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Abstention: et dans les autres pays européens?

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Abstention: comment s’en sortent les autres pays européens ?

Analyse À la différence de la France, les Pays Bas et l’Allemagne ont réussi à maintenir un niveau de participation élevé aux élections cette année, et ce dans un contexte sanitaire plus défavorable. D’autres, comme le Portugal ou la Pologne, ont enregistré des baisses, mais avaient tout de même anticipé le risque d’abstention.

Il n’y a pas vraiment d’équivalent sur le Vieux Continent, à l’exception peut-être du Portugal. En Europe, les traditions du vote sont plus ou moins ancrées, les niveaux de participation varient d’un pays à l’autre, mais nulle part ailleurs en Europe un tel trou d’air démocratique a été constaté dans l’année écoulée.

La France a battu de plus de 10 points son propre record d’abstention (66,1 % et 68,6 % selon les estimations), à l’occasion du premier tour des régionales, dimanche 20 juin. Jusqu’à présent, l’abstention la plus élevée pour un premier tour des régionales datait de 2010 avec 53,67 %. L’Hexagone tient même son record tous scrutins confondus, hors référendum.
Ailleurs dans l’Union européenne, des scrutins ont pourtant eu lieu en plein pic pandémique. L’une des clés pour eux a été la mise en place d’un vote par anticipation, solution proscrite en France depuis 1975 en raison de fraudes, au profit du vote par procuration. La France ne vit pas sa première déconvenue. Lors des élections municipales françaises en mars 2020, au début de la première vague, seuls 44,66 % des inscrits s’étaient rendus aux urnes, contre 63,55 % aux élections de 2014.

En Allemagne, une solide tradition de vote à distance

Le 6 juin dernier, à l’occasion des élections en Saxe-Anhalt, la participation a été maintenue (60,33 %, – 0,8 pts par rapport au scrutin précédent). Elle s’est tassée sans s’effondrer, en mars dernier, dans les régions du Bade-Wurtemberg (63,83 %, – 6,6 pts) et de Rhénanie-Palatinat (64,36 %, – 6 pts), dans un contexte sanitaire pourtant des plus inquiétants.

Il faut dire que l’enjeu est autrement plus grand en Allemagne, où les Länder sont des États à part entière, avec leur propre politique en matière de santé, de sécurité, ou d’éducation.

Les Allemands se sont largement appuyés sur la tradition du vote par correspondance, ancrée depuis 1957 et même pratiquée par 28,6 % des électeurs lors des élections fédérales de 2017. Pour y avoir accès, un simple formulaire peut être téléchargé sur Internet. Cette solution avait même permis une hausse de la participation pour les élections en Bavière en mars 2020 (58,5 % contre 55 % en 2014), au tout début de la crise sanitaire.

Aux Pays Bas, une élection étalée sur trois jours

Contre toute attente, ce scénario de l’abstention record ne s’est pas produit aux Pays Bas, où les citoyens se sont fortement mobilisés (82,6 % de participation) pour reconduire le premier ministre libéral sortant, Mark Rutte. Là aussi, l’aménagement du scrutin a été décisif, de même que l’idée de ne pas ajouter de l’instabilité politique à la crise sanitaire.

Aux Pays Bas, outre le vote à distance pour les plus de 70 ans, le choix a également été fait d’étaler les élections sur trois jours, de manière à éviter la surfréquentation des bureaux de vote, à l’occasion des législatives des 15, 16 et 17 mars. Cet étalement a visiblement payé.

Au Portugal, des aménagements insuffisants

Avec une abstention de 60,6 % à la présidentielle du 24 janvier dernier, le Portugal a également battu son record pour ce type d’élection depuis l’avènement de la démocratie, en 1974. Ce scrutin attire traditionnellement un électeur sur deux.

Le gouvernement avait pourtant pris les devants. Les électeurs dans l’impossibilité de se rendre physiquement aux urnes, car testés positifs au Covid-19 ou hospitalisés, bénéficiaient d’un vote anticipé, entre les 11 et 14 janvier, en amont du vote qui s’est conclu par la réélection du président social-démocrate Marcelo Rebelo de Sousa. Cela n’a pas empêché un net repli de la participation (39 %, -9,4 pts).

Le gouvernement a voulu corriger le tir, en vue des élections municipales, prévues à l’automne, avec une modification du code électoral. Il s’agirait notamment d’étendre le vote anticipé aux personnes âgées et confinées, et de prolonger l’ouverture des bureaux de vote jusqu’à 20 heures.

En Pologne, le choix du report

La présidentielle polonaise de juin 2020 a été marquée par un recul de la participation (43,50 % au premier tour, 51,03 % au deuxième) par rapport au scrutin de 2015 (48,96 et 55,34 %). L’élection devait avoir lieu le 10 mai, mais elle a été reportée. La décision a été prise quatre jours avant le scrutin, alors que les partis de l’opposition se plaignaient de ne pas avoir pu mener campagne en raison des restrictions sanitaire.

Le PiS, parti nationaliste conservateur au pouvoir depuis 2015, a finalement dû se résoudre à remettre l’échéance au 28 juin 2020, le temps de généraliser un vote par correspondance jusque-là réservé aux personnes handicapées et aux expatriés. Ce décalage dans le temps d’un mois et demi a bien failli coûter sa réélection au candidat du PiS, le président Andrzej Duda, face à la remontée éclair de son concurrent europhile et libéral Rafal Trzaskowski.

 CES 5 PAYS EN EUROPE OÙ LE VOTE EST OBLIGATOIRE

En Europe, seuls cinq pays ont une telle législation en place.

Il s’agit de la Belgique, du Luxembourg, de la Grèce, de la Bulgarie et du Liechtenstein (non-membre de l’UE). Le canton suisse de Schaffhouse est dans le même cas.

Nos voisins belges font figures de pionniers, puisque le vote obligatoire y est en vigueur depuis 1893, soit depuis l’instauration du suffrage universel masculin. En théorie, l’abstention y est passible de sanctions : une réprimande ou une amende de 30 à 60 euros en cas de première absence non justifiée, une amende de 60 à 150 euros en cas de récidive. Un électeur peut même être rayé des listes électorales pour dix ans s’il s’est abstenu au moins quatre fois en quinze ans. Pendant ce laps de temps, il ne peut recevoir aucune nomination, promotion ou distinction d’une autorité publique.

Le cas de la Bulgarie est à part : il est le dernier pays à avoir instauré le vote obligatoire, en 2016, mais, l’année suivante, la cour constitutionnelle bulgare a supprimé les sanctions prévues (le retrait des listes électorales).

Par ailleurs, si le vote obligatoire permet à la Belgique, au Luxembourg et au Liechtenstein de se targuer de taux de participation extrêmement élevés (90 % en Belgique, plus de 85 % au Luxembourg, plus de 75 % au Liechtenstein), ce n’est pas le cas partout. En Grèce, si la part de votants dépasse les 60 % à chaque élection, elle est sur une pente descendante ces dernières années. Depuis sa mise en place en Bulgarie, cette mesure n’a pas permis de faire décoller la participation à plus de 50 %.

Il est aussi intéressant de noter que d’autres pays en Europe ont rendu le vote obligatoire pendant un temps, avant d’en revenir. L’Italie y a ainsi renoncé en 1993, l’Autriche dans les années 1980 et 1990 (la région du Tyrol en 2004), les Pays-Bas en 1967, et l’Espagne en 1923. Dernier Etat en date à avoir aboli cette législation, Chypre, en 2017.

Ailleurs dans le monde, une vingtaine d’Etats appliquent le vote obligatoire, selon le décompte de l’Institut international pour la démocratie et l’assistance électorale (IDEA). Ils sont nombreux en Amérique latine (Argentine, Brésil, Mexique, Bolivie, Costa Rica, Pérou, Uruguay…). On retrouve également dans cette liste l’Australie, la Turquie, la Thaïlande ou encore l’Egypte.

La Belgique rend le vote obligatoire depuis 1893, soit depuis l’instauration du suffrage universel masculin. [ERIC LALMAND / Belga / AFP]

Jforum avec CNews et www.la-croix.com

 

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