Journée internationale de la Femme: sous-représentée, sous-payée et assumant la totalité du fardeau domestique.Zero. C’est le nombre de femmes qui siègent à la tête des 15 hôpitaux d’Israël, ses 68 entreprises publiques et ses forces de police.

Alors que les femmes représentent 64% des employés dans le secteur public en Israël, seulement 11% occupent des postes de direction.

Dans les 30 bureaux ministériels, seuls six sont dirigés par des femmes.

Les salaires des femmes en moyenne s’élèvent à 7244 shekels (env 1.500 euros) par mois, soit 34% de moins que les hommes.

Ceci est juste un avant-goût des chiffres officiels navrants publiés la semaine dernière en Israël avant la Journée internationale de la femme que le monde entier célèbre le 8 mars.

C’est presque un cliché, mais les femmes sont sous-représentées partout et dans presque tous les domaines, elles sont sous-payées par rapport aux hommes et sont plus exposées à la violence.

Pourtant, les statistiques en Israël semblent particulièrement sombres pour un pays qui se targue d’être un leader dans la science, la technologie, l’éducation, les arts et bien d’autres domaines.

A entendre certains hommes, le problème n’est ni sociétal, ni structurel. Il est lié aux femmes elles-mêmes. « Une femme médecin ne sera généralement pas en mesure d’investir le même temps dans son travail qu’un homme, et seulement un petit pourcentage accèdera à des postes de direction hospitalière ou académique ».

C’est ainsi que le professeur Gabi Barabash, directeur de puis près de 20 ans de l’hôpital Ichilov, l’un des plus grands hôpitaux d’Israël, a expliqué la faible représentation de femmes à des postes supérieurs, en réponse à un rapport cinglant du Contrôleur général de l’Etat d’Israël sur la représentation des femmes dans le secteur public.

Les remarques peu judicieuses de Barabash sont le fidèle reflet d’un phénomène trop répandu : dans la plupart des pays, les femmes représentent au moins la moitié de la force de travail (même à Ichilov où 47 % des médecins sont des femmes), et plus de la moitié des titulaires de diplômes universitaires. Pourtant, la plupart trébuche au moment d’arriver au sommet à la minute même où elles ont des enfants.

Le Forum économique mondial a récemment publié un rapport montrant que les pays aux économies les plus puissantes sont ceux qui ont trouvé les solutions pour l’avancement dans la carrière des femmes après leur maternité.

Jusqu’à présent, le gros de la stratégie mondiale dans ce domaine a porté sur l’allégement du fardeau domestique pour les mères par divers mécanismes sponsorisés par les entreprises ou subventionnés par l’État : des gardes d’enfants dans les grandes entreprises, des déductions d’impôt pour les frais de garde d’enfants, des crèches subventionnées, la flexibilité des horaires, etc…

Dans la fonction publique en Israël, par exemple, les mères de nourrissons et d’enfants en bas âge peuvent rentrer chez elles une heure plus tôt que les hommes.

Aussi progressif que ce soit, apparemment cela ne fonctionne pas,car ces mesures sont tout simplement inadéquates, Cette stratégie ne fait que perpétuer simplement une réalité selon laquelle le fait que les femmes assument fatalement la presque totalité des charges domestiques.

La réponse ne réside pas tant dans les tentatives de promouvoir l’égalité des femmes au travail, mais plutôt dans la promotion de l’égalité des hommes à la maison.

Certes, les hommes ne peuvent pas allaiter (bien qu’un jour, cela pourra être possible, à force de manipuler la biologie dans tous les sens).

Mais les femmes disposent aujourd’hui de tire-lait et les hommes peuvent nourrir les bébés. Il n’y a rien dans l’anatomie des hommes qui les empêche de changer les bébés, de les ramener à la maison du jardi d’enfants, de les emmener aux activités parascolaires, de les aider à faire leurs devoirs, de rester à la maison avec eux lorsqu’ils ils sont malades, de leur préparer à manger.

Le cercle vicieux selon lequel, les hommes sont ceux qui ramènent l’argent au foyer et ne peuvent donc pas prendre le temps de s’occuper de leurs enfants est une dérobade totale de la part des hommes.

S’il leur fallait rentrer à la maison à temps pour chercher les enfants à l’école, les femmes pourraient rester davantage au travail en cas de besoin, progresser dans leur carrière et ramener à la maison un salaire plus élevé.

Après tout, nous sommes souvent plus instruites que les hommes et nous avons prouvé que nous avions des compétences supérieures en gestion.

Il faut tout d’abord commencer avec le congé de paternité : qu’il soit accordé et payé généreusement. L’Europe, comme d’habitude avec ses avantages sociaux, est à la pointe de cette tendance.

En Italie, les nouveaux pères obtiennent jusqu’à trois mois de congé payé. De nombreux pays permettent aux parents de prendre jusqu’à deux ans (France), voire même trois ans (Espagne) de congé sans solde. Certains sont encore plus généreux : l’Allemagne permet aux nouveaux parents de prendre jusqu’à 14 mois de congé parental en conservant 65% de leur salaire.

Au Royaume-Uni, d’ici un an, les parents pourront prendre un congé de 12 mois. En Norvège, en Suède et en Islande, une partie du congé parental est réservée exclusivement aux pères. Il y a plus d’une décennie, la Californie devenait le premier État américain à garantir six semaines de congé parental payé pour les mères et les pères. Depuis lors, plusieurs autres États lui ont emboîté le pas. Google offre aux hommes sept semaines, Yahoo, huit, et Facebook dix-sept.

En Israël, une législation est en attente d’être adoptée, qui offrirait un congé de huit minables petits jours aux pères.

Liza Mundy, auteur et chercheuse en sciences sociales, qualifie le congé de paternité de  » forme brillante et ambitieuse d’ingénierie sociale ». Elle a tellement raison. C’est un outil de modification du comportement qui façonne liens parentaux et les habitudes pour toujours.

Un père qui a tenu son bébé si fragile sur ​​sa poitrine, qui l’a serré dans ses bras, l’a caressé, lui a changé les couches et l’a lavé, qui a ainsi ressenti un amour et une émotion intense pour cette minuscule créature dépendante, est beaucoup plus susceptible de vouloir maintenir ce lien fort par la suite.

Un chef d’entreprise qui reste à domicile avec son nouveau-né pour quelques semaines autorisera, espérons-le, son personnel masculin à en faire autant.

L’opportunité de la parité doit se faire dans les deux sens: pour les femmes en direction du travail, pour les hommes vers la maison.

Ruti Sinai/ I 24 NEWS Article original

Ruti Sinai est une journaliste et commentatrice israélienne

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