Par Ricky Ben-David JPost Les ultra-orthodoxes ont vécu une année difficile : violents clashs l’été dernier à l’entrée du parking Carta à Jérusalem, manifestations houleuses devant Intel le jour du repos sacré, différentes affaires d’abus d’enfants, lignes de bus séparées, cadavres cachés aux autorités pour échapper aux autopsies, intransigeance sur les conversions, fiasco du centre médical Barzilai, controverses autour du service militaire et de la loi Tal, drapeaux brûlés le jour de l’Indépendance. Et dernière affaire en date : l’école Emmanuel où les petites Sépharades se retrouvent séparées des Ashkénazes.

Houldaï a fustigé les écoles religieuses, indépendantes mais financées par l’Etat, qui délaissent l’enseignement de l’anglais, des mathématiques et des sciences pour l’étude du Talmud, de la Mishna et autres textes sacrés.

Les haredim se sont habitués aux premières pages des journaux. Et avec les projecteurs viennent les critiques qui ont atteint un palier, ces dernières semaines. Il y a d’abord eu les attaques cinglantes du journaliste et présentateur Gabi Gazit sur la radio Lelo Hafsaka (sans interruption). Durant son monologue de plusieurs minutes, il a qualifié les haredim de « vers », « sangsues » et autres « parasites de la pire espèce ». Sa longue tirade voulait répondre aux derniers clashs, à Yom Haatsmaout, entre ultra-orthodoxes de la secte antisioniste Netourei Karta et policiers. Le drapeau bleu et blanc en feu n’était pas sans rappeler des scènes similaires à Téhéran, Beyrouth ou Damas. Mais le phénomène était nouveau à Jérusalem.

Peu de temps après, à Tel-Aviv, le maire Ron Houldaï faisait un discours fracassant lors d’une conférence sur l’éducation. Il avait alors déclaré que le pays devait prendre en charge un pan entier de « gens ignorants, qui se développent à vitesse grand V, et qui tirent le pays vers le bas ». Il a même aggravé son cas en appelant à une rébellion pour « restaurer la démocratie israélienne et défendre son droit à intervenir sur des questions centrales, comme l’éducation ». En filigrane, Houldaï faisait référence à ces écoles religieuses, indépendantes mais financées par l’Etat, qui délaissent l’enseignement de l’anglais, des mathématiques et des sciences pour l’étude du Talmud, de la Mishna et autres textes sacrés.

Les sorties verbales du maire de Tel-Aviv et du journaliste Gabi Gazit ont aussitôt déclenché les foudres des hommes politiques et personnalités orthodoxes qui les ont taxés de racistes, d’incitation à la haine jouant cruellement sur les peurs des Israéliens. Le ministre de l’Intérieur, Eli Yishaï (Shas), a ainsi accusé Houldaï de vouloir se construire une posture nationale en prenant position sur la question polémique de l’éducation. Une hypothèse que partage également le journaliste du Yediot Aharonot, Nahoum Barnea : « Le gouvernement ne sait pas comment gérer le problème. Il laisse donc un vide aussitôt rempli par des politiciens ambitieux, tels que Ron Houldaï. »

L’éducation civique ? Que voulez-vous que je leur enseigne ?

Le dérapage du maire de Tel-Aviv a provoqué une série de débats à la télévision et dans la presse écrite. L’un des moments centraux : la tentative de la Dixième chaîne pour toucher le fond du problème, l’éducation. Elle a ainsi diffusé une interview, avec voix et visage floutés, d’un professeur orthodoxe : « Les mathématiques ? Pas besoin de les étudier après l’âge de 10 ans. L’éducation civique ? Que voulez-vous que je leur enseigne ? Payer leurs tickets de parking ? », s’interroge-t-il. « Vous devez comprendre que le but ici est de rentrer dans une bonne yeshiva et non pas dans le secteur high-tech. » Lorsque le journaliste rebondit sur l’enseignement des sciences et de l’anglais, le professeur répond simplement : « Les écoles laïques n’enseignent que le péché à leurs enfants. »

Yaïr Lapid, célèbre chroniqueur du Yediot Aharonot, n’est pas surpris par cette tendance. Dans sa tribune hebdomadaire du vendredi, qu’il a intitulée cette semaine « Lettre à mon ami haredi », il exprime ses inquiétudes sur le futur du pays : « Nos enfants vont finir dans un monde où ils ne pourront plus coexister. » Et de développer : « Qu’est ce que je leur demande après tout ? De laisser leurs enfants apprendre davantage de choses. Mettons de côté les sujets que vous jugez avec suspicion pour ne garder que les outils fondamentaux comme l’hébreu, l’anglais, les maths et l’informatique. Les matières indispensables pour devenir un citoyen capable de subvenir seul à ses besoins. »

Les données clés du problème ont été analysées en détail par l’étude du Taub, dirigée par le professeur Dan Ben-David dans son dernier rapport 2009. Selon lui, il y a 50 ans, 61 % des enfants étudiaient dans le système public, tandis que 15 % allaient dans des écoles orthodoxes ou arabes. Avant 1980, leur proportion était passée à 26 % . Résultat, vingt ans plus tard, ils souffrent d’un taux de chômage vertigineux : 65 % chez les adultes ultra-orthodoxes – la plupart d’entre eux consacrent leur journée à l’étude de la Torah – et 27 % chez les Arabes. Si cette tendance se confirme, en 2040 seuls 14 % des élèves israéliens rejoindront le système éducatif non-religieux.

Conséquences : une faiblesse économique, sans parler des retombées militaires car orthodoxes et Arabes n’ont pas l’obligation de faire leur service militaire. Les conclusions du professeur Ben-David sont effrayantes. Et la seule solution pour l’économiste consiste à opérer une réforme radicale de l’éducation, une manœuvre risquée, tant la perception de l’éducation varie du monde laïc à la sphère haredi. Afin de présenter les deux points de vue, la Première chaîne a donné la parole, le 5 mai dernier, à des représentants du monde orthodoxe : le Rav Israël Eichler, journaliste et ancien député du Judaïsme unifié de la Torah et Doudi Zilbershlag, journaliste et éditeur : « Notre pays avance, même avec la croissance de notre secteur. Qu’est-ce que cela vous prouve ? », interroge Eichler. Zilbershlag acquiesce puis ajoute : « Les haredim sont ceux qui construisent le pays. »

Les deux hommes balaient d’un revers de main les conclusions du rapport Taub, éludant la question avec une réponse toute faite : « Toutes les études anti-orthodoxes sont financées par des Juifs réformés américains qui ont déclaré la guerre au judaïsme. »

A quoi sert un compromis ?

Il est vrai que la peur épidermique de l’opinion publique face à la croissance de cette communauté et son influence dans le pays n’est pas nouvelle dans le pays. Elle refait surface dès qu’on décide de mettre de côté la menace iranienne et le problème palestinien. Dans cette mesure, le coup de projecteur actuel s’inscrit-il seulement dans un cycle naturel ? Mettons de côté les manœuvres de récupération politique, les portraits grossiers et inutiles, et les irruptions de violences pour défendre le Shabbat : la question haredi reste un vrai problème de société. Mais le secteur orthodoxe le reconnaît-il ?

Shahar Ilan, le correspondant d’Haaretz pour les questions religieuses, en est convaincu : « La presse orthodoxe agite le torchon rouge mais je pense qu’elle a réellement conscience du problème. » Néanmoins pour Noah Efron, l’auteur de Real Jews : Secular versus Ultra-Orthodox (les vrais Juifs : laïcs versus ultra-orthodoxes), les haredim ne sont pas prêts à un compromis : « Il y a le sentiment grandissant au sein des membres de ce courant que le futur leur appartient et qu’ils vont bientôt devenir majoritaires. Cette sensation de pouvoir fait dire à certains que la recherche du compromis avec les laïcs est inutile. Et cette peur est partagée par les séculiers eux-mêmes. Pour beaucoup, c’est même leur pire cauchemar. »

Alors, un vent de rébellion va-t-il s’abattre sur Israël, comme le souhaite Houldaï ? Le journaliste de Yediot Aharonot Nahoum Barnea ne le croit pas : « Israël a passé le stade de la ‘révolution’. » Et il est dur de briser les habitudes. Le rapport Taub ne va rien changer. Par ailleurs, qui s’inquiète réellement de ce qui va se passer dans dix ans alors que nous devons faire face aujourd’hui à la menace iranienne ?

Le raz-de-marée des chapeaux noirs peut attendre.

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Isaac.zerbib

un vrai probleme pour nous juif en diaspora ou en israel , ortodoxe !, cela ne les empechent pas de travailler
pour gagner leurs vie , malheureusement ce n’est pas le cas ,nous sommes en train de former de nouveau pauvres , la thora nous enseingne d’etudier , mais aussi de gagner sa vie , malheureusement combien de colel ( ecole ou l’on paie des hommes pour etudier la thora ) la thora peux s’etudier sans argent , elle est ouverte a tous

Francoise.michaelis

Oui, ils sont un vrai danger pour Israel et ce sont eux qui font le plus d’enfants.
ce sont des parasites pour la société Israélienne.
L’on peut prier et travailler;
Ils ne défendent pas le pays.
Ils agressent les femmes et les hommes qui leur déplaisent, ce sont pour moi des talibans .

ami48

Lorsque notre Créateur chassa l’homme du Gan Eden : Il lui dit « C’est à la sueur de ton front que tu mangeras du pain » (berechit 19) « Et l’Éternel?D.ieu le renvoya du jardin d’Eden pour CULTIVER LA TERRE d’où il avait été pris » (berechit 23).

De plus, dans nos prières journalières, nous demandons à notre créateur de bénir nos entreprises et de bénir l’œuvre de nos mains.

En conséquence, le travail pour subvenir à ses besoins est considéré et doit être considéré par tous les juifs comme un moyen de garder sa dignité d’homme pour ne pas être à la charge de qui que ce soit.

De plus, les mathématiques et autres sciences humaines n’ont jamais été un problème pour les communautés juives avant notre époque de nombreux ‘ultra-orthodoxes’, notre religion est une religion vivante et elle va toujours vers le progrès. C’est pour cela que nous avons autant de PRIX NOBEL.

Le peuple juif doit s’ouvrir sur le monde tout en gardant ses grands principes et son éthique. Au 19ème siècle, les yechivoth éclairaient les communautés. Il y avait ceux qui étudiaient et ceux qui travaillaient et bien souvent c’étaient les mêmes.

L’intégrisme n’a jamais été magnifié par le peuple juif. Bien au contraire.

Alors pourquoi, les choses se radicalisent-elles en Israël ?

Que deviendrait ce pays dans la grande communauté du monde et des peuples si tous les juifs (comme le souhaitent les ultra-orthodoxes de nos jours) étudiaient toute la journée ?

Dans toutes les synagogues du monde, le shabbath nous bénissons le pays qui nous accueille ainsi que ses dirigeants et il ne viendrait à l’esprit d’aucun de bruler son drapeau sans courir le risque de se retrouver derriere les barreaux.

Alors pourquoi certains juifs en Israël se permettent-ils de bruler celui de leur pays ? Sans être inquiétés ? Trop de démocratie tue la démocratie.

Le propre de l’Homme est de travailler pour subvenir à ses propres besoins et à ceux de sa famille et le propre de Juif est, en plus, d’étudier pour devenir meilleur et ouvert sur le monde, lorsque lui et sa famille sont à l’abri du besoin.

Anne.martin68

On pourrait se demander pourquoi les ultra-orthodoxes sont si virulents, peut-etre à cause de la sécularisation croissante ? Il y a beaucoup d’ultra-laics en Israel .