Avant le discours de Mahmoud Abbas à l’Assemblée générale de l’ONU le 23 septembre 2011, un doute planait sur l’État palestinien qui allait demander à devenir membre de l’ONU : étant donné qu’Abbas n’avait pas proclamé son État, comment pouvait-il soumettre une demande d’adhésion ?  La réponse à cette question fut donnée par Abbas lui-même : l’État palestinien candidat à l’ONU est celui proclamé par Arafat à Alger en novembre 1988.

La proclamation de « l’État de Palestine » à Alger ne spécifia pas ses frontières ; elle ne désigna pas l’ancienne ligne d’armistice entre Israël et la Jordanie (souvent appelée à tord « frontières de 67 ») comme frontière de l’État proclamé.  La proclamation ne fit que mentionner un « État de Palestine sur notre territoire palestinien et sa capitale Jérusalem. »  Le fait que la proclamation fit référence au Plan de Partage de 1947 aurait pu être interprété comme une reconnaissance de facto de ce plan.  Conscient de cette ambigüité, l’adjoint d’Arafat, Salah Khalaf, déclara dans son discours de clôture : « Au début, l’État palestinien sera petit, puis il s’étendra à l’est, à l’ouest, au nord et au sud.  Je suis pour la libération de la Palestine, mais petit à petit. »

Le jour même du discours d’Abbas à l’ONU, Abbas Zaki, qui est membre du Comité directeur du Fatah, déclara la chose suivante sur la chaîne de télévision Al Jazeera : « Le but final ne peut pas être accompli en un coup.  Si Israël se retire de Jérusalem, évacue six-cent cinquante mille colons et démantèle le mur, qu’adviendra t-il d’Israël ? Il disparaîtra.  Si nous admettons ouvertement que nous voulons détruire Israël, ça ne passe pas.  Il ne faut pas dire ces choses au monde.  Il faut les garder pour vous. »  Malheureusement pour Abbas Zaki, il est difficile que « garder cela pour vous » à l’âge de l’Internet, surtout après avoir révélé ses véritables intentions à la télévision.

Dans son discours à l’Assemblée nationale, Mahmoud Abbas déclara que « le but du peuple palestinien est la réalisation de ses droits nationaux inaliénables dans leur État palestinien indépendant, avec Jérusalem-Est pour sa capitale, sur toute la Cisjordanie (dont Jérusalem-Est) et la Bande de Gaza. »  A priori, donc, les frontières de l’État palestinien envisagé par Abbas n’incluent « que » la Cisjordanie, Jérusalem-Est et Gaza.  Mais, en réalité, l’État envisagé par Abbas émergera aux côtés d’un Israël qui aura cessé d’être juif à cause du « droit au retour. »

Abbas a déclaré dans son discours qu’il doit y avoir « une solution juste à la question des réfugiés palestiniens conformément à la Résolution 194 » et que « le temps est venu de mettre fin à la souffrance et au calvaire des millions de réfugiés palestiniens tant dans la patrie que dans la Diaspora, de mettre fin à leur déportation et de réaliser leurs droits. »  Les réfugiés « dans la patrie » sont ceux de la Cisjordanie et de Gaza, et ce qu’Abbas veut dire par « mettre fin à leur calvaire » et de faire de leurs descendants des citoyens israéliens.  Abbas a explicitement fait référence à la Résolution 194 de l’ONU, que les Palestiniens interprètent à tort comme leur donnant un droit de retour en Israël.  Donc la « solution de deux États » signifie en fait deux États arabes : un État palestinien Judenrein et un État d’Israël avec une majorité arabe.  « Petit à petit » comme disait Salah Khalaf.  Et « gardez cela pour vous » comme dit Abbas Zaki.

Durant la semaine des débats à l’ONU, j’étais presque tous les jours sur les télévisions et les radios.  L’un des mes débats à la radio fut sur France Culture, et j’y affirmai que la définition palestinienne du « droit au retour » est incompatible avec la solution de « deux États pour deux nations. »  Mes interlocuteurs ne pouvaient nier cette contradiction, mais l’un d’entre eux proposa une « solution ».  Huda Al Iman, qui enseigne les relations internationales à l’Université Al-Quds me rassura : « ne vous inquiétez pas », me dit-elle, « les réfugiés palestiniens et leurs descendants n’envahiront Israël que par étapes et pas d’un seul coup »…

Lorsque j’introduis dans le débat le sort des neuf cent-mille réfugiés juifs expulsés des pays arabo-musulmans après l’indépendance d’Israël, Anwar Abu Eiseh  (professeur de droit à l’Université Al Quds) apporta lui aussi une « solution ».  « Voyez-vous », me dit-il, « l’OLP a « décidé » en 1974 que les réfugiés juifs des pays arabo-musulmans doivent retourner dans leurs pays d’origine.  Donc les Israéliens sépharades et leurs enfants et petits enfants sont les bienvenus en Iran, en Iraq, en Égypte, en Syrie et en Libye. »  Anwar Abu Eiseh, est au moins resté poli –contrairement au porte-parole de l’OLP Mahmoud Labadi qui m’a lancé cette injonction lors de notre débat sur Voice of America : « Retournez au Maroc ! »

Je dois reconnaître une chose : ces personnes avec lesquelles j’ai débattu étaient honnêtes dans la mesure où elles ont admis que leur but est de démanteler Israël progressivement par le biais de la démographie (« retour » des Juifs dans les pays arabes, et « retour » des Arabes en Israël).  Mahmoud Abbas, en revanche, ne peut pas se permettre une telle candeur sans soulever la réprobation des dirigeants occidentaux (souvenez-vous : « gardez cela pour vous »).  Donc pour que le but ultime d’Abbas devienne progressivement acceptable dans le monde libre, il faut qu’Abbas présente les Palestiniens comme des victimes inoffensives dont le seul but est la justice et la liberté.  Et, en effet, le discours d’Abbas à l’ONU fut un summum d’hypocrisie.

Cette hypocrisie saute aux yeux dès l’ouverture du discours.  Abbas commence par féliciter le Sud Soudan pour son indépendance, alors que deux mois plus tôt il dépêcha une lettre au Président soudanais Omar Hassan Al-Bashir (accusé de génocide et de crimes contre l’Humanité par la Court pénale internationale) pour lui exprimer son opposition à l’indépendance du Sud Soudan.  Quant aux médias d’État palestiniens, ils décrivirent l’indépendance du Sud Soudan comme un complot israélien pou affaiblir la nation arabe.

Abbas affirma que les négociations avec Israël ont échoué, mais sans mentionner le fait que c’est lui qui a boycotté les négociations avec Israël en dépit du gel de la construction qu’il exigea (et obtint) comme condition à la reprise des négociations.  Il ajouta que « la puissance d’occupation continue d’entreprendre des excavations qui menacent nos lieux saints » alors qu’en réalité Israël est le seul pays du Proche Orient qui préserve les lieux saints des autres religions, tandis que l’Autorité palestinienne vandalise les vestiges archéologiques du Mont du Temple depuis 1996, et qu’elle a profané les deux lieux saints juifs tombés sous sa juridiction (le tombeau de Joseph à Naplouse et l’ancienne synagogue de Jéricho).

Abbas a fait référence au discours d’Arafat à l’ONU en 1974 en affirmant qu’il s’agissait d’un discours de paix.  Ah oui.  Voici ce que dit Arafat dans son discours : « Le sionisme est une idéologie qui est impérialiste, colonialiste, raciste, profondément réactionnaire et discriminatoire.  L’Assemblée générale a partitionné une terre en 1947″>Article original qui est indivisible. »  Arafat en appela à l’établissement d’un État palestinien, pas aux côtés d’Israël mais à la place d’Israël.

Abbas désigne dans son discours l’OLP comme « seul représentant légitime du peuple palestinien » alors que le Hamas a gagné les élections de 2006 et qu’il contrôle la Bande de Gaza.  Quant à la « résistance » palestinienne, elle continuera d’être « pacifique » -une « résistance pacifique » qui a tué des milliers d’Israéliens.  Il a également dit que les Palestiniens ne sont armés « que par leurs rêves » sans mentionner les milliers de roquettes pointées vers Israël depuis la Bande de Gaza, où les armes illégalement introduites en Cisjordanie depuis 1995.  Et Abbas d’ajouter que sa décision de faire une demande unilatérale d’adhésion à l’ONU en l’absence d’un accord de paix avec Israël « est la confirmation que nous ne prenons pas de mesures unilatérales. »  Enfin, dit-il, la présence israélienne partielle au-delà de la ligne verte est « la seule occupation du monde » alors qu’il y a dans le monde des dizaines d’occupations, comme l’occupation du Tibet par la Chine, de Chypre par la Turquie, ou du Sahara occidental par le Maroc.

Si Abbas défendait une cause juste, il n’aurait pas besoin d’avoir recours à toutes ces falsifications.  Sa capacité à convaincre dépendra du nombre de gens qu’il parviendra à tromper.  Et comme son prédécesseur Yasser Arafat, il peut compter sur un allié fidèle : la chaîne de télévision France 2.

Le 30 septembre 2000, France 2 diffusa les images tragiques de ce qui est très probablement une mise en scène : le « meurtre » de Mohamed al Dura par « les Juifs. »  Ces images, filmées par le caméraman palestinien Talal Abu Rahmah, furent diffusées sans vérification des faits par Charles Enderlin qui n’était pas présent sur les lieux.  Cette diffusion constitua l’un des détonateurs de le deuxième Intifada.  La violence explosa en Cisjordanie et à Gaza sous les cris de « revanche pour le sang de Mohamed al Dura. »  Daniel Pearl fut décapité devant l’image de Mohamed al Dura.

Onze ans plus tard, France 2 s’engage de nouveau pour la cause palestinienne –cette fois-ci en prenant une part active dans la propagande de Mahmoud Abbas.  Le 3 octobre 2011, France 2 a diffusé une émission spéciale sur « La Palestine. »  Le scénario, en résumé, est le suivant.  En 1947, le Plan de Partage de l’ONU a échoué et les deux parties en portent la responsabilité ; le régime de l’Autorité palestinienne est la Suisse du Proche-Orient ; à Gaza, tout ce que le Hamas veut c’est la paix, et ses tirs de roquettes n’interviennent qu’en réponse aux attaques israéliennes injustifiées ; Israël vole l’eau des Palestiniens et a transformé un jardin en désert dans la Vallée du Jourdain ; les « colons » juifs sont arrivés pour la première fois à Hébron en 1968 et depuis ils terrorisent les Palestiniens paisibles et sans défense ; la « résistance » palestinienne a toujours été pacifique ; la seule raison pour laquelle Israël bénéficie encore du soutien des États-Unis c’est à cause de l’AIPAC qui par son argent et ses menaces contrôle les hommes politiques et les journalistes américains ; enfin, il n’est ni possible ni souhaitable que les sept millions des réfugiés palestiniens soient intégrés dans leurs pays d’accueil (comme le Liban) et ils ont le droit de revenir en Israël.

Le scénario du reportage de France 2 aurait pu être écrit par Mahmoud Abbas lui-même.  Les effets de ce reportage seront sans doute moins immédiats et moins violentes que les images d’al Dura.  Mais la troisième intifada –une intifada de mensonges et de propagande- a été lancée et France  2 y est partie prenante.

Par Emmanuel Navon – Professeur de Relations Internationales à l’Université de Tel-Aviv –

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