Luis Fernandez : «Je suis admiratif des progrès du football israélien »
Propos recueillis par Michaël Bloch et Mathias Sabah pour Guysen
Nommé entraineur de la sélection israélienne en mars 2010, Luis Fernandez a débarqué en Israël depuis quelques jours. Reçu mercredi 12 mai à l’ambassade de France par Son Excellence Cristophe Bigot, « Luis » s’est livré à une conférence de presse improvisée, parlant de son espoir de voir Israël enfin qualifié pour une compétition internationale, de son avis sur la sélection de Raymond Domenech ou de son attachement à Israël.

Guysen : Quel est votre opinion sur le niveau du football israélien ?
Luis Fernandez : Il progresse, il s’améliore. J’ai vu quelques matchs en Israël. J’ai apprécié la passion, l’envie et la volonté d’essayer un jour de se qualifier pour une compétition internationale.
Guysen : Vous vous êtes engagés à qualifier Israël pour l’Euro 2012 ?
Luis Fernandez : Je vais essayer. C’est un challenge.
Guysen : Vous êtes optimiste ?
Luis Fernandez : Quand je m’engage dans quelque chose, c’est toujours pour y arriver, non ?
Guysen : Est-ce que vous allez faire des changements ?
Luis Fernandez : La première chose quand on arrive dans un nouveau club ou sélection, c’est d’observer. Puis on essaye de voir ce qu’on peut changer pour améliorer le niveau, en apportant sa petite touche. Chacun a sa méthode, sa façon de faire.
Guysen : Il y a une chance qu’Israël rencontre l’Equipe de Palestine ?
Luis Fernandez : Je ne sais pas. Ce n’est pas moi qui décide de cela.
Guysen : Mais, si c’était vous ?
Luis Fernandez : Ce n’est pas moi qui décide.
Guysen : Vous aimeriez voir un match Israël-Palestine ?
Luis Fernandez : Le plus important pour moi, c’est d’arriver en Israël, d’entrainer la sélection, de réussir à gagner des matchs et à élever le niveau. Le reste, c’est du ressort de la fédération.
Guysen : Israël joue contre l’Uruguay le 28 mai. Vous allez donner des informations à la France qui joue contre eux à la Coupe du Monde ?
Luis Fernandez : Non. Le plus important, c’est Israël. Les français ont suffisamment d’observateurs pour obtenir leurs propres informations tous seuls.
Guysen : Est-ce le plus grand défi de votre carrière ?
Luis Fernandez : C’est un grand défi, c’est la première fois que je suis sélectionneur. J’ai envie de le réussir. Cela fait 40 ans qu’Israël cherche à se qualifier pour une compétition internationale. On va mettre tous les moyens de notre coté mais c’est un travail collectif (staff, joueurs, supporters).
Guysen : Parviendrez-vous à faire changer les mentalités ? On se souvient de l’expérience difficile de Lothar Mathaus au Maccabi Netanya.

Luis Fernandez : Moi, je connais la culture, le pays. J’ai déjà travaillé ici. Il n’y a pas de problèmes.
Guysen : Comment vous expliquez que la sélection israélienne n’arrive pas à passer un cap alors qu’ils ont des bons joueurs ?
Luis Fernandez : Elle a progressé. Elle s’est améliorée. Je regarde souvent le football israélien : les clubs ou la sélection. Mais, il faut que les infrastructures suivent. C’est un pays petit et encore jeune. Pour autant, je suis admiratif de ses progrès.
Guysen : Qu’est ce qui manque à la sélection israélienne ?
Fernandez : De la chance, de la réussite, de la conviction.
Guysen : Qu’avez vous pensé de la sélection de Domenech mardi soir ?
Luis Fernandez : C’est son problème, ce sont ses choix. Mais je ne suis pas content que Karim Benzema ne soit pas sélectionné dans les « 30 ». Je suis un peu déçu.
Guysen : Vous êtes pessimistes pour la Coupe du Monde ?
Luis Fernandez : Je pense que cela va être difficile. Mais, il faut faire très attention. En 2006, la situation était plutôt similaire et on est arrivé jusqu’en finale. La France a des talents…
Guysen : Autant qu’en 2006 ?
Luis Fernandez : Il n’y a peut-être pas les mêmes leaders qu’en 2006. Il n’y a pas Makelelé, Zidane, Thuram et Vieira.
V Guysen : ous l’auriez pris vous Vieira pour la Coupe du Monde?
Luis Fernandez : Quand il avait 18 ans, il a débuté chez moi. Donc, en tant que sélectionneur, je l’aurais pris aujourd’hui. Mais c’est compliqué…
Guysen : La sélection israélienne, c’est une étape pour devenir un jour sélectionneur de l’Equipe de France ?
Luis Fernandez : Non. Ici, je suis motivé pour le challenge, pour qualifier la sélection israélienne pour l’Euro 2012. J’espère qualifier la sélection. J’aime beaucoup Israël, j’ai toujours été profondément attaché à Israël. Après, il faut travailler et bien faire les choses.
REPORTAGE – Luis Fernandez et son épouse ont débarqué avec majesté et le sourire aux lèvres autour de 19 heures dans le magnifique jardin de la résidence de l’Ambassadeur a Yaffo. Luis (tout le monde l’appelle par son prénom) a été immédiatement encerclé par la presse. Plus de 30 journalistes étaient scotchés autour de lui durant la conférence. Il est arrivé avec des chaussures en daim et sans cravate à la résidence de France. Il est retourné dans sa résidence de luxe de Tel-Aviv (son salaire tourne autour de 400 000 euros !) sans même avoir dégusté les excellentes spécialités offertes (une table portait le sigle “casher”).
Le journaliste de RFI lui a mis, lors d’une mini-bousculade, le micro en plein visage. Un photographe a même grimpé sur un arbre pour avoir la meilleure photo du jour. Luis Fernandez doit être à ce jour le Français le plus aimé d’Israël. Le journaliste d’IsraelValley, Maxime Perez, a joué les traducteurs auprès de la presse qui voulait avoir une traduction précise des mots magiques de Luis.
N’ayant rien entendu (car pas assez fort pour bousculer les journalistes radio et trouver une place autour de la celebrité) lors de la conférence de presse improvisée, l’auteur de ces lignes ne peut rien écrire sur ce qu’a dit Luis. C’est pas grave, on le verra bientôt a la télé.—
ISRAELVALLEY PLUS
Dans Le Monde.fr : « Depuis quelques semaines, les médias israéliens avaient fait état de contacts avancés entre Fernandez, qui a déjà entraîné par le passé l’équipe du Betar Jérusalem, et le président de la fédération israélienne, Avi Luzon . Selon le quotidien Yediot Aharonot, son salaire annuel devrait être de l’ordre de 400 000 euros.
L’ex-gloire du PSG, dont le nom circule souvent dès lors qu’un club est en difficulté, relève donc un défi de taille en prenant une sélection en main, avec l’objectif de la qualifier pour l’Euro 2012. Israël est dans le groupe F, avec la Croatie, la Grèce, la Lettonie, la Géorgie et Malte. “Nous sommes contents d’avoir Luis Fernandez comme entraîneur. C’est le meilleur choix. Il connaît bien la mentalité du football israélien”, a déclaré M. Luzon lors d’une conférence de presse conjointe avec le technicien français à Ramat Gan, dans la banlieue de Tel-Aviv. « Ce sera un grand challenge, a confirmé Fernandez. “Nous avons beaucoup de talents ici et je ferai mon maximum.”
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Luis Fernandez, né le 5 octobre 1959 à Tarifa (Espagne), est un ancien footballeur français évoluant au poste de milieu défensif. Il est actuellement le sélectionneur de l’équipe d’Israël de football. Il est animateur radio de Luis Attaque sur RMC du lundi au jeudi et animateur télé du Luis Football Tour sur Orange Sport chaque vendredi.
Après une saison de formation à l’AS Minguettes, c’est à AS Saint-Priest qu’il fera ses gammes. Alors qu’on l’imagine signer dans le club phare de la région, l’Olympique lyonnais, c’est au Paris Saint-Germain que Luis Fernandez signe son premier contrat professionnel, à l’âge de 19 ans. Rapidement, il s’affirme comme un solide milieu de terrain défensif, une condition physique exceptionnelle le rend redoutable dans la récupération du ballon, mais également capable de relances précises. Il remporte ses premiers succès en 1982 et 1983 avec deux coupes de France consécutives.
Au même rythme que le club de la capitale, il connaît une progression linéaire qui lui permet d’être appelé en équipe de France à la fin de l’année 1982. À seulement 23 ans, Luis Fernandez s’impose immédiatement comme un titulaire indiscutable au sein de la formation pourtant demi-finaliste de la Coupe du monde 1982 quelques mois plus tôt. Au milieu de terrain, il forme aux côtés de Tigana, Giresse et Platini un milieu de terrain de rêve surnommé le “carré magique”. Avec les Bleus, Fernandez remporte l’Euro 1984 en France.
Alors qu’il achève un championnat 1985-1986 sur la plus haute marche du podium avec le PSG, il se présente en favori de la Coupe du monde 1986 au Mexique. Lors de ce tournoi, Fernandez se distingue notamment par son égalisation face à l’URSS au premier tour, mais également en inscrivant à Guadalajara le tir au but victorieux contre le Brésil en quart de finale, match rentré dans la légende du football français.
Au lendemain de la Coupe du monde, Fernandez rejoint le Matra Racing de Jean-Luc Lagardère, club résident à Colombes (92) au mythique Stade Yves Du Manoir. Il touche à cette époque l’un des plus gros salaires du football français. Malgré la pléiade de stars : Enzo Francescoli, Maxime Bossis, David Ginola, Bernard Casoni ou encore Pascal Olmeta, le club enchaîne les saisons décevantes pour finalement sombrer financièrement. Personnellement, il connaîtra une grosse blessure au genou qui l’empêchera de jouer pendant plusieurs mois et on craint à une fin de carrière prématurée.
Luis Fernandez rejoint alors l’AS Cannes en 1989, formation modeste, qui mise essentiellement sur la formation. Cannes est le seul club à croire qu’il est définitivement guéri de sa blessure au genou. Il dispute la coupe d’Europe la saison suivante mais descend en deuxième division à l’issue de la saison 1991-92. Bien qu’en fin de carrière et dans un club de seconde zone, Fernandez restera en équipe de France. Mais Luis n’est plus titulaire chez les Bleus, le sélectionneur Michel Platini l’utilise comme joueur d’appoint. Luis Fernandez participe à la campagne de qualification à l’Euro 1992 (8 victoires en 8 matchs) en inscrivant un magnifique but en ciseaux contre l’Espagne. La France, favorite de l’épreuve, est éliminée au premier tour de la compétition.
Il prend alors sa retraite internationale. Sa retraite sportive intervient quelques mois plus tard, lorsqu’il accepte de devenir l’entraîneur de Cannes après quelques journées de championnat.—
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