Aux origines du judaïsme tunisien (1)

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Les juifs de Tunisie ont constitué pendant des siècles l´une des plus anciennes communautés de la diaspora, jouant un rôle de carrefour, attirant et assimilant les apports ethniques de tous les horizons.

L´écrivain Albert Memmi, originaire de cette communauté, écrit : «Quand je sus un peu d´histoire, j´en eu le vertige ; Phéniciens, Romains, Vandales, Byzantins, Berbères, Arabes, Espagnols, Turcs, Italiens, Français, j´en oublie et je dois en confondre. Cinq cents pas de promenade et l´on change de civilisation.»

Les origines

On ne peut dater avec certitude les premiers établissements juifs à l´est du Maghreb. Peut-on les faire remonter à l´époque où la flotte du roi Salomon s´associait à celle de Hiram, roi de Tyr, pour entreprendre de lointaines expéditions vers le pays de Tarshish ? Peut-on attribuer leur installation à la destruction, en 586 av. J.-C. du Premier Temple par Nabuchodonosor qui força les juifs à prendre le chemin de l´exil et à s´établir en Babylonie, et Egypte et ailleurs ?
Doit-on plutôt la rattacher au mouvement d´émigration qui se développa au lendemain de la conquête de la Judée par Alexandre, à la faveur de l´hellénisation du monde antique ?

Après la conquête romaine en 146 av. J.-C., la population juive de la province d´Afrique se fit plus nombreuse. À ceux déjà implantés dans le pays s´ajoutèrent ceux venus de Rome où une colonie juive est attestée depuis la fin du IIe siècle avant l´ère chrétienne et ceux de Judée après la prise de Jérusalem par Titus en 70 ou de Cyrénaïque après l´écrasement de la révolte juive de 115-117. La population juive s´accrut encore par la conversion d´autochtones de race berbère, parmi lesquels les juifs de souche avaient déployé un vigoureux effort de prosélytisme.

juifs tunisie

Carthage antique – reconstitution

La présence de juifs dans l´Afrique romaine est évoquée par des auteurs comme Tertullien et saint Augustin ; par les inscriptions juives ou judaïsantes que l´on a retrouvées dans plusieurs endroits ; par les vestiges de la nécropole juive de Carthage et de la synagogue de Naro ; ou encore par le Talmud de Babylone et celui de Jérusalem qui rapportent les opinions de rabbins de Carthage, R. Abba et R. Hanina.

Les juifs jouirent longtemps dans l´Afrique romaine d´un statut favorable qui leur reconnaissait des droits égaux à ceux des païens et leur permettait de se conformer en tous points aux prescriptions de leur religion. Il n´en fut plus de même lorsque le christianisme fut érigé en religion d´État.
Ils firent alors l´objet de diverses mesures discriminatoires, furent exclus de toutes les fonctions publiques, leur prosélytisme puni de lourdes peines et la construction de nouvelles synagogues interdite.

Sous la domination vandale au Ve siècle, toutes ces mesures furent abrogées. Mais la reconquête byzantine fut suivie d´une politique d´intolérance : les anciennes mesures discriminatoires furent remises en vigueur, les synagogues transformées en églises, le culte juif proscrit et les juifs contraints de se convertir au christianisme. Persécutés dans les territoires sous hégémonie byzantine, ils quittèrent alors les grandes villes pour aller s´établir dans les régions montagneuses et aux confins du désert, au milieu des populations berbères, et firent parmi elles de nouvelles conversions au judaïsme.
( A suivre)

www.terred’israel

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