«Faut comprendre aussi, toucher à la religion, c’est plus que limite». Amélia* est en seconde au lycée Blaise Pascal, à Châteauroux (Indre). C’est entre les murs de cet établissement qu’un élève de seconde a été tabassé, vendredi, dans un local à vélo. La veille, le jeune homme avait posté «Je suis Charlie», sur Facebook, ce qui avait donné naissance à un vif débat avec trois autre élèves de l’établissement. Ces trois-là lui sont donc tombés dessus, l’envoyant à l’hôpital avec huit jours d’incapacité totale de travail (ITT). Ils sont maintenant mis en examen pour violences volontaires en réunion et ont reconnu les faits, s’étant sentis «insultés» dans leur religion.

Le lycée Blaise Pascal n’est pas un repère de petits caïds, dopés à la violence et où les bagarres sont légions. L’établissement accueille plus de 1000 élèves, repartis entre filières générales et professionnelles. Le lycée s’étendant sur 11 hectares, il arrive que certains en profitent pour échapper à la surveillance. «Nous demandons régulièrement des hausses d’effectifs de surveillants», indique Bérangère Delhomme, déléguée Unsa de l’Indre. 70% des élèves sont des garçons, ce qui fait que parfois le ton peut monter. «C’est de leur âge, souligne le proviseur, Fabien Lascaux. Mais je travaille ici depuis 6 ans et je n’ai jamais, jamais vu ça. En 25 ans de carrière même, c’est l’incident le plus grave auquel j’ai été confronté.»
«L’imam, c’est un vrai hippie»

L’établissement est situé à la bordure du quartier HLM Saint-Jean. Une vaste communauté musulmane y réside. «Ici, entre vieux tout se passe bien, sourit Ahmed, 65 ans dont 44 passés en France et gérant d’un café. Entre Marocains, Tunisiens, juifs, cathos, tout le monde se soutient. Mais chez certains jeunes, c’est pas pareil…» Le vendredi où a eu lieu l’altercation, l’imam de Châteauroux avait organisé un rassemblement en hommage aux victimes. 300 musulmans étaient présents, avec des badges «Je suis Charlie» imprimés en arabe et en français. L’imam marocain Hassan Fadili, connu dans le quartier pour sa douceur et son amour des animaux, avait prononcé un sermon engagé, stigmatisant les terroristes, «qui ternissent l’image de l’Islam». «C’est un vrai hippie, il nous interdit même de tuer les mouches», s’amuse Ahmed.

Comment donc expliquer qu’au moment même où le pays faisait corps contre le terrorisme dont il était victime, qu’un hommage était organisé à quelques dizaines de mètres, trois gamins sans histoire s’en prennent à un de leur pair pour un simple message Facebook? La veille, la minute de silence s’était «merveilleusement» bien passée, indique Céline*, en Terminale. Une petite dizaine d’élèves s’étaient toutefois absentés, ne voulant pas rendre hommage à Charlie Hebdo. «L’école est traversée par les mêmes débats que notre société», estime le proviseur, Fabien Lascaux.
«Depuis deux ans, nous remarquons que les questions de religion crispent certains élèves, ajoute Bérangère Delhomme de l’Unsa. Nous nous attachons à expliquer aux élèves que la loi des hommes doit s’appliquer avant celle des Dieux, mais nous rencontrons parfois des réticences.»

«Certains sujets sont plus difficiles à aborder en classe. La création de l’univers, le big-bang, mais aussi le conflit israélo-palestinien, poursuit Fabien Lascaux. Cette guerre revient en effet dans nos conversations avec les élèves, qui sont pour certains choqués que l’opinion ne se soit pas autant mobilisée pour les victimes gazouïes lors de l’offensive israélienne de cet été». «Bien sûr que c’est grave la mort des journalistes, réagit ainsi un élève de seconde. Mais vous avez dit «Je suis gaza» cet été? Vous avez fait une minute de silence? La vie de ces personnes valait autant.. Mais pas pour tout le monde en France, on dirait.»

Plusieurs jours de réflexion et de débats seront organisés la semaine prochaine au sein du lycée Blaise Pascal. Le jeune homme tabassé tient à réintégrer l’établissement dès qu’il sera sur pied. Les trois autres sont exclus temporairement, en attendant la tenue d’un conseil de discipline.

* Tous les prénoms des mineurs ont été modifiés

Par Judith Duportail Mis à jour le 15/01/2015 à 18:59 Publié le 15/01/2015 à 18:56

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