Des scientifiques israéliens parviennent à faire produire des protéines de lait à des plantes, ouvrant la voie à une production laitière sans vache
Une équipe de chercheurs de l’Université hébraïque de Jérusalem a franchi une étape décisive dans la production de protéines laitières sans recourir aux vaches. Leur étude, récemment publiée, démontre que des graines de plantes peuvent synthétiser et stocker la bêta-caseïne, une protéine essentielle du lait, qui contribue à sa valeur nutritionnelle et à ses propriétés fromagères. Ce progrès ouvre la voie à une production plus durable d’ingrédients laitiers, réduisant ainsi l’impact environnemental lié à l’élevage traditionnel.
Les chercheurs ont utilisé Arabidopsis, une plante modèle, pour introduire un gène codant la bêta-caseïne bovine fusionnée à une protéine liée aux corps gras des plantes. À leur grande surprise, la protéine s’est accumulée dans une zone inattendue des cellules végétales, révélant un mécanisme de stockage jusque-là inconnu. Ce phénomène, qui dépasse les prévisions initiales, pourrait optimiser la production de protéines animales complexes dans les cultures végétales.
Face à la croissance constante de la demande mondiale en produits laitiers et aux préoccupations croissantes concernant les émissions de gaz à effet de serre, la consommation d’eau et l’utilisation des terres agricoles, cette innovation représente une alternative prometteuse. La production de protéines laitières par fermentation de précision existe déjà, mais la méthode végétale pourrait s’avérer jusqu’à cent fois moins coûteuse. Le projet vise désormais à transférer cette technologie à la culture du carthame, une plante robuste, peu gourmande en eau et adaptée aux climats chauds, ce qui renforcerait encore l’aspect durable et économique de cette production.
Le carthame, dont les graines sont riches en protéines et en lipides, pourrait remplacer efficacement le lait traditionnel dans la chaîne d’approvisionnement. Contrairement aux « laits » végétaux classiques issus de soja, d’avoine ou de noix de coco, le carthame ne présente pas d’odeurs ou de goûts indésirables, ce qui facilite son intégration dans des produits laitiers authentiques ou hybrides. Cette innovation pourrait également soutenir les agriculteurs en leur offrant de nouvelles cultures à exploiter, notamment dans les régions où l’élevage est difficile ou coûteux.
Le défi principal reste désormais l’adoption industrielle de cette technologie. Les chercheurs ont déjà entamé des discussions avec les autorités réglementaires américaines pour valider la sécurité et la commercialisation des produits issus de cette méthode. Les perspectives sont ambitieuses : dans un délai de 18 à 24 mois, cette production pourrait atteindre une échelle commerciale, avec une diffusion mondiale envisagée d’ici cinq ans. L’Asie-Pacifique, les États-Unis, l’Australie, et plusieurs pays émergents sont identifiés comme des marchés clés pour cette innovation.
Au-delà de l’alimentation, cette découverte pourrait aussi révolutionner la production pharmaceutique, en facilitant la fabrication de médicaments biologiques comme les anticorps humanisés. Toutefois, l’industrie alimentaire, quatre fois plus importante, devrait être la première bénéficiaire, avec une transparence garantie pour les consommateurs sur l’origine végétale des protéines.
Cette avancée scientifique illustre la capacité des plantes à offrir des solutions inattendues face aux défis environnementaux et alimentaires mondiaux. En exploitant un mécanisme cellulaire jusque-là méconnu, les chercheurs israéliens posent les bases d’une nouvelle ère pour l’industrie laitière, plus respectueuse de la planète et économiquement viable. Le futur pourrait voir des étagères de supermarchés garnies de produits laitiers issus de fleurs, sans compromis sur le goût ni la qualité nutritive.
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