certains endroits déterminés par la halakhah – de faire une pause pendant l’office de prière. Or, les règles relatives à la pause sont les mêmes pour tous : hommes et femmes, rabbins et non-rabbins. C’est notamment sur le fondement de cette halakhah et pendant cette PAUSE que des juifs (mâles) de tout bord viennent faire des collectes pour leurs institutions et que des non Juifs, souvent des « officiels », des élus de la République, peuvent prendre la parole au cours d’un office… ;

Avant et après l’office, tout le monde peut prendre la parole : hommes, femmes, Juifs, non Juifs…;

La tenue de conférences, réunions, cérémonies commémoratives etc. dans une synagogue est courante et permise à tous : hommes, femmes, Juifs, non Juifs peuvent y prendre la parole. 

En dépit de la règle, même les présidentes de communauté sont empêchées de prendre la parole (en France, en 2015, on ne compte qu’une dizaine de femmes environ occupant cette fonction), pendant la PAUSE, avant ou après l’office de prière face aux fidèles.

Dans le journal communautaire, Information juive (mai 2015), Mme Dolly Touitou, Présidente de la communauté de Vanves déclarait : « Le plus dérangeant pour moi est de ne pas prendre la parole à la synagogue le shabbat ou lors d’événements heureux comme une bar mitsva ou un mariage. Pour remédier à ce problème, j’envoie un mail et un fidèle – souvent le même – le lit devant la communauté…»

Dans le même article, Mme Melissa Sarfati, Présidente de la communauté de Cagnes sur mer, déclarait, elle aussi : « Mon plus gros frein est de ne pas pouvoir m’exprimer devant les fidèles lors des offices et des grandes fêtes. Le rabbin me propose bien souvent de prendre la parole avant lui en restant du côté des femmes, mais l’impact est moins fort et je me trouve obligée de tourner le dos aux femmes. Cette absence de prise de parole devant les fidèles m’empêche d’installer durablement une ‘‘autorité’’ de présidente ».

Le cas le plus scandaleux que l’on pourrait citer est celui de Lyon et des prises de position de Monsieur Richard Wertenschlag, Grand Rabbin régional, au sujet de la synagogue quai Tilsitt dont il n’est pas le rabbin. (Ce poste, vacant depuis le départ en retraite du rabbin Elhadad, est occupé depuis janvier 2015 par le rabbin Nissim Malka qui prendra, cette fois-ci, officiellement, ses fonctions en octobre 2015).

Le 22 juin 2014 Monsieur Joël Mergui, président du Consistoire Central et de Paris accompagnait le Grand Rabbin Haim Korsia – élu quelques heures auparavant, au poste de Grand Rabbin de France – à la grande synagogue de Lyon, quai Tilsitt qui célébrait son 150e anniversaire.

Une cérémonie célébrée en présence des représentants de la République et de la communauté juive.

Ni les uns ni les autres n’ignoraient le scandale que cachait cette cérémonie.

Ni les uns ni les autres n’ignoraient que cette cérémonie festive a été soigneusement préparée par une femme pratiquante membre de la Commission Administrative (CA) – dont ils n’ignorent pas le nom – et à qui revenaient le mérite et l’honneur de la présider. En effet, c’est tout naturellement que la CA de cette synagogue Consistoriale l’avait désignée – par un vote, à l’unanimité – comme maître de cérémonie. Le procès verbal de désignation atteste la confiance que tous avaient en l’excellence de son travail, en rappelant que « concernant l’organisation, compte tenu de l’importance et la qualité du travail réalisé par Mme… , le Président  propose qu’elle soit “maître de cérémonie” comme  l’avait fait Mr …. en 2010. La proposition a été acceptée à l’unanimité des présents. »

C’était pourtant sans compter avec le g.r. Wertenschlag qui s’y est violemment opposé dès qu’il en fut informé. Il a traité cette administratrice de « FEMEN » et a exigé qu’elle soit remplacée par un homme. Malgré l’évidence de ce qu’elle avait déjà actée, la CA a courbé l’échine et un homme a donc remplacé cette dame. Le g.r. Wertenschlag avait d’ailleurs exigé le même traitement au sujet de toutes les femmes y compris les représentantes des collectivités territoriales, représentantes de la République. Mais devant l’énormité de ce qui était demandé, la CA n’a pas osé aller jusqu’au bout de la tâche requise.

Interpellée par des membres de la communauté lyonnaise, j’ai décidé de contacter personnellement le g.r. Wertenshlag afin de comprendre sa position. Ce fut un échec qui me donnait l’occasion de l’entendre traiter de « FEMEN » cette femme pratiquante, dévouée aux affaires de la communauté lyonnaise depuis longtemps et reconnue par ses collègues de la Commission Administrative.

Ce fut aussi une surprise de découvrir un rabbin plus proche de l’invective et de l’injure pour cette dame comme, plus généralement, pour les femmes.

Par la suite, j’ai toutefois appris que le g.r. Wertenschlag avait insulté cette administratrice publiquement, que devant la CA il l’avait traitée de : « débauchée et de dévergondée », qu’il était un habitué de ce genre d’humiliations.

Monsieur Joël Mergui, président du Consistoire Central et de Paris n’était-il pas au courant de cette affaire bien avant la cérémonie. Aux administrateurs, il avait fait la promesse d’y assister accompagné du rabbin qui serait élu le matin même au grand rabbinat de France (la cérémonie à Lyon et l’élection avaient lieu le 22/6/2014). D’ailleurs, plus d’une fois, Monsieur Joël Mergui a eu, lui aussi, l’occasion d’empêcher la prise de parole par des femmes dans une synagogue consistoriale, mais par des méthodes différentes…

J’ai personnellement alerté le Consistoire des agissements du g.r. Wertenschlag. Il m’a été promis que l’on s’en occuperait, que les fêtes de Tishrey (5775 !!) en seraient l’occasion ; qu’une circulaire serait adressée aux rabbins etc.

A ce jour rien n’a été fait.

La situation est même pire car, à l’instar du rabbin Bezalel Lévy qui a bénéficié d’une promotion alors qu’il était sérieusement et directement impliqué dans un scandale de Get en 2014, le g.r. Wertenschlag a été « récompensé » de ses agissements sexistes. On lui accorda l’honneur de faire le devar torah à l’occasion du Congrès annuel des rabbins de France qui s’est tenu en avril 2015 [1] (il a également reçu une décoration de la République peu de temps plus tard !). Un peu comme si piétiner la dignité des femmes devait permettre d’accéder à certaines récompenses comme un signe de reconnaissance d’un mérite particulier.

Les rabbins échapperaient-ils à toute sanction ?

Y aurait-il une corrélation directe entre les méfaits d’un rabbin et sa promotion ?

La tenue d’une commission de discipline serait-elle si incongrue s’agissant de l’abaissement des droits des femmes, tellement marqué que, réciproquement, aucun homme ne supporterait jamais de telles avanies ?

La situation est donc grave et la communauté ne peut pas être en rupture – et c’est peu dire – avec sa composante féminine qui, rappelons, en constitue au moins la moitié.

Au Grand Rabbin de France Haim Korsia, ainsi qu’au président du Consistoire Central et de Paris, Joël Mergui, il est temps de poser les questions suivantes et clarifier leur position : 

OUI ou NON, la parole des femmes dans les synagogues consistoriales
sera-t-elle encore interdite, directement ou indirectement ?

En outre, il leur incombe de prendre les mesures suivantes dans le respect de la justice, de l’honneur des femmes et de cette administratrice (dont ils connaissent le nom) de la synagogue quai Tilsitt à Lyon :

  1. Réunir une commission de discipline qui statuera publiquement, contradictoirement et justement sur les agissements et les dires du g.r. Wertenschlag ;
  2. Lui faire injonction de présenter ses excuses à cette administratrice. La dignité des femmes vaut bien celle des rabbins ;
  3. Envoyer une lettre circulaire à tous les rabbins afin de rappeler le droit de toute personne, homme ou femme, à prendre la parole dans les synagogues consistoriales ;
  4. Publier cette circulaire sur le site du Consistoire.

A l’heure où la loi impose la parité dans toutes les instances représentatives, politiques, associatives, disciplinaires, etc. nous serions bien inspirés d’en anticiper l’introduction dans nos communautés plutôt qu’elle nous soit imposée sous peine de sanctions.

Puisse l’année 5776 être celle des solutions des dysfonctionnements de certains services du Consistoire, institution importante de la Communauté juive de France, dont le souci de la bonne santé est la préoccupation tant collective qu’individuelle, de chacun de ses fidèles.

Shanah Tovah et, ketivah wa-hatimah tovah.

L. Vana – Spécialiste en droit hébraïque, Talmudiste, Philologue

Contact : divorce.juif.france@hotmail.fr

[1] L’ordre du jour de ce Congrès ne prévoyait ni débat ni information sur les difficultés que rencontrent les femmes dans les institutions communautaires : agunot, bat-mitsva, prise de parole, etc.

Il était, sans doute, plus URGENT d’expliquer aux rabbins de France les problèmes liés aux serrures shabbatiques, capteurs de mouvement, etc. Ce fut le sujet choisi par Mr Gugenheim Michel, Grand Rabbin de Paris.

NDLR – Nous sommes disposés à faire paraître le droit de réponse, si réponse il y a.

5 COMMENTS

  1. je suis écœurée !!!! nos rabbins deviennent aussi rétrogrades, misogynes et stupides que les imams !!!! bientôt la burqa ??? il y a vraiment de quoi s’éloigner de la religion …… finalement, si j’étais plus jeune, des hommes comme ce Tartuffe de Wertenschlag me donneraient envie de rejoindre les Femens !!!!!

  2. Chère Liliane,
    Il n’est pas donné à tout le monde d’être “talmid khakham” et ni la barbe ni le grand chapeau (du style moulin à vent) ne font l’homme.
    Mais il est agréable d’entendre une “talmidat khakhamim” comme toi, en espérant avoir bientôt des talmidot khakhamot reconnues et acceptées.
    Je connais ton combat et ne peux que te soutenir. Et à Jérusalem d’où je te souhaite un gmar khatimah tova, la lutte est la même.
    Il est vrai que certains de nos rabbanim ici, préfèrent disserter sur (authentique) ce qui se passe quand on s’est enlevé un poil de nez le chabbat ! sic.
    On peut comprendre pourquoi le Messie réchigne à venir et se trouver confronté à de tels problèmes !

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