Une trentaine de groupes rebelles ont créé un nouveau commandement commun, première étape avant la livraison d’armes occidentales.
Il manquait à la nouvelle coalition élargie de l’opposition syrienne un bras armé, étape jugée indispensable avant que ne se pose la question d’une levée de l’embargo d’armes vers la Syrie. C’est désormais chose faite. Réunis à Antalya, en Turquie, sous la houlette du Qatar, de la Turquie, des États-Unis et de la France, une trentaine de groupes rebelles syriens ont annoncé samedi la création d’un nouveau commandement commun. À sa tête, le brigadier Selim Idriss, un ingénieur militaire originaire de Homs, qui a fait défection en juillet 2012. « Cet ingénieur connu et respecté est très écouté des combattants sur le terrain », explique au Point.fr Ignace Leverrier*, ancien diplomate français en poste en Syrie.
Aucune trace, en revanche, dans le nouveau commandement des désormais ex-chefs de l’Armée syrienne libre, les généraux Riad al-Assad et Moustapha al-Cheikh. « C’est une très bonne nouvelle », juge depuis Alep Yasser Al Haji, un militant proche de la brigade Liwa al-Tawhid, la plus importante de la ville. « Nous avions besoins de chefs combattant chaque jour en Syrie, et non réfugiés en Turquie », affirme-t-il au Point.fr. « Ainsi, ce sont vraiment ceux qui se battent sur le terrain qui sont représentés au sein de ce nouveau commandement conjoint. »
Unifier le financement et l’armement
Le nouveau commandement devrait compter quelque trente membres – dix officiers et vingt civils – représentant les cinq fronts du pays. Parmi eux figurent Qassem Saad Edine, le chef du conseil militaire de Homs, le colonel Moustafa Abdel Karim et Abdel Qader Saleh, chef de Liwa al-Tawhid, proche des Frères musulmans. « Ils possèdent chacun une autorité effective sur le terrain », souligne Ignace Leverrier. L’opposition ayant respecté sa promesse de mettre rapidement sur pied son bras militaire, elle devrait officiellement le nommer dès mercredi « Conseil militaire suprême » lors de la réunion internationale des Amis du peuple syrien à Marrakech.
La voie semble dès lors toute tracée vers une levée de l’embargo sur les armes à destination de la Syrie et, à terme, vers la livraison d’armes occidentales aux rebelles syriens. « Le plus important est que cette nouvelle structure va permettre d’unifier les sources de financement et d’armement destinées à l’opposition, en devenant le seul organe légitime susceptible de recevoir cette aide », se réjouit Fahad al-Masri, porte-parole du commandement conjoint de l’Armée syrienne libre de l’intérieur.
Frères musulmans et salafistes
Pourtant, plusieurs agences de presse occidentales soulignent l’islamisme des groupes membres du nouveau commandement. « Certains se sont combattus d’une façon qui pourrait effrayer les soutiens occidentaux », note ainsi Associated Press. Outre la brigade Liwa al-Tawhid, l’agence met l’accent sur les Faucons de Damas, un groupe qui demeurerait selon elle islamiste ultraconservateur. De son côté, l’agence de presse Reuters affirme que le nouveau commandement unifié possède beaucoup de liens avec les Frères musulmans mais aussi avec les salafistes. « Le nouvel organe exclut la majorité des plus hauts gradés syriens ayant fait défection », rappelle l’agence.
« Il faut arrêter avec cette obsession des islamistes », s’insurge Yasser Al Haji. « La majorité des combattants sont simplement musulmans, et le fait que des combattants sur le terrain aient certains liens avec les Frères musulmans ne signifient certainement par qu’ils ont été créés par eux », affirme le militant d’Alep, proche de la brigade Liwa al-Tawhid. Pour rassurer les pays occidentaux, qui craignent que leurs armes puissent se retrouver aux mains de djihadistes, deux des groupes les plus fondamentalistes combattant en Syrie ont été écartés du nouveau commandement conjoint.
Avancée des djihadistes
C’est le cas du Front Jabhat al-Nusra (Front de défense du peuple syrien), un groupe lié à al-Qaida qui a revendiqué plusieurs attentats-suicides. Fondée en septembre 2011, juste après le massacre de Hama, l’organisation réunit exclusivement des Syriens qui se réclament de la mouvance salafiste djihadiste. Ils avaient de toute façon rejeté la coalition élargie de l’opposition. Autre organisation exclue, Ahrar al-Sham (Les hommes libres d’une meilleure Syrie), un groupe fondamentaliste accueillant des djihadistes étrangers.
Problème, cette mise à l’écart est en totale contradiction avec leur progression significative sur le terrain. Ce lundi, des combattants islamistes radicaux, en particulier membres du Front al-Nusra, ont pris lundi le contrôle de la base militaire de Cheikh Souleimane, dans le nord de la Syrie, prenant de vitesse les unités de l’Armée syrienne libre. « La majorité des combattants ont rejoint Jabhat al-Nusra, car, avant l’aide et le financement des pays étrangers, il s’agissait du seul groupe qui disposait de moyens », explique Fahad al-Masri.
« Si certains jeunes ont gagné leurs rangs, ce n’est pas parce qu’ils épousent leurs convictions, mais parce c’est le groupe qui se bat le mieux », note pour sa part Ignace Leverrier. « Ils n’ont pas peur de mourir. »
Lepoint Article original
TAGS : Syrie – al-Qaida – opposition syrienne – attentats-suicides
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