Hier, la shehita. Aujourd’hui, la Brit mila. Et demain ?

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« Le signe de la circoncision me paraît d’une telle conséquence que je le crois capable d’être à lui tout seul le principe de la conservation du peuple juif. » SpinozaOn apprenait il y a quelques jours que le Grand rabbin de Berlin, Yitzhak Ehrenberg, risquait la prison pour avoir circoncis un nouveau-né et avoir appelé à braver la loi interdisant cette pratique.

Puis quelques jours après on pouvait lire que « l’Allemagne était sous le choc après l’agression d’un rabbin ».

Rien d’étonnant ! L’Europe connaît ces dernières années une vague d’antisémitisme, encouragée par certains dirigeants qui remettent en question des traditions juives et qui envisagent de les interdire quand ce n’est pas déjà le cas.

On a voulu nous faire croire que l’Europe s’est débarrassée à jamais du vieil antisémitisme, de celui qui, porté à son paroxysme, s’est traduit par l’Holocauste.

On a voulu nous faire croire qu’aujourd’hui on n’en veut plus aux Juifs, qu’on attaque simplement le gouvernement israélien.

Mais le proverbe dit bien « Chassez le naturel, il revient au galop ». La vérité est là sous nos yeux, écrite en lettres noires, et il nous faut faire face à cette réalité que nous tentons de chasser de notre esprit : l’antisémitisme n’a pas été éradiqué. La bête est toujours là, elle ne dort même pas, elle sommeille !

Et la voilà qui, de nouveau, montre le bout de son nez avant de se mettre à nu. Encouragé par les prises de position de certains pays contre des rituels juifs, l’antisémitisme renaît de ses cendres avec plus de vigueur que jamais.

Après avoir tout mis en œuvre pour délégitimer Israël (mouvement BDS), après avoir conduit les gens à se poser la question du droit à l’existence de l’État juif, on a décidé maintenant de s’en prendre au peuple juif. Car ce peuple dérange.

Pourquoi ? Parce que, comme disait Edmond Fleg, « Nous ne sommes pas comme les autres »

Le Juif n’est pas comme tout le monde

Différent des autres, il l’est d’abord par son histoire qui fait de lui un peuple à part.

Il faut reconnaître, en effet,

-1. qu’il est étrange que ce peuple ait survécu quand son État a disparu. Exception faite du peuple juif, aucun peuple n’a résisté au temps en l’absence d’un État.

-2. qu’il est étrange que la souffrance non seulement n’ait pas réussi à l’anéantir, mais qu’elle ait fait naître en lui le besoin ardent de vivre en tant que peuple.

-3. qu’il est étrange qu’il soit le seul dont l’histoire ne se limite pas au récit du passé, même si ce passé est prestigieux puisque c’est celui de la Bible. Il est le seul peuple dont l’histoire n’a pas fini de s’écrire, dont l’histoire s’écrit au jour le jour.

Alors, de nouveau, comme dans les années 30, on veut aujourd’hui effacer tout ce qui fait la singularité du juif.

Différent de ses concitoyens non-Juifs, il l’est surtout par la positivité de sa religion. Il est Juif dans un monde de non-Juifs et, en dépit de son besoin d’universalisme, il n’aspire pas à se fondre dans la masse. C’est sans doute là l’ambivalence du juif : être comme les autres tout en ses voulant différent des autres, c’est le conflit entre particularisme et universalisme.

– Il ne mange pas comme tout le monde

Alors, on décide d’interdire l’abattage cacher (la shehita), une pratique vieille de plus de 4000 ans, mais désormais jugée hors normes. Et c’est ainsi que le Parlement néerlandais, vote une loi qui met fin à cette pratique. La Norvège, la Suède, l’Islande, la Nouvelle-Zélande et la Suisse interdisent de facto l’abattage rituel, et d’autres pays songent à leur emboîter le pas.

Évidemment, on invoque des raisons économiques ou encore humaines –on se soucie du bien-être des animaux- pour justifier cette interdiction.

Mais on se garde bien de rappeler qu’une mesure similaire avait été prise par le régime nazi. D’ailleurs, aussi surprenant que cela puisse paraître, c’est le président de l’État polonais lui-même, Bronislaw Komorowski, qui l’a rappelé et qui a jugé que cette loi traduit une « crise de la tolérance ».

Comme par une ironie du sort, c’est aux Pays Bas, dans le pays qui a vu naître la liberté religieuse, que des associations qui se disent « pour la défense des droits de l’homme » ont milité pour que soit votée cette loi. Un beau pied de nez à cette liberté !

Certes, on nous objectera que nombreux sont les Juifs qui ne mangent pas casher. C’est vrai, mais c’est leur choix : nul n’est venu le leur imposer. Et même eux conçoivent mal qu’on veuille interdire l’abattage rituel.

Et comme si cette mesure était insuffisante, c’est maintenant à la circoncision, qui consiste en l’excision du prépuce, qu’on choisit de s’attaquer.

– Il est circoncis, donc différent des autres

En Finlande, où la communauté juive est extrêmement petite, une plainte a été déposée contre les rabbins qui pratiquent la Brit mila qu’on estime à « l’encontre de la loi finlandaise ».

En 2010, l’Association médicale royale néerlandaise, condamne cette pratique qui viole, selon elle, le droit fondamental de l’enfant à l’intégrité physique, à l’autonomie et à la dignité.

En août 2011, des rabbins et des organisations juives ont tout tenté pour que la circoncision ne soit pas interdite. Sans grand succès, semble-t-il, puisque, le 7 mai 2012, après avoir été saisi d’une plainte concernant un garçon musulman opéré pour des problèmes consécutifs à la circoncision, le Tribunal d’instance de Cologne – ville où résident 5000 Juifs- interdit ce rituel religieux, signe distinctif des Juifs.

En réalité, cette plainte a servi de prétexte pour relancer un débat juridique amorcé en 2008 sur « le droit de l’enfant à bénéficier de la protection de l’État contre une atteinte à son corps et à sa santé qui prime sur l’exercice irresponsable du droit des parents ». Et on précise que « Si un procureur a connaissance d’une circoncision non nécessaire médicalement, son devoir est d’intervenir ».

La décision du Tribunal de Cologne, rendue publique le 26 juin 2012, a contraint l’Hôpital juif de Berlin à suspendre les circoncisions pour motif religieux, ce qui a suscité une vive polémique. À noter toutefois que cette décision est soutenue par 56% des Allemands, que seuls 35% se prononcent contre, et ce même si la chancelière Angela Merkel a déclaré qu’elle ne veut pas que « l’Allemagne soit le seul pays au monde dans lequel les Juifs ne peuvent pas pratiquer leurs rites». Mais cela ne laisse-t-il pas sous-entendre que le gouvernement soutiendrait cette loi si d’autres pays la votaient ?

À souligner qu’en France, la circoncision rituelle n’est pas autorisée expressément, mais qu’elle bénéficie simplement d’une tolérance. Et comme toute atteinte non médicalement justifiée à l’intégrité physique d’une personne, elle tombe sous le coup de l’article 222-1du Code pénal.

En 2012, le débat n’est pas clos : en Suède, la circoncision est autorisée certes, mais soumise à certaines restrictions (autorisation du Service de santé et analgésie). L’Association des pédiatres suédois se prononce pour l’interdiction de l’opération si bien que deux chirurgiens sur trois refusent de circoncire.

En Autriche et en Suisse, elle est interdite dans plusieurs hôpitaux. À titre d’exemple, l’Hôpital de l’enfance, à Zurich, a décidé le 20 juillet dernier de l’interdire « sur les enfants incapables de discernement ».

Les raisons de l’interdiction de la circoncision?

Il faut dire qu’elles ne sont pas ce qu’elles devraient être, à savoir rationnelles et convaincantes.

En l’absence d’une justification médicale, le Tribunal de Cologne qualifie la circoncision d’ « atteinte à l’intégrité physique » et de « blessure corporelle passible d’une condamnation ».

Beaucoup la présentent comme une mutilation, un acte de barbarie, un mauvais traitement ou une torture qui doit être punie. Alice Miller, une psychanalyste, en parle comme du « plus grand crime contre l’humanité » ! On fait l’amalgame circoncision/ excision, alors qu’on sait qu’il n’y a aucune comparaison possible.
Faut-il rappeler que non seulement la suppression du prépuce ne constitue aucunement une mutilation, mais qu’elle permet d’éviter la propagation de bactéries ?

On insiste sur le fait que la circoncision présente des risques d’infection. Pourtant, on sait que les cas sont extrêmement rares : voyez combien de victimes elle a fait depuis 3500 ans qu’elle est pratiquée !

Et s’il fallait interdire toutes les situations à risque, il faudrait interdire, par exemple, de mettre des enfants dans une auto sans leur consentement car les risques qu’on leur fait courir sont infiniment plus graves que ceux encourus par la circoncision. Peut-être faudrait-il interdire de donner la vie, car vivre constitue en soi un risque.

La vraie raison de cette interdiction

On sait que, de tout temps, l’interdiction de pratiquer la circoncision a été considérée comme une arme pour exterminer le peuple juif.

Avec l’Empereur Adrien, elle était même punie de mort, et nombreux étaient ceux qui choisissaient la mort.

Pour les nazis, c’était le signe distinctif des Juifs et c’est pourquoi beaucoup d’enfants juifs allemands n’ont pas été circoncis.

Et aujourd’hui, sous prétexte de vouloir protéger l’enfant, on impose au Juif une interdiction qui l’oblige à violer les lois de la Torah, lois auxquelles il se plie depuis 5700 ans. N’est-ce pas une façon de le violenter, de le persécuter ?

La vraie raison ? Elle est le signe distinctif des Juifs, « le principe de la conservation du peuple juif », comme l’a dit Spinoza.

On sait que, pour le Juif, la circoncision- la Brit milah- est tout un symbole : le symbole de l’Alliance entre Abraham et Dieu. « Dieu dit à Abraham : A l’âge de huit jours, tout mâle parmi vous sera circoncis (…) et ce sera un signe d’alliance entre Moi et vous. Un mâle incirconcis, qui n’aura pas été circoncis dans sa chair, sera exterminé du milieu de son peuple : il aura violé mon alliance. » (Genèse XVII 9-14)

Et le Zohar affirme que « celui qui est circoncis est uni alors à l’image la plus élevée de l’homme qui est dans la pensée d’En-haut, qu’il est un tsadiq, (…) parce qu’il sait se maintenir séparé et qu’il garde l’alliance (II Zohar 59b).

Pour mesurer son importance, ne suffit-il pas de rappeler que si le 8ème jour après la naissance tombe un samedi, la circoncision aura lieu , même si c’est le jour le plus sacré ?

Rappelons également qu’elle est la condition pour être enterré dans un cimetière juif si bien qu’il a fallu parfois circoncire des gens après leur mort.

Même ceux qui sont éloignés de Dieu, même les Juifs athées n’ont presque jamais remis en question la circoncision.

Demander au Juif de renoncer à cette pratique, c’est lui demander de renoncer à sa foi, c’est l’obliger à mettre un terme à l’Alliance que Dieu a scellée avec le peuple juif.

Contraindre les Juifs à abandonner la circoncision revient à les obliger à se dissocier du judaïsme, la circoncision étant le symbole même de la transmission de la religion. D’ailleurs, c’est ainsi que les premiers Chrétiens se différencièrent de leurs frères juifs.

Alors, au risque de passer pour paranoïaque, je ne peux m’empêcher de me demander si le but ultime n’est pas, en s’attaquant à cette loi immuable, à la singularité même du peuple juif et à son héritage spirituel, d’éradiquer ce peuple et, partant, l’État juif.

Bien sûr, on nous objectera qu’il existe des « Juifs opposés à la circoncision ». C’est vrai, tout comme il existe des Juifs antisionistes. Mais ils ne représentent qu’une minorité

CONCLUSION

Après l’interdiction de la shehita, puis celle de la Brit mila, il faut s’attendre à ce que d’autres rituels religieux soient à leur tour frappés d’interdiction. Et c’est avec une certaine angoisse qu’on doit considérer l’avenir du Juif dans la diaspora.

Bien sûr, on nous dira que la Cour de Cologne n’est pas habilitée à prendre des décisions gouvernementales, qu’elle n’est pas la seule cour de justice, que les autres n’ont pas validé cette loi, qu’un projet de loi pour l’invalider sera mis à l’étude à l’automne, etc.

On nous dira également que les Juifs sont les victimes collatérales du jugement du Tribunal de Cologne, que le Comité d’éthique allemand a déclaré que la circoncision devrait être autorisée à certaines conditions : il faut (1) l’accord des deux parents, (2) un traitement contre la douleur, et (3) qu’elle soit pratiquée par un spécialiste.

Il reste que cette loi est très significative et qu’elle constitue, comme l’a souligné le Conseil central des Juifs d’Allemagne, « une intervention gravissime et sans précédent dans les prérogatives des communautés religieuses ».

Si l’Allemagne se veut un pays où, aux dires du Ministre des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, « les traditions comme la circoncision sont considérées comme une expression du pluralisme religieux », on est en droit de se demander quelle est la définition de « liberté religieuse » pour les tribunaux.

Et maintenant pourquoi ne pas autoriser tous les Juifs circoncis qui le désirent à poursuivre leurs parents pour leur avoir infligé un traumatisme qui leur a laissé des séquelles ? D’ailleurs, en France, il est prévu que « l’enfant peut porter plainte si, adulte, il estime que cet acte irréversible a porté atteinte à son libre arbitre. » Et aux Etats-Unis, des enfants devenus adultes ont déposé plainte contre leurs parents à qui ils reprochent de ne pas avoir respecté leur libre arbitre, et à qui ils demandent la restauration du prépuce, une opération extrêmement coûteuse.

Pourtant, les psychanalystes se sont penchés sur la circoncision sans jamais réussir à adopter une position qui fasse consensus. Comment se fait-il que Freud, lui-même circoncis puisque juif, ne se soit jamais intéressé au traumatisme créé par cette « castration barbare » ?

Force est de constater que le père de la psychanalyse n’a guère évoqué les conséquences individuelles de la circoncision alors que, selon lui, c’est dans l’enfance qu’il faut rechercher la source des problèmes que vivent les adultes. Ce n’est que dans une œuvre posthume, « Abrégé de psychanalyse », dans une simple note en bas de page, qu’il aborde le sujet de la circoncision.

En revanche, il considère que les non-juifs, en l’assimilant
à la castration, génèrent la haine du Juif :”(…) les petits garçons entendent dire que les Juifs ont quelque chose de coupé au pénis – un morceau du pénis, pensent-ils – et cela leur donne un droit de mépriser les Juifs.”

Mais souvenons-nous que, comme le disait Voltaire, « il n’y a pas de mal dont il ne naisse un bien ». Alors, au lieu de voir dans ces décisions de justice des événements catastrophiques pour les Juifs, essayons de penser à long terme.

D’abord, nous avons une certitude : il n’y aura jamais plus d’Holocauste. La situation du Juif dans la diaspora n’a plus rien à voir avec celle qui prévalait avant la création de l’État d’Israël, quand le Juif fuyait d’un pays à l’autre, prêt à renier son identité pour se faire accepter.

Si le Juif est de nouveau persona non grata en Europe, cette
fois, il ne choisira pas d’être un « Juif honteux ». Cette fois, le Juif qui veut respecter les prescriptions de la Torah – et même celui qui ne les respecte pas, mais qui n’en est pas moins juif pour autant- a un pays : Israël. Et cela fait toute la différence avec les années 30.

Ensuite, il faut se dire qu’une détérioration de la situation du Juif dans la diaspora ne peut présenter à long terme que des avantages pour Israël: on est en train d’encourager le Juif à aller s’installer dans son pays, pour le plus grand bonheur de l’État juif qui accueillera tous ses enfants, mais au grand dam des pays européens qui encourront de lourdes pertes dans tous les domaines.

Mon but n’est pas de faire un plaidoyer pour Israël bien que ce soit à mes yeux le seul pays où il nous est possible de vivre complètement nos dimensions juives. Je ne dis pas qu’Israël soit la solution à tout problème juif, je dis qu’Israël est la solution au Juif qui refuse de cesser d’être juif, car c’est le seul endroit au monde où il est naturel d’être juif, où le Juif, qu’il soit pratiquant ou non, peut vivre en paix.

Alors, n’ayons crainte : aujourd’hui, où qu’il soit dans le monde, le Juif ne sera jamais plus sans défense : l’État d’Israël est son bouclier et son refuge.

Dora Marrache

Radio-Shalom (Montréal)

1 COMMENT

  1. P.S :

    ” Max Brod est un écrivain et journaliste tchèque de langue allemande, né à Prague le 27 mai 1884, mort à Tel Aviv, Israël, le 20 décembre 1968.
    Né dans une famille juive, militant sioniste, Max Brod émigra en Palestine mandataire en 1939, pour fuir le nazisme.
    Il est notamment connu pour avoir été l’ami et l’exécuteur testamentaire de Franz Kafka. “

  2. Comme toujours magnifique message de Dora Marrache . Je ne peux m’empêcher de rajouter l’hommage de notre Peuple , sous forme d’une lettre de Stefan Zweig à Max Brod :

    « Un peuple qui a donné au monde le livre le plus sacré et le plus précieux de tous les temps n’a pas besoin de se défendre quand on le décrète inférieur et n’a pas besoin de se vanter de tout ce qu’il a produit inlassablement dans tous les domaines de l’art, de la science, des actes de la pensée : tout cela est inscrit, on ne peut l’effacer de l’histoire de ce pays dans lequel nous étions chez nous. »

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