La mort de l’ARCHE suite….

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EDITION SPECIALE

A propos de l’Arche

Un entretien avec Pierre Besnainou

Pierre Besnainou, le Fonds Social Juif Unifié est l’éditeur de l’Arche, qu’il a créé en 1957. Que se passe-t-il aujourd’hui avec ce magazine ?

PB. Nous sommes confrontés depuis plusieurs années à une chute continue du nombre d’abonnés. En 2011, la diffusion de l’Arche est insuffisante pour répondre pleinement à sa vocation. Après la Shoah, l’Arche a joué un rôle essentiel dans la reconstruction intellectuelle de la communauté juive de France. Puis, il a accompagné des générations entières. Espace de liberté d’expression, d’exigence intellectuelle, il a été un phare incontournable pour les juifs et de nombreux non juifs. Sa diffusion l’empêche aujourd’hui, malgré ses qualités unanimement reconnues, d’assumer cette mission dont le Fonds Social Juif Unifié est le garant.

Cela veut dire des pertes importantes ?

PB. Nous ne sommes pas une entreprise, nous ne sommes pas là pour faire des bénéfices. Nous finançons à longueur d’années des programmes culturels et communautaires, indispensables pour faire entendre une voix juive dans la Cité et faire également que la culture juive vive et se développe. Je pense notamment à Akadem, au festival des cultures juives de Paris, à la Nuit de la philosophie à Aix-en-Provence. Il faudrait des heures pour citer toutes les actions culturelles que nous soutenons.

Le montant de la perte est confidentiel ?

PB. Il n’est pas le vrai sujet. Le Fonds Social Juif Unifié joue, notamment, dans la culture un rôle de service public. De toutes façons, il faut ramener le budget à la diffusion. Concrètement, chaque année, l’Arche papier génère un déficit de 250 000 euros. Le problème est qu’il n’y a que 6 000 lecteurs. C’est cela d’abord qu’il faut changer. 250 000 euros pour 100 000 lecteurs oui, 250 000 euros pour 6000 lecteurs non.

Vers quelle solution se dirige-t-on?

PB. Nous sommes arrivés à la conclusion que l’Arche doit migrer sur internet, s’imposer comme un site d’information, de réflexion et de mémoire, avec des archives accessibles en ligne, bref redevenir une référence. Et ceci pour des centaines de milliers d’internautes.

Les lecteurs actuels s’y retrouveront-ils ?

PB. Des grands dossiers, de l’information en profondeur, seront toujours la force de l’Arche. L’actualité culturelle sera renforcée. Il faut aussi rajeunir le lectorat. Les jeunes et les jeunes actifs n’ont pas aujourd’hui une publication où ils peuvent trouver une information sérieuse, accessible, claire, leur apportant arguments et références pour s’inscrire dans le débat autour d’Israël, de l’identité juive, de notre contribution au monde.

Demain l’Arche sur Ipad ?

PB. Oui, même si là n’est pas du tout l’essentiel. Il faut que le titre se redéveloppe Le numérique est sa chance. Il faut la saisir.

Le nouvel Arche s’inscrit dans un système d’information global du Fonds Social Juif Unifié ?

PB. Le système d’information sur internet que le Fonds Social Juif Unifié bâtit est construit sur trois piliers principaux. Le premier est Akadem, le second RCJ, le troisième l’Arche. Akadem traite l’information culturelle, favorise sa diffusion, par des vidéos en ligne et des traitements de type magazine. Un nouveau site RCJ va voir le jour. Il privilégie le traitement à chaud de l’information, avec des commentaires, au rythme des flashs des agences de presse, avec des émissions en direct sur internet, en plus des tranches de transmission hertzienne. L’Arche sur internet a pour mission, avec du recul par rapport à l’immédiat, d’apporter des éclairages sur l’actualité et les événements politiques, géopolitiques, stratégiques et culturels qui influent sur notre environnement et son devenir. J’aurais pu citer aussi judaicine.fr, un autre de nos sites qui traite du cinéma et de son actualité.

Ce site de l’Arche, quand verra-t-il le jour ?

PB. Des amis, journalistes, universitaires, artistes, collaborateurs de l’Arche ont manifesté leur émotion, voire leur inquiétude, du fait de ce passage du papier à internet. Nous allons prendre le temps de les écouter, d’échanger. Le groupe de travail sera élargi. Toutes les bonnes idées seront les bienvenues, même si cela nous conduit à décaler de deux ou trois mois la mise en ligne du nouvel Arche.

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Monsieur Pierre Besnainou, Président du FSJU justifie la décision prise, quant à l’arrêt de la parution de l’Arche. Combien même cette décision serait justifiée pour des raisons financières, il n’en demeure pas moins que la méthode en dit long sur la manière de gérer l’Institution.

Quant à dire que l’on peut transformer un journal “papier” en un site internet c’est méconnaître ce monde Virtuel et lui attribuer des vertus qu’il n’a pas.

Entre un journal que l’on lit, qui sert de base à notre réflexion, que l’on conserve éventuellement et le monde du NET, la différence est énorme. Peut-être pourrait-on rappeler qu’un internaute moyen ne passe pas plus de 2 minutes en moyenne sur un site. L’information se capte en dixième de seconde.

L’Arche comme toute autre outils du savoir ne peut se concevoir comme une simple virtualité. L’illusion de la connaissance transmise par ce mode de communication va certainement se révéler au grand jour. L’histoire joue au balancier. Seule le texte que l’on rumine comme disait Nietzsche est le texte que l’on ingère. Le reste c’est du vent. Les juifs qui ruminent leurs textes depuis des milliers d’années savent ce que l’écrit veut dire. Et l’interdit de l’image comme symbole et vecteur de la connaissance nous est proscrit.

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