Shimon Peres s’est attiré les foudres du gouvernement après s’être déclaré ouvert à un dialogue avec le Hamas sous conditions. Décryptage.

Par Armin Arefi

C’est une voix dissonante au sommet de l’État hébreu. Le président israélien, Shimon Peres, s’est attiré de vives critiques de la part du gouvernement de Benyamin Netanyahou après avoir exhorté son pays à « conclure un accord de paix avec les Palestiniens ». Dimanche, à l’occasion de la réunion annuelle des ambassadeurs israéliens, le président honorifique a rendu un vibrant hommage à son homologue palestinien, Mahmoud Abbas. « Beaucoup de gens critiquent les propos d’Abou Mazen (Mahmoud Abbas, NDLR), mais il n’y a pas d’autres leaders arabes actuellement qui se disent en faveur de la paix, contre le terrorisme et pour un État palestinien démilitarisé », a-t-il déclaré, provoquant une vague d’applaudissements chez les diplomates présents.

« Shimon Peres n’occupe aucune fonction politique, mais demeure toujours très estimé et écouté », explique au Point.fr Ilan Greilsammer, professeur de sciences politiques à l’université Bar-Ilan de Tel-Aviv. « Venant du parti Kadima (centre gauche, NDLR), il a toujours été opposé à la politique israélienne de colonisation des territoires palestiniens prônée par la droite au pouvoir. » Ces déclarations n’ont en tout cas pas été du goût du Likoud (le parti de droite de Benyamin Netanyahou, NDLR), qui, dans un communiqué, a trouvé « regrettable que le président ait choisi d’exprimer des opinions politiques personnelles contraires à la position officielle israélienne qui considère qu’Abou Mazen refuse de faire la paix ».

Vent de colère en Israël

Le refus d’Israël, en 2010, de geler la colonisation des territoires palestiniens a précipité la décision du président de l’Autorité palestinienne de sortir du cadre des négociations bilatérales pour se rendre à l’ONU. Après avoir tout d’abord essuyé un échec au Conseil de sécurité, Mahmoud Abbas a finalement obtenu en novembre 2012 l’accession de la Palestine au statut d’État observateur non membre de l’Assemblée générale des Nations unies. Or, ce succès diplomatique a provoqué un véritablement vent de colère en Israël.

En représailles, le Premier ministre, Benyamin Netanyahou, a décidé d’accélérer les projets de colonies à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, annihilant la viabilité d’un futur État palestinien. À trois semaines des législatives anticipées, pour lesquelles il cherche à accroître son soutien parmi les colons et leurs partisans, l’occasion était rêvée. Favori du prochain scrutin, où il présente une liste commune avec les ultranationalistes d’Israël Beitenou (Israël, notre maison, NDLR), le Likoud a ainsi accusé le président israélien d’être « détaché des sentiments du peuple ».

À droite toute

« Il est vrai qu’une majorité très nette à droite se dégage en Israël », confie Ilan Greilsammer. « Ne faisant pas confiance aux déclarations des dirigeants palestiniens, l’Israélien moyen ne veut pas céder face à la partie arabe. » Mais Shimon Peres n’en a cure. Lundi, il a brisé un autre tabou en déclarant qu’il n’était pas hostile à un dialogue avec le Hamas, une première pour un président israélien. « Il n’y a pas de mal à parler avec le Hamas, à condition d’obtenir une réponse », a annoncé Shimon Peres lors d’une réception des chefs des Églises chrétiennes à Jérusalem.

Le président israélien a tout de même émis des conditions. « Si le Hamas respecte les conditions imposées par le Quartet (1), celles de la communauté internationale, pas les nôtres, nous pourrons engager des négociations avec eux. Il faut qu’il choisisse entre les fusils ou la paix », a-t-il ajouté. « Étant en principe soumis à un devoir de réserve sur la vie politique israélienne, Shimon Peres profite de sa crédibilité pour s’immiscer dans la campagne électorale », analyse Olivier Danino (*), spécialiste du Hamas à l’Institut français d’analyse stratégique (Ifas). »Ainsi, il tente de recentrer le débat sur la question palestinienne qu’il juge importante, alors qu’elle est peu évoquée face aux questions économiques et sociales. »

Rendre la Cisjordanie à Israël

Cité par le président palestinien, le Quartet pour la paix au Proche-Orient estime que le Hamas, qu’il considère comme une organisation terroriste, doit reconnaître le droit à l’existence d’Israël, les accords passés avec l’État hébreu et renoncer à la violence avant d’envisager tout dialogue avec lui. Cela n’empêche pas Israël de négocier indirectement avec le Hamas au Caire, en ce moment même. En effet, le dernier conflit armé à Gaza a hissé le mouvement islamiste au rang de principal interlocuteur d’Israël en territoire palestinien.

« Les Israéliens donnent aujourd’hui l’impression de négocier davantage avec le Hamas qu’avec Mahmoud Abbas », note Olivier Danino. « En témoigne l’allègement récent du blocus de Gaza, où des matériaux solides font désormais leur entrée. » Mis sur la touche par les succès du Hamas, délaissé par Israël, le chef de l’Autorité palestinienne dirige une Cisjordanie en proie à une crise financière sans précédent, doublée d’un grave déficit de légitimité. Au point qu’il est allé cette semaine jusqu’à menacer de dissoudre l’Autorité palestinienne et de rendre la gestion de la Cisjordanie à Israël si les négociations n’étaient pas relancées.

Un scénario catastrophe pour l’État hébreu, qui serait alors chargé, en plus de la sécurité, de verser les salaires des fonctionnaires palestiniens. Le risque n’affole pourtant pas outre mesure Benyamin Netanyahou. Mardi, le Premier ministre israélien a opposé une fin de non-recevoir à Shimon Peres, en déclarant que « malgré les voix qui se sont récemment élevées pour (l’)exhorter à aller de l’avant, faire des concessions et des retraits », le processus diplomatique devait être « géré avec responsabilité et sagacité, et non de manière précipitée ».

Le Point.fr Article original

tags : Israël – Shimon Peres

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