Même en temps de guerre, même en période de forte tension, l’attachement déraisonnable des Juifs tunisiens à leur ancienne patrie……
Entre deux communiqués de guerre sur I24News, je viens de voir un reportage de Stéphane Calvo sur les visites récentes de touristes israéliens à Djerba et à la Ghriba, réputés être des sites juifs parmi les plus anciens du monde. Le reportage est, comme d’habitude, bien fait, les commentaires pertinents et mesurés, mais l’effet produit sur moi l’est nettement moins.

Résumons la situation pour être le plus objectif possible : du temps du président Ben Ali, les choses étaient plus simples entre Israël et la Tunisie, car l’ancien potentat alliait une rigueur de façade à un grand pragmatisme qui lui permettait de ménager l’allié américain et de faire de son petit pays un havre ensoleillé pour les touristes d’Europe. L’arrivée du soi disant printemps arabe a changé la donne en portant au pouvoir des islamistes qui ont fini par se faire renvoyer dans leurs foyers par le peuple tunisien. Un exemple du fanatisme de ces gens : ils voulaient inscrire au troisième ou quatrième alinéa de leur constitution l’exclusion de toute normalisation avec Israël qui entretenait pourtant avec leur pays des relations discrètes mais bien réelles, notamment au plan touristique.

Cette année, en dépit des événements (non pas présents mais anciens) une agence de voyages israélienne a tout de même organisé ce pèlerinage sur ces sites juifs réputés fort anciens.. Jusqu’ici tout va bien. Mais quand on voit les effusions, l’émotion de ces dames et de ces hommes sur la terre où ils ont vu leur jour, on ne comprend pas que des citoyens israéliens d’origine judéo tunisienne se comportent de la sorte. Surtout, quand on se souvient des circonstances de leur départ précipité de ce pays et des menaces pesant jadis sur eux.

On ne comprend pas cet attachement déraisonnable à un pays qui clame encore haut et fort cet amour et cet attachement à une terre, venant de personnes qui durent quitter précipitamment leur pays natal, laissant tout derrière eux. Et qui reviennent clamer, la larme à l’œil, leur attachement à ce pays qui les a rejetés en raison de leur religion..

Que l’on me comprenne bien : on peut comprendre de tels sentiments et il est même bon de les éprouver. Mais de toutes les communautés exilées (galouyot), les juifs tunisiens sont les seuls à nourrir un attachement aussi déraisonnable à un pays qui les a rejetés. Et qui continue de le faire. La Tunisie tirait du tourisme et de la cueillette des olives, donc de l’huile, l’essentiel de ses revenus. Le geste fait tient donc compte, au plus haut point, de cet intérêt vital pour le pays.

Je dois néanmoins rendre hommage à cette ministre tunisienne du tourisme, accusée en pleine session du Parlement local presque de collusion avec l’ennemi sioniste (sic) : je ne fais que citer. Certes, elle est venue saluer les touristes israéliens, mais a refusé de se montrer avec l’organisatrice à la télévision. Elle aussi, je la comprends et tiens à lui rendre hommage, car seuls les êtres de bonne volonté peuvent rétablir la confiance et la fraternité entre les hommes. Elle s’est bien défendue dans sa réponse, arguant qu’on ne pouvait pas discriminer des gens, des visiteurs, en raison de leur appartenance religieuse. Il est vrai que cette talentueuse jeune femme a été formée en Allemagne et n’a donc pas d’œillères.

Mais j’avoue, quand je relis les discours des gens d’Ennahda et même de l’actuel président tunisien, ne pas comprendre cet attachement étrange pour un pays qui poursuit Israël d’une haine quasi inexpiable. Et qui a maintes fois, dans le passé récent, exprimé sa solidarité avec le Hamas, ennemi juré de l’État hébreu.

Ce sont des mémoires brisées, des vies déchirées, des destins brisés. Mais tout de même, il faut cesser de dire que ces sites sont les plus anciens et remonteraient à l’époque de la déportation en Babylonie ou après la destruction du second temple.

Je me souviens de quelques déclarations bien senties d’Ernest Renan sur l’ignorance qui fait le lit de la légende. Et le public non cultivé offre à son âme non pas des pâturages de rêve mais un rêve de pâturage. Mais les briques à l’œuf ou le complet poisson sont profondément enracinés dans l’imaginaire culinaire des uns et des autres.

Renan disait que l’on lit sa foi dans les textes sacrés plus qu’on ne l’y puise……

Maurice-Ruben HAYOUN

in Tribune de Genève du 2 août 2014

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archakoum

Monsieur le Professeur,
Vous êtes spécialiste de tant de choses du judaïsme et de l universel aussi,
Votre opinion compte , elle est respectée ,
Concernant notre attachement à notre terre natale , le mot irraisonné,est juste tellement juste
Qu importe en vérité que les vestiges datent de 1000 ou 2000 ans,?
Qu avons nous ressenti en partant ? Certains diront soulagement , d autres plus nombreux , mon père de mémoire bénie , disait on quitte un paradis
La mémoire est sélective
Nos souvenirs sont les fêtes , les réunions, les joies, les plages et les surboum pour les plus jeunes , les granites et les belotes pour nos anciens, à part , je parle de l année 1961 , quelques manifestations dite de Bizerte où l’on conspuait DeGaulke , je ne me souviens guère d un antijudaisme larvé ou revendiqué
Les juifs étaient, souvent à tort assimilés aux français, de là vinrent les quiproquo
La Tunisie est pour beaucoup d entre nous comme une mère qui nous aurait mal compris,comme la France en ces jours noirs nous comprend si mal
Si , qu à D ne plaise nous devions la quitter nitre belle France, devra t on ne la plus revoir à cause de son ingrate incompréhension?
Non , certes pas, ainsi est il de la Tunisie qui nous a nourri et que nous avons nourri,
Posons nous l autre question, pourquoi cette haine raisonnée pour les juifs de Pologne , d Ukraine, de Hongrie etc…pour leurs terres natales
La réponse à cette simple question est, Monsieur le Professeur , une réponse à votre interrogation
Votre respectueusement
Felix

David

Entièrement d’accord et c’est quasiment insupportable.

Il n’y a aucune discussion sur quel que sujet que ce soit, dans laquelle on n’entend pas ‘tunisien’ ou ‘tunisie’ au bout de 3 mn.

Le comble a été atteint je crois par un restaurant de plage à Netanya qui s’appelait ‘ma tunisie’.

Faire son alya pour rever de retrouver la tunisie en Israel, c’est lamentable.

KAKO 5

Il y a meme des Israeliens ( majorite Arabe) qui passent leurs vacances en Turquie…. Toujours des personnes qui n’ont aucun sentiment, Que faire? Mais c’est vrai, nous ne devons plus nous rendre dans ces pays qui veulent notre destruction. Faites le boycot dans votre tete, Ne donnez plus votre argent aux Arabes, Achetez uniquement chez les juifs.

André

Oui, c’est très curieux et typique de nombreux juifs d’Afrique du Nord ayant totalement occulté de leur mémoire la conditions réelle des juifs sous l’islam au Maghreb pour ne plus se souvenir que d’un soit disant « paradis perdu » qui devait beaucoup en réalité à la présence dissuasive de la France dans ces pays.

Parce qu’avant l’arrivée des Français (et même pendant à certains moments) il faut se plonger dans les livres d’histoire comme « L’Exil au Maghreb-La condition juive dans l’Islam (1148-1912)  » et « Juifs en pays arabes : Le grand déracinement 1850-1975 » pour connaître la réalité…

Et là c’est vraiment édifiant le mépris et la violence que subissaient les dhimmis juifs de façon récurrente de la part des musulmans.