Pourquoi l’Ardèche a le taux d’incidence le plus élevé de France ?

Alors que l’épidémie progresse dans tout le pays, c’est l’Ardèche qui présente aujourd’hui le taux d’incidence le plus élevé avec quasiment 600 cas pour 100.000 habitants en une semaine. En cause: le relâchement des gestes barrières mais surtout la couverture vaccinale plus faible qu’au niveau national.

Depuis deux semaines, l’Ardèche est le département qui a le taux d’incidence du Covid-19 le plus élevé de France. Sur une semaine, le département a totalisé près de 600 cas pour 100.000 habitants, un niveau bien au-dessus du seuil d’alerte maximal. C’est deux fois la moyenne nationale.

« Quand on est dans une circulation importante du virus comme celle-là, cela devient problématique », constate Alain Carillion, médecin à Bourg-Saint-Andéol et président du syndicat de médecins MG France en Ardèche. « On se bat contre ça tous les jours, et depuis des mois. »

Une réticence à la vaccination plus élevée qu’ailleurs

Comme partout, le relâchement des gestes barrières ces dernières semaines est pointé du doigt. L’Agence régional de Santé Auvergne-Rhône-Alpes (ARS) alertait vendredi dernier sur la situation et rappelait qu’il est « indispensable de maintenir les gestes barrières, même vaccinés ».

Mais justement, l’Ardèche est marquée par une couverture vaccinale plus faible qu’ailleurs. Dans le département, 75,4 % des habitants avaient reçu au moins une dose de vaccin lundi, d’après les chiffres de Santé publique France, contre 77,4 % au niveau national. Le territoire fait partie des 20 départements les moins vaccinés de France métropolitaine. Les trois premiers sont les Yvelines, l’Ain et la Seine-et-Marne, qui ont tous des taux d’incidence inférieurs à 400.

« On a des populations antivax qui sont connues », observe Alain Carillion. Déjà dans le passé, le département a dû faire face à une forte réticence aux vaccins. Par exemple, « on a vu réapparaître des épidémies de rougeole chez nous alors qu’on ne le voyait pas ailleurs ». L’Ardèche a en effet été confrontée à plusieurs cas de rougeole ces dix dernières années. À l’été 2017, six cas étaient déclarés dans le nord du département. À l’épode, 71% des habitants étaient vaccinés, 10% de moins que la moyenne nationale, avait appris France Bleu Drôme-Ardèche auprès de l’ARS. Pour empêcher la circulation de cette maladie très contagieuse, le taux de vaccination doit être d’au moins 95 %.

« Un vaccino-scepticisme assez courant dans certains territoires ardéchois. »

La chercheuse Lucie Guimier publiait alors une étude dans le journal Le Monde au sujet de la réticence à la vaccination en Ardèche. L’analyste en géopolitique décrivait « un vaccino-scepticisme assez courant dans certains territoires ardéchois », marqués par une longue histoire de mouvements contestataires : « La percée du protestantisme au XVIe siècle, la rébellion des paysans du Vivarais en 1670, la guerre des camisards (1702-1704) et plus récemment les maquis de refuge et d’action durant la seconde guerre mondiale ». Face aux laboratoires pharmaceutiques et aux autorités sanitaires, une partie de la population développe un même mécanisme de méfiance et donc de contestation des vaccins. À cela s’ajoute un manque criant de médecins pour mailler le territoire. « Or, échanger sur la vaccination avec son généraliste peut parfois convaincre certains parents récalcitrants de protéger leurs enfants », soulignait Lucie Guimier.

Les regards sont désormais tournés vers le nombre d’hospitalisations et surtout d’admissions en soins critiques. Pour l’instant, 63% des lits de réanimation du département sont occupés par des patients atteints par le Covid-19, contre 32 % au niveau national.

par la rédaction numérique de France Inter publié le 1 décembre 2021 à 17h03

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.