UNE REPONSE PARMI LES PLUS BRILLANTES

LE MESSIANISME JUIF ET L’ACTUALITÉ
par Leon ASKENAZI (Manitou)

La dernière conférence publique en français du Rav Askénazi a eu lieu le mardi 20 février 1996 à l’hôtel Windmill à Jérusalem. Elle était organisée par le Centre Yaïr et Atid le-Israël, avec la participation du professeur B. Gross, sur le thème « Le messianisme juif en relation avec la situation politique actuelle ». Voici une transcription de l’exposé de Manitou.

La très longue histoire de notre patrimoine si dense met en évidence une tension entre un optimisme irréversible à long terme et, à court terme, un désarroi indéniable.

Benno Gross précise que le désarroi procède de l’impression de se trouver devant une situation non seulement imprévue, mais radicalement contraire à ce qu’on pouvait prévoir. Devant cette situation tellement inattendue, les possibilités de réponse semblent manquer. L’espoir qui se réalisait en dépit de tout, après 2 000 ans de patience et d’impatience, semble subitement déçu.

Les intellectuels de gauche du pays et de la diaspora se gargarisent de l’expression « l’ère post-sioniste » sans se rendre compte de la dynamite qu’ils manient avec ces mots assassins.

Avant la guerre des Six Jours, il fallait se féliciter que les prophéties apocalyptiques du Talmud et du Zohar ne se soient pas réalisées. Après la Shoah, nous étions soulagés qu’il n’y ait eu que la Shoah. C’est là une affirmation énorme. Mais ce que le Talmud prévoit sur ce qui risquerait de se passer en Erets-Israël au moment du retour est tellement plus apocalyptique, qu’il fallait vraiment faire effort pour étudier ces textes.

Il fallait se féliciter de ce que l’histoire, notre histoire – qui relève de la Providence, mais c’est nous qui la faisons – n’ait pas pris ce chemin décrit dans le onzième chapitre de la Guémara Sanhédrin. Nous avons pris actuellement la voie négative alors qu’il semblait, jusqu’à la guerre des Six Jours, que nous avions emprunté la voie positive. Positive, dans la mesure où, malgré toutes les difficultés – et elles étaient énormes – la réussite du retour des Juifs de l’univers entier après 2 000 ans, a été inouïe, massive. Devant cette fulgurante mise sur pied d’un État qui subjuguait le monde entier, le retour semblait être porté par une grâce de bonté, midat ha’héssed. Dieu nous souriait. Et subitement on perçoit le contraire, panim zo’afot (un visage de colère).

L’Identité

Des personnes de la diaspora, ayant raté leur aliyah, imputent à Israël, avec des amalgames de mauvaise foi, des intentions imaginaires. Le problème est vraiment un problème de sionisme au sens messianique simple du retour des Juifs de l’exil dans la patrie hébraïque. Il ne s’agit pas de la « terre sainte » mais, sans jeu de mots, de la « terre enceinte ». Non seulement elle est enceinte des récoltes, mais elle porte la germination de la nation hébraïque à partir du rassemblement des Juifs rescapés.

L’histoire d’Israël commence à Abraham et notre Dieu, c’est celui des Pères et non le Dieu de Moïse. Moïse se réfère toujours au Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob et pas au Dieu de Moïse. C’est ainsi que le christianisme, négligeant cette évidence de la conscience hébraïque, a commencé à transformer l’histoire d’Israël et sa réalité en une sorte d’abstraction religieuse, spirituelle, qui a sa densité propre du point de vue de la ferveur. (On trouve parfois dans les journaux juifs de diaspora, des placards invitant les Juifs de l’exil à venir faire un pèlerinage en « Terre sainte ». Cela rappelle les pèlerinages chrétiens.) Très rapidement un abîme s’est creusé entre les judéo-chrétiens et les Juifs de ce temps-là.

C’est malheureusement ce genre d’abîme qui est en train de se creuser à l’intérieur du peuple juif, entre nous, Juifs fidèles à la Tradition, à la Tradition de ces trois critères indissociables, le Peuple, la Terre et la Thora – il faudrait préciser quel est l’ordre d’urgence aujourd’hui – et ceux qui ont finalement démissionné sur tel ou tel point :

– Ceux qui sont fidèles à la Thora mais qui en fin de compte n’entretiennent plus de solidarité avec le Peuple et la Terre.

– Ceux qui sont fidèles au Peuple mais qui en fin de compte n’entretiennent plus de solidarité avec la Thora et avec la Terre.

– Ceux qui ne parlent que de la Terre sans la Thora et sans le Peuple mais qui finalement témoignent que leur attachement à la Terre était suspect parce qu’il manquait les deux autres coordonnées essentielles.

Le Talmud, et le Zohar également, nous mettent en garde contre ces phénomènes. La situation que nous vivons y est désignée comme un risque.
Jusqu’à la guerre des Six Jours, je me félicitais qu’il ne s’agissait que d’un risque dans la sagesse de notre mémoire. Depuis déjà une dizaine d’années, on pouvait craindre d’être entré dans l’ère de ces textes. Même lorsque les partis de droite étaient au pouvoir, on sentait bien un fléchissement dans la volonté de réaliser ce messianisme juif. Le Likoud, par omission, a ouvert la voie aux accords d’Oslo, parce qu’il n’a pas eu le courage de dire la vérité : cette terre est nôtre et ne peut être ni la terre ni le pays de deux peuples ennemis. Même lorsque le peuple juif veut faire la paix, l’autre reste l’ennemi.

Laissons de côté les analogies entre la situation que nous avons vécue à la veille et au début de la guerre mondiale, pendant et immédiatement après la Shoah, et ce que nous vivons maintenant. C’est plus qu’une analogie. L’histoire ne se répète jamais de la même manière, mais c’est la même histoire. On ne peut qu’être frappé par la sagesse de diagnostic de nos maîtres, dans la tradition orale mise par écrit, qui est d’une aveuglante précision.

MESSIANISME NATIONAL ET MESSIANISME UNIVERSEL

Le messianisme juif existe en deux dimensions, deux étapes, deux perspectives, deux niveaux.

L’un des niveaux est celui du messianisme national juif, dont le slogan est le rassemblement des exilés. A partir du moment où les exilés du peuple d’Israël se rassemblent, (les références foisonnent chez les prophètes et dans la tradition orale elle-même), le processus messianique commence. Il s’agit d’un très long processus de rassemblement des Juifs exilés pour reconstituer la nation hébraïque qu’on appelle le messianisme du machia’h ben Yossef, le messie fils de Joseph.

La Loi du Retour est en question dans les projets du gouvernement actuel sous le gouvernement Pérès »>Article original, ceux du ministre Beilin de la gauche laïque militante, et dans les déclarations d’A. B. Yéhochouah.

Dans « Information Juive » de ce mois-ci, on trouve tout un dossier sur cette inquiétude panique des Juifs de diaspora : Israël va-t-il nous lâcher ? Quel humour ! Ils sont en plein désarroi. Et effectivement la question se pose déjà. L’Etat d’Israël n’est-il pas en train d’envisager de mettre en question la Loi du Retour ? Pas seulement pour faire plaisir aux Arabes qui ne cessent de le réclamer, mais parce qu’il y a précisément, chez ceux qui le préparent, la mise en doute qu’il s’agit vraiment de l’histoire du peuple juif. Pour eux, il s’agirait de l’histoire d’une société de type cananéen d’origine juive qui se coupe de tout ce qui fait le patrimoine commun entre Israéliens et Juifs jusqu’à notre temps.
La première étape est le messianisme national, le sionisme au sens le plus simple du terme. Les Juifs, peuple dispersé, indexé sur les peuples de cités étrangères décident – peu importe les raisons secondes ou les raisons immédiates – de redevenir la nation hébraïque. La mutation d’identité déclenchée par Herzl a été voulue, rêvée de différentes manières, autres que celle décrite dans L’État juif. C’est un État des Juifs que voulait faire Herzl, mais c’est lui qui a catalysé cette mutation.

Une des premières fois où je menais un groupe d’étudiants français rendre visite au Rav Kook, pour étudier dans son petit bureau, il y avait sur le bahut la photographie des grands rabbins de sa famille. Impressionnant ! Et au milieu, une photo un peu plus grande d’Herzl. Un jour, surprenant mon regard interrogateur, il m’a fait lire avec sa prononciation achkénaze le mot « Herzl » : HaRabonim Zikhronom Livrokho ! Tout ce qu’ils espéraient, Herzl est venu le réaliser. C’est là une anecdote très sérieuse, mais bien des Juifs de tous bords y sont imperméables.

L’origine de cette première étape est la destruction du Royaume du Nord lors du schisme après le règne du roi Salomon. Le Royaume du Nord – Royaume d’Israël – est appelé par les prophètes la Maison de Joseph – Beit-Yossef – ou la Maison d’Ephraïm du nom de la principale tribu des descendants de Joseph. Le Royaume du Sud – Royaume de Juda – avait pour capitale Jérusalem. C’est du Royaume du Sud que les Juifs procèdent dans leur identité judéenne.
En français, le mot « Juif » est la corruption du mot « judéen ». Dans d’autres langues, il est très clair qu’il s’agit de yéhoudi au sens de membre du Royaume de Juda : en araméen Yéhoudaï, en espagnol, judio, du mot Yéhoudi. En français, c’est devenu juif. Les Juifs sont les Judéens.

Le messianisme des Judéens est cette espérance hébraïque de la fin des temps, d’un monde vivable, tel que Dieu avait voulu le créer. Mais Il nous a demandé de le fabriquer et de le mériter en le construisant. Au point de départ, bien et mal sont mêlés, mais le monde de l’espérance messianique est un monde de bien triomphant du mal. A ce messianisme hébraïque de la fin des temps de l’histoire, est venu s’ajouter un messianisme nationaliste chez les Judéens. Mais, lorsque les Judéens ont voulu reconstituer la nation hébraïque détruite, les dix tribus perdues du Royaume du Nord avaient disparu.

Ce très long processus messianique appelé machia’h ben Yossef, commence par le rassemblement des exilés et se poursuit avec le machia’h ben David.
Le deuxième messianisme à l’échelle universelle est la résurrection des morts, chose que nous ne pouvons ni comprendre ni expliquer, pas plus que nous ne pouvions avant 1948 comprendre ni expliquer comment les Juifs allaient se rassembler malgré l’opposition du monde entier. Et pourtant c’est arrivé : nous sommes les contemporains de la réalisation d’un événement inouï.

Lorsque j’étais enfant, (je suis né en Algérie), notre langue était le judéo-arabe, et on ne disait pas « aller en Palestine » ou « aller en Israël »; on disait « aller à Jérusalem », tout en sachant que c’était un rêve. Lorsqu’on me demandait dans ma famille, ce que je voulais faire quand je serai grand, je répondais naïvement : rabbin à Jérusalem. C’était de l’ordre du rêve ! Et subitement cela arrive. Et comme c’est arrivé, on croit que c’est normal, que c’est facile, alors que c’était vraiment irréalisable. De même que ne nous savions pas comment le machia’h ben Yossef allait travailler, le Bon Dieu a décidé qu’il travaillerait avec l’Agence Juive !

Le Rabbi Hillel de Chklov, élève du Gaon de Vilna, précise dans son livre Qol Hator que selon son maître, la fonction du machia’h ben Yossef est l’aliya. Mais ce qui a provoqué l’aliya, c’est le sionisme fondateur de Herzl. Désormais, les problèmes sont tellement urgents, intenses et paroxysmiques, qu’il faut quitter le stade de la langue de bois et dire les choses en les appelant par leur nom: le sionisme politique fondateur de notre État d’Israël, purement et simplement, réalise les objectifs du machia’h ben Yossef.

Depuis les élections de 1992 , le machia’h ben Yossef est en question. Le fait qu’une telle politique et de telles décisions aient été prises à une seule voix de majorité (y compris les voix des députés arabes et les voix de deux transfuges de droite achetés pour des ministères fantômes) est tellement énorme, qu’il faut y voir un doigt de la Providence. C’est là quelque chose qui nous dépasse, apparemment nécessaire, qui nous coûte cher. Il faut savoir que la Tradition a prévu cette éventualité.

UN PROCESSUS INELUCTABLE

Un processus s’est déclenché avec le rassemblement des exilés. C’est la réalité de ce rassemblement qui permet d’être optimiste à long terme. Pour le Juif croyant, si Dieu a commencé une mitsva après 2 000 ans d’attente, c’est qu’on peut compter sur Lui jusqu’à la fin. Pour un croyant, c’est une certitude. Pour le Juif incroyant mais qui croit en son histoire, le critère c’est l’histoire. Le rassemblement des exilés au bout de 2 000 ans est un événement tellement massif qu’il est irréversible. Ce n’est ni Yossi Beilin ni A. B. Yéhochouah qui vont mettre en question le retour des Juifs dans leur patrie : les Juifs reviennent malgré eux.

Certes, certains Juifs, les pionniers, les ‘haloutsim, ont d’eux-mêmes décidé de revenir. Ils étaient le fer de lance mais ils furent si peu nombreux ! Si c’était les Juifs qui voulaient revenir, on pourrait se dire qu’il s’agit d’une oeuvre humaine, de personnes qui ont une foi : l’espérance du retour et en réalité, ce phénomène aurait les avatars d’une œuvre humaine. Mais ce ne sont pas les Juifs (à l’exception des fondateurs) qui ont décidé de revenir. C’est malgré eux qu’ils sont revenus, ce qui signifie que c’est l’œuvre de Dieu. Pour reprendre le langage d’immanence des non-croyants, cela veut dire que l’histoire du peuple juif s’est mise en marche et est irréversible. Même pour un non-croyant, le rassemblement des exilés est évidemment le point de départ d’une aventure qui arrivera à terme. Il faut être mystique, au sens négatif du terme, pour croire que ce sont les Juifs qui ont décidé ce retour.

Il y a très longtemps, sur un bateau qui faisait route vers Israël (peut-être le Negba), avec un groupe d’étudiants, j’ai rencontré un aumônier qui accompagnait un groupe de pèlerins chrétiens qui disait : les promesses des prophètes se réalisent. Le désert refleurit, les exilés se rassemblent, mais pourquoi sont-ce des incroyants qui réalisent cela ? Je lui ai répondu que c’est une calomnie ! Ces Juifs laïcs qui font le pays, qui ont fait le sionisme, sont plus croyants que nous, car nous avons des raisons de croire, alors qu’eux, n’ont même pas besoin de croire. Cela veut dire que leur foi est plus profonde que la nôtre !

Il faut bien comprendre que la foi des pionniers du sionisme était beaucoup plus profonde que celle des croyants, puisqu’ils n’avaient même pas l’aide de la foi. Leur foi, c’est vraiment une foi, on peut donc être tranquille. Certes, les croyants ont aidé les laïcs, mais on ne peut pas dire qu’ils ont fondé l’État d’Israël. Si la re-création de l’État d’Israël était le fait des croyants, elle serait aléatoire. Mais ce n’est pas le cas, c’est Dieu qui est intervenu. On peut dès lors être tranquille. Quand Dieu se sert des incroyants pour faire l’État d’Israël, c’est plus sérieux que s’il se servait de l’Agoudat-Israël !

Lorsqu’on me demandait si je pensais vraiment que c’est Teddy Kollek qu’on attendait pour construire Jérusalem, je répondais que, pour construire Jérusalem, on a besoin d’un architecte et pas d’un roch yéchiva . Mais surtout d’un architecte qui ne se mêle pas de livres religieux, sinon il n’a pas le temps de faire son travail d’architecte. C’est ainsi que nous avons vécu la fondation du pays. Quels que soient les aléas, les hauts et les bas, le processus ira jusqu’au bout, aussi bien pour le croyant que pour l’incroyant.

LA VERITE BAFOUEE

Bien sûr, nous avons prié et nous prions pour éviter le pire, mais le prix à payer pour arriver au terme bienheureux de la réussite du projet messianique qui a commencé, risque d’être très lourd, du fait de l’aveuglement, de l’inconscience qui atteint parfois le camp des sionistes religieux, y compris les rabbins eux-mêmes. C’est inquiétant. Il est sûr qu’on arrivera au bout finalement parce que le processus a commencé et qu’il est irréversible. Le prix à payer semble terrifiant. Peut-être entrons-nous dans une ère où l’amour de la vérité, l’une des valeurs juives les plus fortes et les plus profondes, est bafouée. Ce n’est même pas un manque de foi, c’est le règne du mensonge éhonté.

La Guémara Sanhédrin, page 97, dit : il y a un temps où la vérité disparaîtra, sera néantisée, haemet néédéret. Quelle est l’explication de la Guémara ?
May vatéhi haemet nééderet ? Amar debRav, à l’école de Rav on enseigne, mélamed chéna‘assit ‘adarim ‘adarim ve holekhet lah.

Il ne s’agit pas ici d’un jeu de mots, mais de quelque chose de très important. La vérité ne va pas disparaître magiquement, elle va devenir « des troupeaux différents » – ‘adarim ‘adarim. Des troupeaux, chaque troupeau ayant son berger. C’est ce qu’on appelle les courants – zramim – les tendances – chitot – . La Guémara est très claire : la vérité disparaît lorsque se multiplient les différentes tendances.

Nous sommes au cœur de ce problème. Il n’y a plus de repères, il y a des tendances. Selon l’une de ces tendances, on pourrait lire la Thora de manières différentes, en ce qui concerne la terre d’Israël, en fonction de l’opinion politique préalable du lecteur. Quel est alors le critère ? L’opinion politique du lecteur ? La Thora dirait ce que tel ou tel rabbin veut dire d’après ses options politiques ! C’est le signe-même qu’une des valeurs fondamentales – l’amour de la vérité – disparaît. Il faut s’en méfier parce que le vocabulaire et le langage sont piégés.

La Guémara est d’une extrême lucidité. Dans cette réalité qui nous trompe, on arrive à un inversement de critères. Former des troupeaux, c’est se réduire à l’état de moutons. C’est souligner qu’on n’a plus de route ni de vrais bergers. Aujourd’hui, ce sont les troupeaux qui sont valorisés et non l’amour de la vérité.
Nous nous trouvons à une croisée des chemins : l’eschatologie bienheureuse, ou l’eschatologie catastrophique. Mon opinion personnelle, malgré mon tempérament optimiste incoercible, me fait craindre d’être dans la situation suivante : optimiste pour le long terme, mais très très très pessimiste pour le court terme.

TROIS PILIERS : DANS QUEL ORDRE ?

Pendant 2 000 ans, on s’interrogeait de la manière suivante : Des trois critères, le Peuple, la Thora, la Terre, quel est le critère collectif, les deux autres concernant l’option individuelle ?

L’appartenance au Peuple a-t-elle la préséance sur la Thora et la Terre, deux options considérées comme individuelles ? Si l’appartenance au peuple est garantie, l’essentiel est garanti. C’était l’une des stratégies de chaque Juif.
Si la Thora est le critère de la collectivité, ceux qui ne s’y relient pas seraient mis en dehors du peuple juif, l’appartenance au Peuple ou l’appartenance à la Terre étant renvoyées à l’option individuelle.

Telles sont les deux options que nous avons vécues jusqu’à l’Etat d’Israël.
Pendant l’exil, nous devions lutter pour préserver le Peuple et la Thora. Personne n’a encore vraiment raconté cette histoire héroïque. Avec le monde entier contre nous, y compris certains Juifs, le Peuple juif se retrouve au bout de 2 000 ans, existant. Nous sortons de la Shoah et de la grande crise de l’assimilation, ayant gagné la guerre pour la survie du Peuple. Cette bataille doit continuer à être menée mais elle est déjà gagnée. Au bout de 2 000 ans, alors que le monde entier a essayé de nous couper de notre Thora, nous revenons sur notre terre, avec la Thora. Nous avons sauvé la Thora.

Pendant 2 000 ans, nous avons été coupés de la Terre. Ce n’était pas le souci du jour. C’est maintenant, de notre temps, que cette problématique doit être renouvelée. Quel est le problème le plus urgent ? Quel est le combat qu’il serait insensé de perdre ? Le combat pour la survie du peuple doit se poursuivre. Il a été gagné, mais à quel prix ! La Thora n’est pas acquise une fois pour toutes. Le combat pour son sauvetage doit continuer, sérieusement afin que l’âme d’Israël soit préservée.

La lutte qu’il serait insensé de perdre – et c’est la première fois que le problème se pose à nous depuis 2 000 ans – c’est le combat pour la Terre. Voilà dans quelle problématique j’envisage ce drame existentiel que nous sommes en train de vivre : une espérance totale et irréversible pour la fin du processus, mais surtout la crainte de ce qui se passe à court terme.

Ce n’est pas parce que Rabin a été assassiné que sa politique n’a pas été désastreuse. Sa politique était désastreuse. Que l’opinion électorale israélienne ait tellement changé après le rite païen de ses funérailles est très inquiétant. D’où mon pessimisme.

Ce cancer de désarroi touche précisément ceux qui devraient être les porte-parole de la vérité de la Thora.
Les causes profondes résident dans les motivations différentes de l’Aliya qui a créé le pays :

– Les sionistes politiques laïcs ont décidé de mettre fin au statut sociopolitique des Juifs de l’exil sans se préoccuper de judaïsme. La plupart du temps, ils rejettent le judaïsme en même temps qu’ils rejettent les frontières historiques du pays. Nous subissons toujours les conséquences de cette prise de position des fondateurs du sionisme politique laïc. Mais c’est à lui qu’on doit l’État.

– Les sionistes religieux, eux, sont revenus en Israël pour redevenir Hébreux, pour être vraiment juifs. C’est tout le contraire de la première motivation et aujourd’hui ces contradictions se dévoilent.

– La troisième tendance est celle des ‘harédim qui ne participent pas au projet sioniste mais vivent en Erets-Israël grâce à l’Etat sioniste. Ils en contestent la légitimité religieuse tout en souhaitant vivre en « Terre sainte ». Ils ont un poids de fléau dans la balance électorale, fléau dans son sens simple, chaque fois qu’il y a une élection déterminante.

– Enfin, il y a aussi beaucoup de Juifs qui sont là, parce qu’ils sont là, sans aucune motivation idéologique qui ressemble peu ou prou à quelque sionisme que ce soit, ni « d’avant-sionisme », ni de « pendant-sionisme », ni de « post-sionisme ». Ce sont des Juifs cosmopolites parlant hébreu. Ils détiennent actuellement le pouvoir et mettent en question le messianisme juif du sionisme.
Tout cela doit nous conforter à passer de l’inquiétude du temps présent à l’optimisme du long terme. Je connaissais ces textes avant d’avoir des enfants et cependant j’ai eu des enfants ! On peut donc connaître ces textes et avoir des enfants : c’est cela l’optimisme juif.

Question : Selon vous, le problème de la Terre est aujourd’hui le plus urgent. Quelle est votre opinion en ce qui concerne le Peuple ? Il a survécu et semble avoir surmonté les dangers physiques. Par contre, l’état de division entre religieux et laïcs mais aussi au sein des religieux entre ‘harédim et sionistes, et même entre sionistes, représente un danger interne. Ce mouvement autodestructeur semble menaçant. Ne pose-t-il pas un problème plus urgent que celui de la Terre et de la Thora ?

Manitou : Les divisions au sein du Peuple et les divisions à propos de la Thora concernent toutes, la Terre. Par conséquent, le problème essentiel c’est vraiment Erets-Israël.

Intervention : L’histoire juive nous apprend que Dieu attend quelque chose de nous. J’ai l’impression que nous assistons passifs à tout ce qui se passe… Les rabbanim ne disent rien, le peuple est là en spectateur…

Manitou : Nous sommes habitués à des attitudes de sensibilité religieuse qui risquent de fausser le diagnostic de ce que nous vivons. Car après 2 000 ans de judaïsme d’exil, nous vivons quelque chose de nouveau. Nous vivons la confrontation avec la vérité de notre identité. Nous avons eu le privilège de pouvoir avoir une foi parfaite pendant ces 2 000 ans d’exil parce qu’elle n’était pas confrontée à la réalité. Jusqu’à nos pères et nos grands-pères, nos ancêtres avaient cette foi parfaite que le moment venu nous reviendrions en Israël. Mais cela est démenti par la réalité. Le moment venu, les Juifs ne veulent pas revenir.

C’est malgré nous que nous sommes là. Nous sommes venus ici à coup de pied au cœur. Sauf les pionniers, les méyasdim, les fondateurs. Quand au bout de 2 000 ans, les nations du monde ont donné le feu vert au foyer juif avec la déclaration Balfour, les Juifs de France ont réagi en revendiquant leur nationalité française. Pour eux, ce foyer ne concernait que les apatrides. Les Juifs britanniques, italiens, etc. eurent la même réaction qui d’ailleurs, perdure. Il faut souligner l’étonnement devant le fait que c’est malgré nous que tout cela nous a été donné. Il faut féliciter les fondateurs.

C’est malgré nous que tout cela s’est fait et cela nous est imposé. C’est précisément parce que cela ne dépend pas de nous que je suis optimiste. Ce qui dépend de nous, c’est le prix à payer. A court terme, on ne peut que s’inquiéter des illusions de certains.

Les Juifs auraient-ils subitement perdu leur intelligence ? Les Arabes ne veulent pas la paix, ils veulent un Etat OLP, ce qui n’est pas exactement la même chose. Tout le monde le sait y compris nos dirigeants. Nous savons très bien à qui nous avons affaire.

Il s’agit vraiment d’une question d’identité profonde. Cette crise d’identité, c’est à propos de la Terre qu’elle se dévoile, beaucoup plus qu’à propos du Peuple ou à propos de la Thora.

Nous avons été, nous, de cette génération de Juifs religieux qui fermions les yeux sur les non-religieux en leur disant en toute bonne foi, que d’après la Thora, ils sont aussi Juifs que nous. Nous avons été de cette génération de Juifs non assimilés – ce n’était pas facile avant la guerre mondiale – qui fermions les yeux sur les assimilés en leur disant : vous êtes Juifs comme nous.

C’est maintenant que la crise d’identité se dévoile, qu’elle rend la situation impossible, précisément à cause de ceux qui mettent en question l’identité juive par rapport à l’intégrité d’Erets-Israël. Cette foi parfaite de l’époque où nous n’étions pas du tout confrontés à la réalité, est maintenant suspecte. Avons-nous vraiment cru à ce que nous avons dit avoir cru pendant 2 000 ans ? C’est le cas pour beaucoup, mais une part du peuple juif, confronté au problème de la Terre, semble disqualifier sa prétendue foi à son identité.

La guerre que les Arabes mèneront pour Jérusalem est la catastrophe annoncée dans le Talmud et dans le Zohar.

Nous ne savons pas du tout comment cela va se passer, pas plus que nous ne savions comment pourrait avoir lieu la libération de Jérusalem.
Une année , au moment de Pessa’h, alors que nous nous trouvions chez le Rav Kook pour étudier, il nous a amenés sur la plus haute tour de la partie juive de la ville pour voir à la jumelle le site du Kotel et dire la prière de Pessa’h. Ce qu’on voyait alors à la jumelle, c’était l’horizon jordanien avec les chameaux, les autobus brinquebalants et les soldats jordaniens avec leurs casques à pointe allemands. Qui aurait dit que c’était à portée de mains ? C’était un rêve inaccessible et cela nous a été imposé.

Ceux qui ont vécu la guerre des Six-Jours se souviennent que tous les dirigeants de l’époque, Moshé Dayan en tête, attendaient un coup de téléphone des Arabes pour savoir à qui rendre ces fameux territoires : le coup de téléphone n’est pas venu. Si Hussein n’avait pas attaqué en 1967, il serait encore aujourd’hui dans la Vieille Ville. Mais, en musulman pieux, Hussein a agi comme s’il avait voulu restituer Jérusalem aux Juifs ! Alors, il a attaqué. C’est une histoire invraisemblable !

L’héritage israélien que nous avons nous a été imposé. Sauf, pour les fondateurs, les pionniers qui eux, ont créé, avec leurs mains.

L’initiative de chaque fin d’exil vient des hommes, pas de Dieu. C’est ensuite Dieu qui confirme. Si les hommes méritent, c’est en bien que cela se développe; s’ils ne méritent pas, il faut payer le prix et nous sommes à ce carrefour. Abraham donne le premier exemple de cette prise d’initiative. Il n’y a aucune trace que Dieu se révèle à Abraham pour lui demander d’aller au pays de Canaan. Il décide de quitter le pays d’exil et Dieu lui donne rendez-vous au mont Moria pour le sacrifice d’Isaac. Il se rend de lui-même au pays de Canaan parce qu’il sait que c’est sa patrie. De la même manière pour la sortie d’Egypte, Moïse l’a déclenchée et Dieu l’a confirmée.

Le Ben Ich ‘Haï dit en clair dans une de ses préfaces : « l’initiative, en matière de fin d’exil, vient des hommes et Dieu confirme. »

Il faut être très précis à ce sujet : c’est à propos d’Erets-Israël que les crises d’identité des Juifs se dévoilent. C’est donc le problème le plus urgent. C’est parce que l’initiative est venue des hommes que les ‘harédim ont entretenu une attitude de suspicion vis-à-vis du sionisme et c’est une erreur théologique de leur part. Ils ont affirmé que ce mouvement humain n’était pas cacher alors que c’est précisément cela qui est cachère. C’est là la grande différence entre les sionistes-religieux et les ‘harédim en ce qui concerne Erets-Israël. Il faut étudier les textes pour savoir qu’il en est bien ainsi. Il y a 10 ou 15 ans, il était extrêmement difficile pour un rabbin orthodoxe d’afficher une attitude positive vis-a-vis du sionisme laïc. Mes propos ne proviennent pas de mes idées politiques mais des textes de la Thora.

C’est ainsi que se déroule l’époque du machia’h ben Yossef. L’histoire de Joseph en Egypte en est le modèle. Dès le début, il reconnaît ses frères, mais eux ne le reconnaissent pas. Ils le prennent pour un Egyptien, un assimilé de la pire espèce qui a pris parti pour le Pharaon, « ki kamokha ke par‘o ». A la fin de sa vie, on sait qu’il est Yossef hatsadiq, mais pendant toute sa vie, il est le Juif assimilé, le Juif diasporique le plus assimilé. C’est cela l’époque du machia’h ben Yossef. C’est précisément Joseph, ce Juif le plus assimilé qui dit à ses frères : « viendra le temps où vous partirez, ramenez mes ossements avec vous ». C’est effectivement du milieu des Juifs assimilés que le sionisme est apparu. Cette crise d’identité par rapport au Peuple ou par rapport à la Thora concerne bien la Terre.

Pour les ‘harédim, Erets-Israël est la « Terre sainte », que seul le messie doit nous livrer. Ce n’est écrit nulle part et c’est une erreur théologique pure et simple. Il faut donc refaire toutes ces analyses, ces études pour retrouver la confiance que le processus historique que nous avons vécu, est bien celui qui devait être. Précisément on a buté sur le problème de la Terre qui déoile l’insincérité des Juifs. Il suffit d’entendre tous ces alibis des Juifs qui veulent donner la Terre. Ils se racontent des mensonges et ces hommes aveuglés, des bandeaux sur les yeux, nous mènent à la catastrophe.

Avant la Shoah, avant la dernière guerre mondiale, l’Europe entière était Chalom akhchav (« la paix maintenant »). Résultat : 50 millions de morts, y compris la Shoah. J’ai peur d’une dynamique de l’aveuglement telle qu’on risque d’aller jusqu’au bout.

Nous ne sommes pas dans une réunion électorale où l’on donne des consignes de vote. Pour les Textes, la seule réponse, c’est la vérité. Il ne faut plus se camoufler derrière une langue de bois. On risque d’en arriver à ce que les Juifs laïcs qui sont contre Erets-Israël ne soient plus des Juifs, même laïcs; que les rabbins ‘harédim qui sont contre Erets-Israël ne soient plus des rabbins, même ‘harédim. Nous sommes encore dans le temps où tous les Juifs sont Juifs. Même les Juifs enrhumés. A plus forte raison les autres. Mais c’est vers cela que nous risquons d’aller.

J’ai été élevé dans l’ambiance pluraliste que j’ai retrouvée dans le mouvement des Eclaireurs : tous les Juifs sont Juifs. C’est cela qui est en question aujourd’hui, et ce qui le met en question, c’est la Terre d’Israël.
Question : Si le peuple juif est le tenant du vrai messianisme, il est aussi celui qui est capable de fabriquer des faux messianismes : le christianisme, le karaïsme, le sabbatéisme, etc. A l’encontre de Chalom akhchav, ne faudrait-il pas dénoncer toute la mise en scène construite autour de la politique du gouvernement actuel, amplifiée par les mass-média comme un faux messianisme ?

Manitou : Les militants de base de Chalom akhchav en général sont francs et honnêtes. C’est au gouvernement qu’il y a des stratégies de mensonge. Un haut responsable a reconnu à propos du Golan qu’on a menti à Israël à la manière dont un médecin ment à un malade dont l’état est grave. Il faut lui mentir pour le sauver. Mais personne n’est dupe. Les gens de Chalom akhchav disent en clair qu’ils ne veulent plus faire la guerre aux Arabes. Ils sont donc prêts à leurs conditions qu’on va négocier et c’est ce qui se passe. Il faut renoncer à ce vocabulaire de demi-vérité. Un Juif, même s’il n’est pas un Juif de la Thora, est un Juif. A quelle condition ? Un Juif même vivant en diaspora, est un Juif. A quelle condition ? Nous devons renouveler notre vocabulaire dans le sens de la franchise et de la vérité, parce qu’on est tombé dans les pièges qu’on a soi-même fabriqués. L’heure de vérité est arrivée. Encore une fois, cette heure de vérité était prévue dans les textes aussi. C’est Erets-Israël qui la déclenche. « Emet méErets titsma’h » (La vérité germera de la terre). C’est une autre manière de lire le verset. C’est la Terre qui va nous obliger à dire la vérité. Je continue à considérer mes amis non religieux comme des Juifs à part entière. Peut-être en réalité sont-ils entièrement à part. Ayons le courage de nous parler en clair.

Je continue à considérer qu’un Juif de diaspora est un Juif à part entière, mais à condition qu’il sache qu’il est dans l’erreur. Haïm ben Betsalel, grand talmid-‘hakham (Sage) quelque peu oublié dans l’ombre de son frère le Maharal de Prague donne dans son livre, le Sefer Ha’hayyim, quatorze explications de la galout (exil) dont l’une est très importante : Nous avons été envoyés en exil pour savoir si vraiment nous considérons ce pays comme notre pays. Ne reviendront que ceux qui sont persuadés que ce pays est leur pays.

On nous a donné toutes les occasions de chercher ailleurs et finalement, seuls ceux qui sont convaincus que ce pays est le leur, sont revenus. Et c’est au moment où nous sommes revenus que l’interrogation s’est faite interrogatoire. Crois-tu vraiment que ce pays est le tien ?

Its‘hak Navon (qui fut un grand président de l’Etat d’Israël à défaut d’avoir été un grand ministre) disait, « Ce pays est le nôtre. Nous avons des intérêts politiques à nous arranger avec les Arabes, mais ce pays est le nôtre ». Aujourd’hui, c’est le langage inverse qu’on entend : « Ce pays est le pays des Arabes et c’est nous qui avons à nous justifier d’être là où nous sommes ». C’est vraiment une interpellation d’identité très profonde. L’assimilation est un problème très grave, surtout en diaspora, en Israël aussi d’ailleurs. Mais un Juif, même assimilé, est un Juif, sauf lorsque la question de confiance se pose.

Qu’est-ce qu’un Juif même assimilé ? Est-il citoyen français ou est-il citoyen du pays des Hébreux ? Quand il est citoyen du pays des Hébreux, considère-t-il que c’est la Palestine ou que c’est Erets-Israël ? Là est le vrai problème. D’ailleurs, beaucoup de non-Juifs attendent que la vérité soit dite et nous leur offrons actuellement le spectacle kafkaïen du peuple de Dieu doutant de son identité.

Croyons-nous vraiment à ce en quoi nous croyons depuis 2 000 ans si, le moment venu, nous sommes prêts à brader le pays ? Le Rav Kook, dans son livre Orot , a écrit un texte véritablement prophétique :
« Nous savons qu’une révolte contre l’esprit aura lieu en Erets-Israël. C’est au début de la restauration de la nation qu’elle apparaîtra. Une partie de la population jouissant d’une aisance matérielle se croira arrivée au but ultime, ce qui amoindrira son âme. “Alors viendront des jours dont tu diras ne pas en avoir le désir” . L’exigence d’un idéal supérieur de sainteté disparaîtra et par là-même l’esprit déclinera et sombrera jusqu’à ce qu’advienne une tempête qui mènera à une révolution. »

Nous sommes précisément arrivés à ce déclin de l’esprit parce qu’on croit que le but économique étant atteint, tout est atteint. On peut se demander si cette tempête, ce ne sont pas aussi ces scandales des minorités juives en Israël : Les Yéménites, les Marocains, les Éthiopiens. Ces scandales-là nous obligent à nous poser la question de l’unité du Peuple et de ce qu’en dit la Thora.

Qu’est-ce que cette unité du Peuple lorsqu’elle mise en question à ce niveau-là ? La tempête prévue par le Rav est peut-être le sursaut de moralité et la recherche de la vérité auxquels nous serons contraints.

« Alors il sera évident que la force d’Israël se trouve dans la sainteté immémoriale qui vient de la lumière de Dieu, et dans sa Thora, dans l’émergence de la clarté spirituelle. C’est elle la véritable puissance qui parvient à vaincre les mondes et toutes leurs forces. L’inévitabilité de cette révolte contre l’esprit vient de la tendance à la matérialité qui naîtra inéluctablement dans la collectivité nationale sous une forme agressive. Cela provient du temps très long où avait disparu complètement la nécessité et la possibilité de s’adonner à la tâche matérielle. Lorsque cette tendance émergera, elle se manifestera avec une frénésie agressive et amènera des tempêtes. Ce seront là en vérité les tribulations du messie qui submergeront le monde entier par les souffrances qu’elles entraîneront. »

Que dit ici le Rav dans sa langue très particulière ? Dès qu’Israël sera fondé, il se produira une révolte contre les valeurs spirituelles, de la part de ceux qui, croyant que le but économique est atteint, estiment que le but du sionisme est réalisé. Il se produira alors un déclin de tous les idéaux jusqu’à ce qu’une révolution survienne.

Question : Mais n’est-ce pas pour la Terre qu’ils se battent ?

Manitou : Oui, c’est très bien, mais le pays est en train de se préparer à les abandonner. Nous avons tous des enfants en Judée, Samarie et à Gaza et ils ont déjà fait la preuve de leur héroïsme. C’est la sincérité du pays qui est en question concernant le lien avec sa Terre. On est arrivé à démoniser les meilleurs des ‘haloutsim (pionniers) de l’histoire d’Israël. Le problème ne se pose pas en termes de choix électoraux. Si vous ne savez pas pour qui voter, nous n’avons rien à vous dire. Le problème, c’est celui de la vérité mise en congé.

Il faut prendre conscience que ce qui est prévu par nos textes risque d’arriver et a déjà commencé. Certes, il y a dans la Bible des prophéties bienheureuses, où les prophètes voient les princes du monde portant les Juifs sur leurs épaules avec des offrandes d’or, d’argent et de myrte pour venir à Jérusalem remercier le Dieu d’Israël. Mais dans toutes ces sources, depuis la Bible, puis dans la Michna, la Guémara, le Midrach, au fur et à mesure que le temps s’écoule, les sources pessimistes sont plus nombreuses que les sources optimistes. Dernièrement, au niveau des événements de la Shoah par exemple, nous n’avions que des sources pessimistes. Le ‘Hessed levraham, le Tomer Dvora, et le Em habanim sémékha, tous ces livres décrivent ce qui risque d’arriver et qui est finalement arrivé : la Shoah, l’inouï, mais qui s’est produit.
Le Talmud utilise trois termes pour parler de notre temps :
– Yemot hamachia‘h, les temps du messie, le premier signe étant le rassemblement des exilés;
– Machia‘h ben Yossef, (le messie fils de Joseph),
– Machia‘h ben David (le messie fils de David).

Le Talmud dit : « La génération où le ben David se dévoilera est une génération où la vérité sera cachée, où la sagesse des scribes sentira la pourriture ». ‘Hokhmat sofrim tisra‘h. C’est ce qui est en train de nous arriver. La sagesse des scribes commence à sentir le pourri. Si nos maîtres ont eu le courage de nous laisser ce message qui vient du fond des siècles, c’est qu’ils avaient diagnostiqué au sein de leur peuple une tendance à la mise en question de leur identité.

Et cela doit se dévoiler au moment du retour à Sion. Voilà de quoi il s’agit dans ces textes. Nous avons le devoir et pas seulement le droit d’être d’un optimisme total : ce processus amorcé ira jusqu’au bout. A quel prix ? Cela c’est mon pessimisme immédiat, ma génération ayant traversé toutes ces tempêtes.
Kissinger a reçu le prix Nobel pour la paix au Vietnam. Résultat de sa paix : d’innombrables victimes. « Victimes de la paix », comme on a dit de notre temps en Israël. Ce n’est pas la même chose, mais cela ressemble.

L’espérance messianique commence avec le premier homme; elle ressurgit avec Abraham et elle ira jusqu’au bout. Dieu sait ce que nous avons traversé, nous ces porteurs d’espérance. Mais le prix à payer, le prix de notre identité, c’est le pessimisme à court terme. On peut craindre d’avoir pris la voie qui mène à une guerre terrible avec le monde arabe, qui tient à ce que Jérusalem soit sa capitale. C’est là que nous serons acculés à dire qui nous sommes. Comme cette guerre est décrite dans le Zohar et que nous la gagnerons, je suis tranquille, mais encore une fois à long terme.

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zemer

cher frères et sœurs juifs,

Le Judaïsme et divisé sur la question du Messie car on se penche trop vers la Guémara, la Michena et le Talmud et pas asses vers la Bible!

l’article dit: « Le Talmud dit : « { La génération où le ben David se dévoilera est une génération où la vérité sera cachée, où la sagesse des scribes sentira la pourriture ». ‘Hokhmat sofrim tisra‘h. C’est ce qui est en train de nous arriver. La sagesse des scribes commence à sentir le pourri. »}

et cela par ce que on se base sur la sagesse rabbinique et pas sur la sagesse de Dieu!

pour mettre la pendule a l’heure, voici se que Dieu Lui-même dit sur le Messie dans la bouche de ses prophètes.

C’est à vous, chers lecteurs, d’en tirer la conclusion, car le secret est déjà dévoilé :

1. La semence de la femme (le Messie) vaincra le serpent:

{{Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité: celle-ci t’écrasera la tête, et tu lui blesseras le talon.}} (Genèse 3: 15)

2. la promesse a Abraham:

{{Toutes les nations de la terre seront bénies en ta postérité, parce que tu as obéi à ma voix.}}
(Genèse 22: 18)

3. le Messie viendra de la tribus de Judas a un moment préétablie:

{{ Le sceptre ne s’éloignera point de Juda, Ni le bâton souverain d’entre ses pieds, Jusqu’à ce que vienne le Schilo, Et que les peuples lui obéissent.}} (Genèse 49: 10)

4. le messie devrai être mis a mort avant la destruction du 2e Temple:

{{Après les soixante-deux semaines}} (chavouim – périodes de 7 ans),{{ un Oint sera mis a mort, . Le peuple d’un chef qui viendra détruira la ville et le sanctuaire, et sa fin arrivera comme par une inondation; il est arrêté que les dévastations dureront jusqu’au terme de la guerre}}. (Daniel 9: 26)

5. Le Messie est de la descendance de David:

{{Quand tes jours seront accomplis et que tu seras couché avec tes pères, j’élèverai ta postérité après toi, celui qui sera sorti de tes entrailles, et j’affermirai son règne.
Ce sera lui qui bâtira une maison à mon nom, et j’affermirai pour toujours le trône de son royaume.}}
(2 Samuel 7: 12-13)
{{Voici, les jours viennent, dit l’Éternel, Où je susciterai à David un germe juste; Il régnera en roi et prospérera, Il pratiquera la justice et l’équité dans le pays.}} (Jérémie 23: 5)

6. le Messie naitra a Bethléem. Il est d’origine éternelle:

{{Et toi, Bethléhem Éphrata, Petite entre les milliers de Juda, De toi sortira pour moi Celui qui dominera sur Israël, Et dont l’origine remonte aux temps anciens, Aux jours de l’éternité.}} (Michée 5: 2)

7. Il sera au service des plus démunies:

{{L’esprit du Seigneur, l’Éternel, est sur moi, Car l’Éternel m’a oint pour porter de bonnes nouvelles aux malheureux; Il m’a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, Pour proclamer aux captifs la liberté, Et aux prisonniers la délivrance;
Pour publier une année de grâce de l’Éternel, Et un jour de vengeance de notre Dieu; Pour consoler tous les affligés;
Pour accorder aux affligés de Sion, Pour leur donner un diadème au lieu de la cendre, Une huile de joie au lieu du deuil, Un vêtement de louange au lieu d’un esprit abattu, Afin qu’on les appelle des térébinthes de la justice, Une plantation de l’Éternel, pour servir à sa gloire.}} (Ésaïe 61: 1-3)

8. Il entrera a Jérusalem sur un âne :

{{Sois transportée d’allégresse, fille de Sion! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem! Voici, ton roi vient à toi; Il est juste et victorieux, Il est humble et monté sur un âne, Sur un âne, le petit d’une ânesse.}}
(Zacharie 9: 9)

9. Il fera des miracles et guérira les malade:

{{Alors s’ouvriront les yeux des aveugles, S’ouvriront les oreilles des sourds;
Alors le boiteux sautera comme un cerf, Et la langue du muet éclatera de joie. Car des eaux jailliront dans le désert, Et des ruisseaux dans la solitude;}} (Ésaïe 35: 5-6)

10. Il sera sujet de méconnaissance et sera mis a mort:

{{Il a été enlevé par l’angoisse et le châtiment; Et parmi ceux de sa génération, qui a cru Qu’il était retranché de la terre des vivants Et frappé pour les péchés de mon peuple?
On a mis son sépulcre parmi les méchants, Son tombeau avec le riche, Quoiqu’il n’eût point commis de violence Et qu’il n’y eût point de fraude dans sa bouche.
Il a plu à l’Éternel de le briser par la souffrance… Après avoir livré sa vie en sacrifice pour le péché, Il verra une postérité et prolongera ses jours; Et l’œuvre de l’Éternel prospérera entre ses mains.}} (Ésaïe 53: 8-10)

{{ Je suis devenu un étranger pour mes frères, Un inconnu pour les fils de ma mère.
Car le zèle de ta maison me dévore, Et les outrages de ceux qui t’insultent tombent sur moi.}}
(Psaum 69: 8-9 (10) )

11. Le Messie retournera ressuscité:

{{Car tu ne livreras pas mon âme au séjour des morts, Tu ne permettras pas que ton bien-aimé voie la corruption.
Tu me feras connaître le sentier de la vie; Il y a d’abondantes joies devant ta face, Des délices éternelles à ta droite.}} (psaume 16: 10-11)
{{Tu es monté dans les hauteurs, tu as emmené des captifs, Tu as pris en don des hommes; Les rebelles habiteront aussi près de l’Éternel Dieu}}.(Psaume 68: 18 (19)
{{Je regardai pendant mes visions nocturnes, et voici, sur les nuées des cieux arriva quelqu’un de semblable à un fils de l’homme; il s’avança vers l’ancien des jours, et on le fit approcher de lui.
On lui donna la domination, la gloire et le règne; et tous les peuples, les nations, et les hommes de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle qui ne passera point, et son règne ne sera jamais détruit.}} (Daniel 7: 13-14)

12. Israël le reconnaitra ainsi que le monde entier:

{{Alors je répandrai sur la maison de David et sur les habitants de Jérusalem Un esprit de grâce et de supplication, Et ils tourneront les regards vers moi, celui qu’ils ont percé. Ils pleureront sur lui comme on pleure sur un fils unique, Ils pleureront amèrement sur lui comme on pleure sur un premier-né}}.
(Zacarie 12: 10)
{{En ce jour, le rejeton d’Isaï Sera là comme une bannière pour les peuples; Les nations se tourneront vers lui, Et la gloire sera sa demeure.}} (Ésaïe 11: 10)

* * *
et celui qui a des oreilles qui entends….