Des tractations sont en cours ce jeudi 7 mars pour tenter de faire libérer les 21 observateurs philippins de l’ONU capturés mercredi dans le sud du Golan, à la frontière syrienne, par des rebelles syriens. Frédéric Encel, maître de conférences à Sciences Po Paris et auteur de l’Atlas géopolitique d’Israël, était l’invité politique de la mi-journée sur RFI.
RFI : Viser comme cela des observateurs de l’ONU dans cette région, c’est totalement inédit ?
Frédéric Encel : C’est absolument inédit. C’est une première. Il faut savoir que cette force d’observation se trouve sur le plateau du Golan, très exactement depuis le 31 mai 1974, c’est-à-dire depuis l’accord de désengagement militaire entre la Syrie d’une part et Israël d’autre part, donc sous supervision bien évidemment de l’ONU à l’époque. Tous les six mois depuis 1974, vous avez une résolution qui d’ailleurs est votée par le Conseil de sécurité de manière absolument systématique à l’unanimité et qui renvoie, refixe, les quelques centaines d’observateurs sur place et il n’y avait absolument jamais eu le moindre incident ni du côté syrien, ni du côté israélien pour ces observateurs.

Pourquoi précisément ce mercredi 6 mars les rebelles s’en sont pris à ces observateurs ?
Frédéric Encel :Les rebelles syriens tentent le tout pour le tout. Ils font feu de tout bois, ils n’ont pas d’armement lourd, la communauté internationale bloque car Moscou et Pékin sont indéfectiblement derrière Assad. Et par conséquent, ils tentent d’étendre le conflit ou en tout cas de provoquer des réactions diplomatiques, voire peut-être militaires d’autres Etats et en particulier dans cette région très sensible. Du côté israélien de la frontière, en général on n’a pas beaucoup d’humour, et on l’a vu il y a quelques mois, personne n’entre en Israël impunément ou en tout cas sur le territoire contrôlé par Israël. Et par conséquent, le fait de prendre en otage des observateurs onusiens, ça fait bien évidemment réagir Ban Ki-moon. Pour le coup, c’est quand même « ses » hommes qu’on vient de prendre en otage. Cela va faire réagir un certain nombre d’Etats, en l’occurrence les Philippines, mais pas seulement. Il y a aussi des observateurs japonais qui se trouvent sur le plateau du Golan depuis 1974 et qui y sont en alternance. Donc le Japon n’est pas un petit pays. Puis, cela fait réagir nécessairement, inéluctablement Israël. Et de point de vue-là, on a une tentative de la part des insurgés de ne pas rester dans une espèce de face-à-face avec Bachar el-Assad.
Et quand justement ces insurgés reprochent à cette force de l’ONU de travailler avec les Syriens, est-ce que c’est vrai ?
Frédéric Encel :Oui et non. Oui dans la mesure où aujourd’hui officiellement aux yeux des Nations unies – et ces hommes sont des observateurs des Nations unies -, il y a un régime légal parce qu’encore au pouvoir en Syrie, c’est le régime de Bachar el-Assad. On peut toujours philosopher sur le caractère illégitime de ce pouvoir assassin, de ce pouvoir épouvantable, mais il y a une loi internationale et la loi internationale, en général elle supporte assez peu d’interprétations évanescentes. Donc aujourd’hui aux yeux de l’ONU, il y a de part et d’autre deux Etats-nations constitués, légaux : le premier c’est la Syrie dominée par Bachar el-Assad et de l’autre, côté versant occidental, c’est Israël. Oui, de ce point de vue-là, à chaque fois qu’il y a supervision du moindre incident, lorsqu’on se transmet des habitations, lorsque les forces de l’ONU qui se trouvent sur le plateau du Golan doivent aller demander quelque chose de l’autre côté de la frontière, mais pas grand-chose, ne serait-ce que des petits moyens matériels ou poser une question logistique, elles s’adressent à qui ? Elles s’adressent à l’armée officielle qui est toujours actuellement en place, en tout cas sur l’essentiel du territoire syrien.

Est-ce que cet enlèvement risque de menacer à l’avenir la présence de ces observateurs dans la région ? En tout cas, c’est ce que craint Israël.
Frédéric Encel :C’est ce que craint Israël et l’ONU risque de sortir à terme ses hommes si leur sécurité n’est pas garantie. Remémorons-nous cet incident de mai 1967 : le président égyptien Gamal Abdel Nasser avait sorti manu militari le cordon de casques bleus qui assuraient la sécurité de la frontière entre l’Egypte et Israël. A partir du moment où il avait dit « leur sécurité n’est plus assurée », le secrétaire général de l’époque avait – bien évidemment à la demande des Etats dont sont ressortissants ces casques bleus – décidé de les « dégager » pour employer un terme à la mode au Proche-Orient. Donc c’est ce qui risque de se passer. Et si c’est ce qui se passe, les Israéliens se retrouveront directement face à l’inconnue, c’est-à-dire en Syrie demain, on ne sait pas ce qui va se passer, on ne sait pas qui il y aura au pouvoir. Il faut bien considérer que dans cette géographie compliquée qu’est le plateau du Golan, il n’y a pas de barrières. Il n’y a pas de barrière de sécurité, pas de mur. Autrement dit, c’était jusqu’à présent et c’est jusqu’à présent le mince cordon, le très mince cordon – parfois pas plus de 200 mètres de large – tenu par les casques bleus qui assuraient et qui assurent depuis 1974 le tampon entre la frontière entre la Syrie et Israël.
Par Caroline Paré – RFI Article original
Syrie: les rebelles publient une vidéo des observateurs de l’ONU capturés
Diffusée par l’Observatoire syrien des droits de l’Homme, la vidéo montre six des 21 observateurs enlevés par un groupe rebelle, assis les uns à côté des autres dans une chambre.
Une vidéo montrant une partie des 21 observateurs de l’ONU enlevés par un groupe rebelle en Syrie a été diffusée jeudi sur Internet par l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH): elle montre six des observateurs en habit militaire, assis les uns à côté des autres dans une chambre, avec l’un des officiers se présentant comme membre du bataillon philippin au sein du contingent de l’ONU.
Les 21 observateurs capturés mercredi sont membres de la Force de l’observation du désengagement sur le Golan (FNUOD). L’observateur a expliqué qu’au moment où les Casques bleus se dirigeaient vers Jamla, le village près duquel ils ont été capturés, des bombardements et des tirs d’artillerie ont éclaté.
C’est à ce moment là qu’ils se sont arrêtés et des « civils » les ont aidés en répartissant le groupe dans différents endroits pour leur sécurité. Il a précisé que les personnes leur avaient offert du logement, de la nourriture et de l’eau.
Exiger le retrait de l’armée
Un groupe rebelle se faisant appeler « la Brigade des martyrs de Yarmouk » a revendiqué le rapt de ces observateurs philippins membres la FNUOD, une force de l’ONU chargée depuis 1974 de faire respecter un cessez-le-feu entre Israël et la Syrie sur le plateau du Golan, occupé en grande partie par l’Etat hébreu.
Le groupe avait indiqué à l’OSDH qu’il « n’avait pas du tout l’intention de maltraiter » les Casques bleus mais qu’il exigeait, pour les libérer, le retrait de l’armée de Jamla, situé à 1,5 km de la ligne de cessez-le-feu. Il s’agit du premier rapt du genre depuis le début du conflit en Syrie il y a près de deux ans.
EXPRESS Avec AFP Article original
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Ces rebelles qui font l’admiration des masses anti-Assad ne savent plus vers qui se tourner pour combler leur déficit. L’enlèvement des Philippins c’est juste un coup de com pour que l’ONU mette un coup de pression à Assad et pas pour chercher des noises aux nôtres.
« Les rebelles tentent de pousser Israël au conflit » –
Qu’Assad les massacre , nous n’aurons pas à intervenir .