Le mois d’octobre a été riche en rebondissements dans le suivi de l’affaire Merah. Alors que ce jeudi le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu venait en France rendre hommage, accompagné de François Hollande, aux victimes de l’école juive Ozar Hatorah de Toulouse, un point sur les dernières avancées de l’enquête :

Un policier, peu après l’assaut sur l’appartement de Mohamed Merah en mars dernier à Toulouse. | AFP/Pascal Pavani

Le 2 octobre, l’ex-patron du renseignement intérieur Bernard Squarcini explique que Mohamed Merah incarne la nouvelle stratégie d’Al-Qaïda, celle d’individus isolés se fondant dans la masse avant de frapper.

Le 16 octobre, le Sénat adopte un projet de loi permettant de poursuivre des Français commettant des actes de terrorisme à l’étranger ou partant s’y entraîner au Jihad.

Le 17 octobre, le jihadiste Moez Garsallaoui, recruteur pour Al-Qaïda en Europe et mentor présumé du jeune Mohamed Merah, est tué par des tirs de drones dans le nord du Pakistan.

Le 23 octobre, le rapport sur l’affaire Merah de l’IGPN, la «police des polices», est rendu public par le ministère de l’Intérieur. Il met en exergue «plusieurs défaillances objectives», notamment une mauvaise évaluation par le Renseignement de la dangerosité du tueur au scooter. «Les probables défaillances humaines sont éludées au profit de considérations purement administratives et organisationnelles», dénonçait alors le député PS Jean-Jacques Urvoas, pour qui «apparaissent en creux les défauts induits par la création de la DCRI».

Le 25 octobre, la veuve du caporal Abel Chennouf, tué par Mohamed Merah, décide de porter plainte contre la Direction centrale du renseignement intérieur pour «homicide involontaire».

Le 31 octobre, l’hebdomadaire «L’Express» et le journal «Libération» annoncent que deux policiers toulousains, dont le patron de la DRRI de Toulouse, Christian Ballé-Andui, et «Hassan», un brigadier qui était à Toulouse chargé du suivi de Merah, avaient envisagé dès juin 2011 la transmission au parquet du dossier du «tueur au scooter», mais que leurs supérieurs de la direction centrale n’auraient pas réagi à cette alerte.

Puis le 1er novembre, l’avocat des familles des victimes de l’école à Toulouse demande la «création d’une enquête parlementaire sur l’affaire Merah» après de nouvelles révélations sur des dysfonctionnements de la police. Par ailleurs l’ex ministre de l’Intérieur Claude Guéant défend l’attitude de la Direction centrale du renseignement intérieur dans l’affaire Merah, assurant qu’avant les tueries de mars à Montauban et Toulouse, «jamais son comportement n’a révélé de dangerosité».

LeParisien.fr Article original

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Affaire Merah: deux policiers du renseignement toulousain égratignent la DCRI

Le brigadier qui a négocié avec le tueur au scooter ainsi que son supérieur ont été entendus la semaine dernière. Ils détaillent leur rôle dans l’enquête et pointent le manque de réactivité de la DCRI.

AFFAIRE MERAH – Les 22 et 23 octobre, le directeur de la DRRI de Toulouse et le brigadier qui a réalisé l’audition de Merah ont été entendus.

Alors que le ministère de l’Intérieur vient de rendre public un rapport d’évaluation sur les « défaillances objectives » observées dans l’affaire Merah, le juge Christophe Teissier, en charge de l’enquête judiciaire, poursuit ses auditions.

Le magistrat avait déjà entendu Bernard Squarcini, l’ex patron de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) (lexpress.fr du 26 septembre). Les 22 et 23 octobre derniers, le magistrat a, cette fois, convoqué deux membres de la direction régionale (DRRI) de Toulouse, son directeur, Christian Balle Andui et le brigadier ayant réalisé l’audition de Mohamed Merah, à l’automne 2011. Leurs témoignages révèlent une divergence d’appréciation avec leur hiérarchie quant au parcours de cet islamiste atypique. Ils pointent notamment l’attentisme de la centrale, ainsi que sa responsabilité dans la mauvaise évaluation de la dangerosité du jeune homme.

La première révélation de ces auditions concerne le déroulement de l’entretien du 14 novembre 2011 lorsque Merah est convoqué au commissariat à son retour du Pakistan. Les policiers toulousains affirment que deux spécialistes parisiens se sont déplacés spécialement. Ils expliquent que ces derniers ont mené la discussion, le brigadier local restant en retrait.

Manque de réactivité

Par ailleurs, ces témoignages évoquent, en filigrane, le manque de réactivité de la centrale de Levallois-Perret. La DDRI de Toulouse a réalisé une quarantaine de surveillances, entre février et juin 2011. Christian Balle Andui affirme que, devant les éléments recueillis, il avait envisagé la transmission du dossier au parquet antiterroriste dès le mois de juin 2011. Il aurait demandé l’avis de sa direction sans obtenir de réponse. Le 25 janvier 2012, soit deux mois avant les sept assassinats de Toulouse et de Montauban, la centrale aurait au contraire envisagé de recruter Merah comme source. Cette « évaluation » revenait à la direction toulousaine. Balle Andui explique au juge avoir décidé de ne pas donner suite. Il doutait, dit-il, de la fiabilité du jeune homme, en raison de son parcours délinquant et de sa radicalisation.

Le magistrat revient également sur le déroulement de l’enquête, après le premier meurtre de parachutiste, commis le 11 mars 2012. Quatre jours plus tard, alors que le tueur au scooter vient de frapper à Montauban, les responsables de la DRRI demandent à participer aux réunions des enquêteurs, sous la direction du parquet local. Celui-ci aurait refusé, le service de renseignement toulousain n’étant pas saisi judiciairement. Le lendemain, de sa propre initiative, la DRRI fournit néanmoins une liste resserrée de suspects, concernant l’extrême droite et les djihadistes. Parmi ces derniers figurent les frères Merah.

Une nouvelle demande de déclassification

A ce stade, le renseignement toulousain n’a toujours pas accès aux films de la vidéosurveillance, montrant la silhouette de l’assassin et sa fuite en scooter. Ce n’est que le 20 mars, le lendemain de la tuerie de l’école juive, que ces fonctionnaires locaux visionnent ces images. Ils reconnaissent alors à « 80% » la façon de conduire de Merah. Ce même jour, on demande à la DRRI d’établir son portrait psychologique pour préparer l’intervention. Dans la nuit, le brigadier est même rappelé pour négocier avec le tueur.

En complément de ces auditions, les avocats des parties civiles ont demandé de nouvelles déclassification de documents. Mes Marie-Laure Ingouf et Jean Tamalet, d’un côté, Mes Béatrice Dubreuil et Samia Maktouf de l’autre, souhaitent la transmission des rapports de la DGSE (le service de renseignement extérieur français), auxquels les magistrats n’ont toujours pas accès. Quant à Me Patrick Klugman, il exige les rapports de la DCRI, non seulement sur Mohamed Merah, mais aussi sur ses frères et soeurs.


Affaire Merah : l’histoire d’une défaillance par BFMTV

Par Eric Pelletier et Jean-Marie Pontaut, EXPRESS
Article original

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L’enquête sur Merah bridée par la hiérarchie

Selon les auditions des agents toulousains du Renseignement que «Libé» a consultées, leurs alertes ont été ignorées à Paris.

Chaque mot est pesé. Et chaque mot fait entendre, du mieux possible malgré le peu de liberté que leur laisse leur fonction, l’immense amertume des policiers du Renseignement toulousain. Christian Ballé-Andui, patron de la Direction régionale du renseignement intérieur (DRRI), et «Hassan», brigadier, étaient chargés du suivi de Mohamed Merah. Ils n’ont pas pu empêcher ses crimes. Ils s’en veulent, allant jusqu’à détourner l’exercice de l’audition devant un juge d’instruction pour présenter leurs condoléances aux victimes. Mais cette fonction de rempart, d’alerte, qu’ils auraient dû jouer, ils veulent faire comprendre qu’on leur a interdit de l’exercer. Que les décisions de leurs supérieurs de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) à Levallois-Perret ont sans cesse abouti à ce que Mohamed Merah ne soit pas inquiété. Cela bien qu’eux-mêmes aient souligné, près d’un an avant les faits, son très fort «potentiel de dangerosité». La lecture de leurs auditions, que Libération a pu consulter, permet de dégager trois dates-clés.

Hépatite. La première est le 15 juin 2011 : fortement «inquiets» au sujet de Mohamed Merah, les policiers toulousains veulent transmettre son dossier au parquet antiterroriste. Merah est alors suivi depuis 2006 «dans le cadre de la surveillance de la mouvance salafiste toulousaine». Son comportement est de plus en plus préoccupant – «cloîtré, méfiant, paranoïaque», notent-ils. Début 2011, ils ont appris que Merah a été contrôlé par la police afghane à Kandahar. Ses liens, ainsi que ceux de son frère, avec des filières jihadistes locales ont été établis. Ils constatent, «contrairement à ce qui a été dit», que les frères «se fréquentent régulièrement». Les «opérationnels» de la DRRI pensent désormais qu’une enquête judiciaire est nécessaire. Ils écrivent une note en ce sens à l’intention de leurs supérieurs parisiens. Aucune réponse.

Ce n’est que cinq mois plus tard, le 14 novembre 2011 – deuxième date-clé – alors que Mohamed Merah rentre d’un voyage au Pakistan, que la DCRI leur demande d’organiser un «débriefing préventif». C’est ce fameux rendez-vous où Merah, qui souffre d’une hépatite A, répond aux questions allongé. Deux policiers de la direction centrale ont fait le déplacement de Paris, et mènent l’entretien. Hassan y assiste, «de façon purement passive», dit-il. Puis attend les conclusions de ses supérieurs. Leur décision n’arrive que le 21 février 2012. Dans leur note, ils expliquent que la rencontre «n’a pas permis de faire le lien entre Mohamed Merah et un éventuel réseau jihadiste». Conséquence automatique : les policiers toulousains sont conduits à «enlever les surveillances» de Mohamed Merah. «On ne travaillait plus directement sur lui», dit Hassan.

D’autant que la note comporte un autre élément crucial : Merah, écrivent les spécialistes parisiens, «pourrait présenter un intérêt pour notre thématique en raison de son profil voyageur». En clair, traduit Christian Ballé-Andui, la direction centrale leur demande «une évaluation de fiabilité en vue de recrutement» de Mohamed Merah comme indicateur. La suggestion paraît surréaliste à Hassan : «Nous avons estimé que son »>Article original profil était incompatible avec l’idée même d’un recrutement», explique-t-il au juge d’instruction Christophe Teissier. C’est à cette époque, où il n’est plus surveillé, que Merah commence à préparer ses actes terroristes.

Vidéos. La troisième date clé est celle du 15 mars 2011, jour de la tuerie de Montauban, où deux parachutistes sont abattus. Christian Ballé-Andui décide, de sa propre initiative, de se rendre sur place. «J’y vais avec mon chef d’état-major et mon chef de division opérationnelle, j’appelle le préfet de Toulouse, celui de Montauban, le procureur de la République de Toulouse, celle de Montauban, et le chef du SRPJ pour leur indiquer que je me mets à la disposition des enquêteurs.» Il propose de participer aux réunions, on lui répond que ce n’est «pas nécessaire». «Je pense que pourtant ma présence aurait pu se concevoir, notamment parce que cela m’aurait permis de voir les vidéos saisies.» Et de les montrer à ses chefs opérationnels, qui auraient peut-être pu reconnaître Merah. «D’ailleurs, poursuit-il, le 20 mars à 2 h 09 environ 24 heures avant le début de l’assaut, ndlr »>Article original, lorsque mon chef opérationnel voit pour la première fois les vidéos, il me dit : « A 80%, c’est Merah. »»

«Attente». Ce même 15 mars, Christian Ballé-Andui insiste auprès de sa direction centrale pour dire son «intuition» d’une piste jihadiste, notamment parce que «le régiment de Montauban revenait de rotation en Afghanistan». On lui rétorque que les choses ne peuvent «pas être aussi simples que cela». Et qu’il doit se maintenir «sur la piste de l’ultradroite».

Il s’obstine, pourtant, et fournit à la direction centrale, le 16 mars, en plus d’une liste de «profils» concernant «l’ultradroite», une autre liste qu’on ne lui a pas demandée, «portant sur la piste salafiste». Six noms sont soulignés comme «compatibles avec les actes commis». Dont celui de Mohamed Merah. Si cette liste avait été croisée avec celle des adresses IP ayant servi à la prise de rendez-vous via Internet avec le premier militaire tué, liste où figure la mère de Mohamed Merah, son profil aurait vraisemblablement été détecté – les policiers du renseignement toulousains connaissaient l’ensemble de la famille Merah. Au lieu de quoi on demande, le 17 mars, à Ballé-Andui d’intensifier ses «vérifications sur les pistes de l’ultradroite» et de «mettre en attente le document sur le salafisme». Deux jours plus tard a lieu la tuerie de l’école juive d’Ozar Hatorah.

Par ONDINE MILLOT – Libération Article original

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mariedefrance

Nous y sommes en plein,dans le Camps des Saints !

bientôt, ce sera la faute de la DCRI.

quels intérêts aurait-elle eus à laisser faire, laisser aller ?