Par Marie Simon
Depuis les fêtes, François Hollande n’a plus qu’une obsession affichée: lutter contre le chômage. Ce cap répond aux attentes des Français… mais pourrait s’avérer risqué pour le président.
REUTERS/Bertrand Langlois/Pool
Au marché de Rungis comme lors de ses voeux aux Français, François Hollande n’a pas lésiné sur la communication pour afficher sa priorité pour 2013: la lutte contre le chômage, « coûte que coûte ». Il n’est pas allé, cependant, jusqu’à tourner ses voeux télévisés dans une agence Pôle Emploi… Mais pas moins de deux séminaires gouvernementaux consécutifs doivent se tenir ce vendredi matin, à l’Elysée puis à Matignon, pour mettre en oeuvre ce cap fixé par le président. Un cap qui répond aux attentes des Français mais qui pourrait s’avérer difficile à négocier pour François Hollande.
Paru ce mercredi, un sondage réalisé par Harris Interactive pour RTL indique que l’emploi est la première préoccupation pour 84% des Français interrogés… mais aussi que seuls 11% d’entre eux se montrent optimistes sur l’évolution du taux de chômage. Autant dire qu’ils croient difficilement François Hollande quand il martèle son objectif: « inverser la courbe du chômage d’ici un an, coûte que coûte », après 19 mois consécutifs de hausse et le franchissement de la barre des 3 millions de chômeurs.
A priori, le président se montre plutôt « habile » sur ce dosser, selon Gaël Sliman, directeur de BVA Opinion. « Il parle aux Français en s’emparant de leur priorité n°1: chômage, chômage, chômage. Il se montre volontaire et non pas mou ou en train d’essayer de faire diversion, comme cela lui a été reproché dernièrement avec la mise en avant de sujets sociétaux comme le mariage et l’adoption pour tous. »
Pour répondre à cette forte attente, le président a trompété sa « grande bataille pour l’emploi » et doit maintenant orchestrer avec son Premier ministre Jean-Marc Ayrault la « déclinaison opérationnelle de la feuille de route ». Et les ministres sont priés d’intégrer la priorité de l’Elysée. « L’emploi, l’emploi, l’emploi! » Ils n’avaient que ce mot à la bouche en se rendant au premier Conseil des ministres de l’année, jeudi matin. Au garde-à-vous.
A la sortie, Jean-Marc Ayrault a annoncé que « pas moins de 15 projets de loi pour lutter contre le chômage se trouvent déjà sur la table. » Outre les emplois d’avenir et le contrat de génération, dont l’impact laisse les experts dubitatifs, le gouvernement compte donc dégainer d’autres armes pour faire reculer l’ennemi. « Ces projets devront être appliqués concrètement », a ajouté le Premier ministre.
Cette dernière précision n’a rien de superflu. Pour Jean-Daniel Lévy, directeur du département Politique et Opinion à Harris Interactive, c’est sur le passage à l’acte que François Hollande sera attendu au tournant par les Français. « Au-delà du chômage, les Français attendent surtout que sa promesse de justice et d’égalité se concrétise dans son action politique et qu’il clarifie son cap. C’est là-dessus qu’il devra rassurer », alors que sa cote de popularité plonge dans la plupart des enquêtes d’opinion.
Si François Hollande rêve d’inverser les deux courbes, cette évolution n’est pas toujours automatique. Jean-Daniel Lévy se souvient qu’en 2009, « le chômage augmentait… mais la cote de popularité de Nicolas Sarkozy aussi. Alors que nous sortions de six mois de présidence française de l’Union européenne, les Français le jugeaient davantage sur sa stature d’homme d’Etat que sur le seul critère de l’efficacité économique. » Il en ira sans doute de même pour François Hollande.
Mais c’est une autre comparaison avec Nicolas Sarkozy qui vient à l’esprit de Gaël Sliman, de BVA. Pour lui, « sa promesse de ‘travailler plus pour gagner plus’ était intenable ». Ici, François Hollande choisit une autre stratégie: le gain de temps. « En nous disant qu’il veut inverser la courbe du chômage d’ici fin 2013, il se laisse une très grande latitude : pendant des mois, le chômage peut continuer d’augmenter sans qu’il soit pris en défaut. » Sur sa promesse, sans doute. Mais il risque aussi de ne pas inverser l’autre courbe, celle de sa popularité, face aux Français impatients.
lexpress.fr / Reuters Article original
tags : François Hollande – France – emploi 2013 – chômage
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