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Echauffourées devant le Parlement du Burkina Faso à Ouagadougou – AFP1 / 2

L’armée a pris le pouvoir au Burkina Faso. Après une journée d’émeutes sanglantes en raison de la volonté du président, Blaise Compaoré, de rester à la tête de l’Etat après 27 ans de règne, elle s’est érigée en rempart. Ce régime était pourtant considéré comme un des plus stables d’Afrique occidentale. Mais à 63 ans, Blaise Compaoré, l’ancien putschiste, a été détrôné par les militaires. Une destitution qu’il n’a pas acceptée, comme il l’a fait savoir dans une allocution tardive, jeudi soir, au cours de laquelle il a assuré avoir « compris le message », appelé à des pourparlers pour une période de transition, mais refusé l’état de siège, et de démissionner.

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Jeudi, au lendemain d’une manifestation qui a rassemblé des centaines de milliers de personnes dans la capitale Ouagadougou, le Parlement et le siège de la télévision ont été pris d’assaut par une foule en colère. Celle-ci s’est ensuite dirigée vers les bureaux du Premier ministre et vers le palais présidentiel, défendu par la garde. Ailleurs, l’armée et la police ont fait preuve d’une troublante passivité, même si trois personnes ont été tuées lors d’une fusillade. Notamment, le cordon gardant le Parlement s’est dispersé devant à peine un millier de manifestants. Aucun soldat de faction devant la télévision n’a non plus réagi quand le bâtiment a été pris d’assaut un peu plus tard jeudi.

L’armée dissout le gouvernement

Des émeutes ont aussi éclaté dans la deuxième ville du pays, Bobo-Dioulasso. Après avoir été muet et invisible toute la journée, le président Blaise Compaoré a décrété l’état d’urgence, puis l’état de siège – qui suspend les libertés fondamentales, mais aussi les pouvoirs civils et transfère tous les pouvoirs aux autorités militaires. Mais dans la foulée et face à l’insurrection, l’armée burkinabé a annoncé la dissolution du gouvernement et de l’Assemblée. Les pouvoirs exécutifs et législatifs seront assumés par un organe de transition, qui sera mis en place « en concertation avec toutes les forces vives de la nation », dont l’objectif est un « retour à l’ordre constitutionnel » « dans un délai de douze mois », selon un communiqué du chef d’état-major des armées, Nabéré Honoré Traoré. Un couvre-feu est par ailleurs imposé « sur l’ensemble du territoire ». Cela ressemble fort à un coup d’Etat militaire.

Pourtant, plus tôt jeudi, un ténor de l’opposition, Bénéwendé Sankara, affirmait que l’armée s’était «  soudée avec le peuple  ». Les porte-parole des manifestants avaient demandé à Kouamé Lougué, ex-chef d’état-major et ex-ministre de la Défense, très apprécié des troupes et de la population, de prendre le pouvoir. Ce dernier s’est entretenu jeudi tout l’après-midi avec les plus hauts gradés du pays.

Les manifestants réclamaient le départ de Blaise Compaoré, arrivé au pouvoir en 1987 à la faveur d’un coup d’Etat, en réaction à une tentative de réforme de la Constitution lui permettant de briguer trois nouveaux mandats de cinq ans.

Onde de choc redoutée

Une provocation pour une grande partie des 16 millions d’habitants de ce pays largement dénué de ressources, dont 60 % n’étaient pas nés lors de son arrivée au pouvoir. Jeudi après-midi, le pouvoir a annoncé que l’amendement controversé, qui aurait dû être voté par le Parlement juste avant sa prise d’assaut par les manifestants, avait été retiré. Au vu de la confusion ambiante, il semble peu probable que Blaise Compaoré réussisse à retourner la situation en sa faveur. Sa chute risque de susciter une onde de choc dans toute la région, car le Burkina Faso est considéré comme un élément de stabilité essentiel dans le Sahel. Paris et Washington ont d’ailleurs fait part de leur inquiétude.

YVES BOURDILLON / JOURNALISTE | LE 30/10 À 11:55, MIS À JOUR À 23:47

Source : [lesechos.frArticle original-20141031-[Prov_ »>Article original-1814314@2&wUhiM3SX6oVzpe3y.99″>Article original

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