Une autre façon de voir Israël – Figures libres
LE PEUPLE JUIF ? Invention récente. La terre d’Israël ? Artifice moderne. L’Etat hébreu ? Menace pour le monde entier. Le monothéisme ? Source de violences et de destructions… Voilà la trame d’un tissu de simplissimes sornettes, d’attaques perfides et d’injures obscènes devenu, ces derniers temps, le catéchisme commun de prétendues analyses. On pourrait s’attendre à ce que la faiblesse de ces inepties se retourne prestement contre ceux qui les forgent, les ressassent, les approuvent. Mais non, elle finit par corroder l’opinion, fabrique des conditionnements et des réflexes pavloviens. Du coup, rappels et mises au point, plus qu’utiles, deviennent indispensables. Ceux de Shmuel Trigano, avec Politique du peuple juif, sont exemplaires.
Car il commence par rappeler la singularité sans équivalent d’un peuple qui, ni vraiment ethnie ni simplement communauté religieuse, a traversé, sans se dissoudre, durant deux millénaires, l’exil et la dispersion, en s’ancrant dans une langue, l’hébreu, et une loi, la Torah.
Une fois mise en lumière cette évidence, Trigano montre aussi comment cette histoire à nulle autre pareille conduit à réinterroger les notions habituelles de » peuple « , de » nation « , d' » Etat « , mais aussi celles d' » identité « , de » démocratie « , de » souveraineté » – entre autres. En fait, dès qu’on regarde de près, les articulations usuelles du politique et du religieux, de la transcendance et de l’immanence, de l’universel et du particulier se trouvent, dans l’histoire des juifs, autrement agencées qu’ailleurs.
Par exemple : le rapport entre loi divine et décisions humaines. La loi juive représente effectivement la voix divine : les hommes ne décident pas des principes. Pourtant, on ne parlera pas trop vite d’hétéronomie, car la mise en oeuvre de ces principes et l’interprétation même de cette loi ne dépendent que des hommes, et de leurs jugements autonomes. Pour faire saisir clairement ce type de subtilité et de cohérence, il faut l’alliance des diverses compétences de Shmuel Trigano : philosophe, rompu aux distinctions conceptuelles, sociologue, au fait des données historiques, penseur juif accoutumé aux traités hébraïques.
Ce qui reste à inventer
Avec ce 21e livre, en écho à sa somme sur Le Judaïsme et l’Esprit du monde (Grasset, 2011), cet intellectuel endurant propose surtout une passionnante analyse des situations distinctes où évolue la dimension politique du destin juif : époque biblique, où ce peuple s’affirme ; temps d’exil, où il se maintient ; temps de l’émancipation et de l’assimilation modernes, où ce peuple s’oublie ; temps du sionisme, où il se souvient de son existence en tant que peuple ; création de l’Etat d’Israël, qui voit resurgir, dans un contexte différent, toutes les interrogations anciennes… en attendant ce qui, demain, reste à inventer et à écrire.
Une chose est sûre : quiconque – juif ou non juif, sioniste ou pas – s’intéresse à la pensée politique et veut apercevoir les facettes et les enjeux de cette complexité nommée Israël devrait se plonger dans ce livre, qui fournit matière à réflexions et discussions multiples. Chacun peut y découvrir, au lieu de la brutale simplicité des imprécations et des intrigues, les jeux complexes du singulier et de l’universel.
Roger-Pol Droit
Politique du peuple juif. Les juifs, Israël et le monde, de Shmuel Trigano,
François Bourin, 350 p., 22 €.


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Ca a l’air hyper-intéressant, je vais le conseiller… En attendant, un texte que j’ai trouvé sympa : http://ghansel.free.fr/pol.html qui prouve qu’il reste du travail, et que, hélas, il y a contamination par des systèmes idiots, que ce soit grecs, ottomans, etc, dans le système actuel en Eretz Israel. En gros, l’idée même de Loi est distorsionnée par rapport à ce qu’elle devrait être. Ici un autre texte, sympa aussi : http://ghansel.free.fr/eisenberg.html . Shabbat Shalom