L’administration Biden estime que la vente potentielle de F-16 à la Turquie servira les intérêts des États-Unis et de l’Otan

Pour avoir acquis le système russe de défense aérienne S-400 « Triumph », incompatible avec les moyens mis en oeuvre par l’Otan, la Turquie a été exclue par l’administration Trump du progamme « Joint Strike Fighter », dans le cadre duquel elle avait commandé 100 chasseurs-bombardiers F-35A.

Ayant contesté à maintes reprises cette décision, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a fini par se rendre à l’évidence… et à demander le remboursement des sommes investies dans le programme F-35, soit 1,4 milliard de dollars. En outre, et après avoir laissé entendre qu’elle se tournerait de nouveau vers la Russie pour moderniser son aviation de combat, la Turquie a demandé aux États-Unis de lui founir 40 F-16 de dernière génération [celle dite « Viper »] ainsi que 80 kits pour moderniser les appareils du même type actuellement en service au sein de ses forces aériennes.

Cette demande, d’un montant évalué à « plusieurs milliards » de dollars, est en train d’être instruite par la Defense Security Cooperation Agency [DSCA, qui dépend du département d’État], l’agence chargée des exportations d’équipements militaires amércains dans le cadre du dispositif dit des « Foreign Military Sales » [FMS].

Seulement, dans le même temps, plusieurs élus du Congrès ont d’ores et déjà fait savoir qu’ils s’opposeraient à cette vente potentielle. La raison? L’implication de la Turquie dans plusieurs conflits [Syrie, Libye, Irak, Haut-Karabakh] et ses ambitions en Méditerranée orientale, et plus particulièrement ses visées sur les zones économiques exclusives grecques et chypriotes.

Tous ces griefs à l’égard d’Ankara ont d’ailleurs été rappelés en février par une cinquantaine d’élus démocrates et républicains dans un courrier adressé au chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, ainsi qu’au secrétaire à la Défense, Lloyd Austin. « L’achat d’avions de chasse avancés par la Turquie auprès des États-Unis n’incitera pas [le président] Erdogan à changer de cap », était-il souligné dans cette lettre.

Cependant, le département d’État n’est pas sur la même ligne, d’autant que l’invasion de l’Ukraine par la Russie a changé la donne. Dans une réponse à la lettre de ces élus du Congrès, il a au contraire défendu l’idée que cette vente potentielle de F-16 Viper à la Turque « serait conforme aux intérêts et à la sécurité nationale des États-Unis » tout en servant « l’unité à long terme de l’Otan ».

Selon l’agence Reuters, cette réponse aux parlementaires a été signée par Naz Durakoglu, une responsable de la diplomatie américaine. Si celle-ci admet que les relations peuvent être difficiles avec la Turquie, elle fait aussi valoir que les liens entre Ankara et Kiev dans le domaine militaire peuvent être vus comme un « important moyen de dissuasion contre l’influence » russe dans la région. En outre, le département d’État estime que les sanctions américaines [décidées par l’administration Trump, ndlr] pour l’achat des S-400 représentent déjà « un prix payé important ».

Si l’administration Biden penche en faveur de cette vente de F-16 à la Turquie, ce ne sera pas forcément le cas du Congrès. Et c’est à lui que reviendra le dernier mot, une fois qu’il aura reçu l’avis de la DSCA.

PAR LAURENT LAGNEAU www.opex360.com

 

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