La journée de la Naksa, terme inconnu à ce jour de la population israélienne, semble peser le même poids que d’autres journées auxquelles elle a été habituée, comme celles de la «terre» ou de la «catastrophe», qui correspondent aux dates clés de l’Etat d’Israël, mais qui ne sont pas «célébrées» en même temps que les Israéliens, pour la bonne raison que les Juifs suivent le calendrier hébraïque et que les Musulmans suivent le calendrier… chrétien. Le professeur Kedar explique le motif de cette nouvelle venue au palmarès de la haine contre les Juifs et leur Etat.
L’Israélien moyen a bien l’impression que cette journée de la Naksa, malgré l’état d’alerte dans lequel ont été plongés l’état-major et les soldats de Tsahal, est une nouveauté, une sorte d’invention des antisionistes acharnés qui se sont juré de perturber la paix israélienne. Pourtant, cette date est relativement ancienne, puisqu’elle remonte à la défaite de la coalition armée qui a tenté de rayer Israël de la carte, voici 44 ans. Pour le docteur Kedar, cette commémoration, inconnue en Israël, fait la une des médias du monde arabe depuis la première fois. Pourtant, on avait demandé au monde arabe de ne pas trop ébruiter la cuisante défaite du dictateur égyptien, qui avait galvanisé et catalysé la haine des siens et de ses voisins pour en finir avec l’existence juive. Kedar, spécialiste de la langue arabe, révèle, pour ceux qui ne le comprenaient pas, que le concept de naksa signifie «petit échec». D’ailleurs, dans le langage populaire israélien, pour indiquer qu’une journée ne s’est pas très bien passée, on entend souvent l’onomatopée: «nakhs». Il était donc hors de question pour Nasser de parler de cuisante défaite, ce qui aurait nui à son image auprès de la nation arabe. Son poste de leader aurait même pu en pâtir.
Sur l’autre front, en Syrie, on ne s’est pas contenté d’avoir recours à un terme qui indique qu’il ne s’agit que d’une bagatelle: c’est l’événement en soi qui a été occulté. Hafez el Asad ne voulait pas être montré du doigt chaque année par la population de son pays, qui en aurait fait un faible. La crédibilité des dictateurs de certains pays ne dépend pas de leur aspiration à la paix, mais de leur aptitude à faire la guerre et à tuer. Le professeur explique: «Dans les médias syriens officiels, la guerre de 67 n’est absolument pas mentionnée, car celui qui est responsable de la perte du Golan n’est autre que Hafez el Asad. C’est la raison pour laquelle les médias syriens ont ignoré cette guerre.» De plus, l’annulation de la marche contre Israël annoncée par les Syriens pourrait bien avoir été motivée par la volonté de ne pas rappeler la responsabilité de leur ancien président dans cette défaite.
Kedar admet cependant comme plausible l’hypothèse selon laquelle le pouvoir en Syrie aurait obtenu un effet désastreux le concernant: alors que le monde entier ferme les yeux sur les exactions qu’il perpètre contre sa propre population, il s’est avéré que la marche dite de la nakba avait suscité de vives protestations en Occident et dans le monde arabe. En effet, Asad a été accusé de vouloir faire oublier la sanglante répression dans laquelle il s’est engagé en attirant l’attention sur sa frontière avec Israël. La communauté internationale l’accuse d’envoyer des gens désarmés pour discréditer Israël et pour se permettre de réprimer la révolte dans le sang. Pour Kedar, les Syriens ont donc pu préférer le silence en annulant la marche, dont le contrôle, par ailleurs, leur aurait échappé, selon des dirigeants de Tsahal.
En outre, le professeur Kedar soutient que les descendants des Arabes ayant quitté la terre d’Israël, qui sont maintenus plusieurs générations plus tard en état de ségrégation dans les pays où ils se sont arrêtés, craignent que les événements de 48 soient à la longue oubliés par les nations. Ils ont donc chaque année organisé des manifestations dans les camps où ils sont assignés par leurs pays d’ «accueil». Le professeur ajoute: «Ils aspirent toujours à reprendre possession de leurs maisons à Haïfa, Tibériade, Safed, Lod, etc.» Il explique qu’ils ont gagné au change étant donné que ce n’est pas le départ de 48 mais bien celui de 67 qui a rendu légitime la conception de l’ «occupation», mais que cette conception s’est étendue rétrospectivement pour ébranler le bien-fondé de la présence juive dans des villes comme Haïfa, Lod, ou Tibériade. Aujourd’hui, des pays démocratiques comme la France tentent d’imposer à Israël la reprise des négociations avec le Fatah, sachant qu’il exige le déplacement des populations parquées dans le monde arabe en les transférant vers Israël, pour le submerger avec quelque 7 millions d’individus qui se voient depuis des décennies refuser la nationalité des Etats où sont arrivés les grands-parents de leurs grands-parents.
L’interview a été accordée en hébreu au site d’Aroutz 7
Vu sous cet angle, le journal de Yeochoua Sultan
Le Nouvel Observateur.
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