«Je comprends qu’il me faudra changer ma vision du monde ». C’est ce qu’a dit le Premier ministre, Binyamin Netanyahu, à l’économiste Manuel Trachtenberg pour le convaincre de prendre la tête du groupe d’experts mis en place pour répondre à la contestation sociale.
M. Trachtenberg a présenté hier après-midi au Premier ministre Netanyahu la composition du groupe d’experts qui dialoguera avec les représentants de la contestation. Ce groupe comptera quinze membres permanents, dont cinq universitaires et représentants du secteur privé, et un ministre, Michaël Eitan. A ceux-là s’ajoutent huit conseillers externes.

Lors des entretiens qui ont précédé sa nomination, Manuel Trachtenberg a signifié au Premier ministre Netanyahu que ce dernier devra revoir une grande partie de son idéologie économique. Il a ajouté qu’il n’acceptera d’être nommé à la tête du groupe de travail que si M. Netanyahu s’engage véritablement en faveur d’un changement des priorités socio-économiques en Israël.

Les deux hommes ont toutefois convenu qu’en tout état de cause, le cadre budgétaire ne sera pas élargi et que le changement concernera les priorités à l’intérieur de ce cadre. L’équipe dirigée par Manuel Trachtenberg commencera à travailler alors que dans le monde on parle de crise économique et que les bourses chutent. Lors d’entretiens privés, l’économiste a cependant affirmé que la crise mondiale ne peut servir de prétexte pour ne pas traiter sérieusement de la crise interne en Israël.

Lors de ses entretiens avec le Premier ministre, M. Trachtenberg a souligné que le groupe de travail ne se contentera pas de faire des recommandations mais qu’une grande partie de son travail sera de dialoguer avec les manifestants.

Le groupe d’experts a six semaines pour présenter un document dans lequel figureront les principes qui serviront au changement des priorités socio-économiques. Ces principes seront ensuite traduits sous forme de décisions gouvernementales et de législation. Le groupe tiendra sa première réunion aujourd’hui et mettra en place quatre équipes dans les domaines suivants : fiscalité, services sociaux, concurrence et prix au consommateur, logement abordable. Manuel Trachtenberg a choisi aussi huit conseillers externes, issus pour la plupart du secteur privé et du monde associatif, qui participeront aux travaux mais n’auront pas le droit de vote.

Les dirigeants de la protestation ont publié hier un document dans lequel ils présentent les grands principes de leur lutte pour la justice sociale. Ce document a été élaboré par les représentants de la « protestation des tentes », des étudiants, des organisations caritatives et des mouvements de jeunesse qui se sont joints à la lutte.

Ce document évoque six principes qui doivent servir de base au contrat entre l’Etat et ses citoyens : réduction des écarts sociaux, économiques et communautaires et création d’une cohésion sociale ; réduction du coût de la vie, plein emploi et contrôle gouvernemental du prix des produits de base ; priorité claire accordée à la périphérie sociale et géographique du pays ; prise en charge des besoin essentiels de populations faibles et notamment des handicapés, des personnes âgées et des malades ; investissements publics dans l’éducation, la santé et la sécurité individuelle et apport de solutions concrètes aux problèmes de logement, de transport et d’infrastructures.

Les manifestants ont élaboré un autre document, qui comporte des revendications détaillées, mais ils décidé de ne pas le publier tant que n’aura pas commencé le dialogue avec le gouvernement.

A la demande de tous les partis d’opposition, la Knesset tiendra une séance extraordinaire mardi prochain, en pleines vacances parlementaires, pour débattre de la contestation sociale.

Barak Ravid, Ilan Lior et Yehonathan Lis

Haaretz

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Israël : appel à des manifestations sociales samedi mais pas à Tel-Aviv

Les dirigeants du mouvement de contestation sociale qui déferle sur Israël depuis la mi-juillet ont appelé mercredi à des manifestations samedi soir, mais pas à Tel-Aviv où s’était déroulé un énorme rassemblement la semaine dernière.

« Nous avons décidé de ne pas organiser de manifestations à Tel-Aviv, mais d’appeler à des défilés dans tout le pays. L’important est de prouver que la protestation ne se limite pas aux gens de Tel-Aviv », a affirmé à l’AFP Stav Shafir, une des responsables du mouvement.

Le dirigeant de l’Union nationale des étudiants Itzik Shmuli a pour sa part affirmé à la radio publique que deux rassemblements auront lieu samedi l’un à Afoula dans le nord du pays et l’autre à Beersheva dans le sud.

Interrogée sur un possible essoufflement du mouvement déclenché pour dénoncer la hausse effrénée des prix des logements, Stav Shafir a estimé qu’au contraire « les protestations ne cessent de s’amplifier avec désormais 80 camps de tentes de protestation disséminés dans tout le pays ».

Le quotidien Haaretz (opposition de gauche) évoque pour sa part le danger que le mouvement en arrive au « stade de l’ennui ». « Les organisateurs de la contestation sont désormais confrontés à leur pire ennemi dans leur lutte: une perte d’intérêt », estime le journal.

« Même si les gens sont moins nombreux à se mobiliser lors de la prochaine manifestation, et même si les médias décident de ne plus couvrir ce qui se passe dans le camp de Rothschild (NDLR: le boulevard de Tel-Aviv où les premières tentes de protestation ont été dressées), les organisateurs ne doivent pas se décourager », ajoute le Haaretz.

Selon un sondage rendu public mardi, la popularité du mouvement de contestation reste très élevée. Il est soutenu par 88% des Israéliens, tandis que 53% d’entre eux affirment être prêts à participer à des manifestations.

JERUSALEM, 10 août 2011 (AFP)

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Nétanyahou menacé par la fronde sociale

Face à l’ampleur de la contestation, le premier ministre israélien change de ton et promet des solutions. 

Confronté à une vague de contestation sociale sans précédent, Benyamin Nétanyahou a changé de ton, dimanche. Le premier ministre s’attendait à un essoufflement de la «révolte des tentes» déclenchée il y a trois semaines pour protester contre la hausse effrénée des logements. Il a eu droit à «la plus importante motion de censure de l’histoire» du pays, selon l’expression des médias, avec quelque 300.000 manifestants dans les rues samedi soir à Tel-Aviv, Jérusalem et dans d’autres villes. Ragaillardis par cette mobilisation supérieure à celle de la semaine précédente, les organisateurs du mouvement espèrent avoir créé un rapport de forces face au gouvernement.

«Ne pas faire dérailler l’économie» 

Une analyse partagée par Nahum Barnea, l’éditorialiste le plus influent du pays. «Nétanyahou et ses ministres ne peuvent plus ignorer ce cri de colère qui menace leur maintien au pouvoir (…) Israël n’est pas la Syrie de Assad ; on ne peut pas réprimer un mouvement social avec des chars. Il faut se mettre à l’écoute et changer de politique», souligne Nahum Barnéa dans le quotidien Yédiot Aharonot. Un diagnostic que le premier ministre semble désormais partager. Il ne dénonce plus le «populisme» des manifestants tandis que ses proches évitent de les caricaturer en les présentant comme des «privilégiés amateurs de sushis et fumeurs de narguilés».

«Nous allons vraiment écouter tout le monde», a-t-il promis, en nommant une commission d’experts chargée de négocier et de présenter des solutions «concrètes». Benyamin Nétanyahou a toutefois prévenu qu’il ne sera pas possible «d’accepter toutes les revendications, de répondre à toutes les détresses». «Mettre une économie sur de bons rails prend beaucoup de temps, mais la faire dérailler peut se faire très vite», soulignent les porte-parole du premier ministre. Selon eux, il faut à tout prix éviter que les bons résultats enregistrés ces dernières années par l’économie soient remis en cause et qu’Israël se retrouve dans la «même situation catastrophique que l’Espagne, la Grèce ou le Portugal».

Le vent de panique dimanche à la Bourse de Tel-Aviv, qui a chuté de plus de 6 % après l’abaissement de la notation de la dette américaine, risque aussi de limiter la marge de manœuvre de Benyamin Nétanyahou. Le premier ministre craint qu’Israël, très dépendant de l’économie américaine, soit aussi sanctionné s’il laisse filer le déficit budgétaire pour calmer la fronde sociale.

Le côté «spontané» des manifestations ne facilite pas non plus le dialogue. Des dissensions sont apparues parmi les dirigeants d’un mouvement «apolitique» à propos de la tactique à adopter et des revendications qui fusent de toutes parts. «Il n’y a pas de fracture entre nous, mais comme dans toutes les familles, on peut se disputer sans que cela remette en cause notre désir d’être et de lutter ensemble», explique Daphni Leef, une jeune femme de 25 ans, la première à avoir dressé une tente sur le boulevard Rothschild à Tel-Aviv pour dénoncer la cherté des loyers avant d’être suivie par des milliers d’autres «campeurs».

Pour le moment, ces «indignés» sont d’accord sur un point. Tous réclament l’instauration d’un «État-providence», autrement dit un nouveau modèle social fondé sur la construction de logements sociaux et une réforme fiscale pour alléger le fardeau pesant exclusivement sur les classes moyennes. Sur ce dernier point, Benyamin Nétanyahou semble prêt à lâcher du lest. Reste à savoir si ces concessions limitées suffiront à calmer le jeu et à diviser les dirigeants d’une contestation protéiforme.

Marc Henry

Le Figaro.fr

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Armand Maruani

Que D…..aide ce petit pays qui veut vivre comme tout le monde malgré le poids énorme de la guerre et le danger permanent que lui imposent des ennemis irréductibles .

deserteagle

Etant ce que l’on pourrait appeler un cas social moi meme je serais tenté de compatir avec les « mécontents ». Mais voila ce qui m’en empeche c’est mon amour pour Sion, mon refus de préférer mon propre bien-etre a celui de mon pays et la crainte de voir nos aquis detruits par l’anachie et la subversion. Exprimer son mécontentement est un droit fondamental mais pour cela il y a une foule des moyens plus civils pour le faire entendre, puis il a les élections. Autre raison est que les revendications, somme toutes justifiées et exprimé par des mouvements de masse ont déja été récuperés et exploités par les agitateurs professionnels a la solde d’intérets étrangers. On n’a pas idee combien d’Israeliens vivent confortablement (dont pas mal des ces manifestants) grace a la « manne » providentielle fournie par des gouvernements et organisations étrangères. La plupart de ces jeunes manifestants ont été gatés trop longtemps et ont pris l’habitude de vivre au dela de leurs moyens.