La présidente de la Commission de l’Union
africaine (UA) a appelé mercredi l’Egypte et l’Ethiopie à négocier pour
trouver une solution dégagée du « contexte colonial » à leur différend autour
d’un projet de barrage éthiopien sur le Nil- Bleu, qui rejoint le Nil-Blanc au
Soudan pour former le Nil.Les autorités égyptiennes, qui craignent que le projet éthiopien de
construction du barrage Grand Renaissance sur le Nil-Bleu ne réduise le débit
du Nil, vital pour l’Egypte, ont adopté un ton menaçant depuis que l’Ethiopie
a commencé fin mai à dévier le cours du Nil-Bleu sur 550 m dans le cadre de
ces travaux.
« Il doit y avoir des discussions autour de ces questions, des discussions
ouvertes mais qui doivent avoir pour objectif d’aboutir à une situation
+gagnant-gagnant+ », a déclaré la présidente de la Commission de l’UA,
Nkosazana Dlamini-Zuma, lors d’une conférence de presse à Addis Abeba, siège
de l’organisation.
Les deux parties doivent trouver une solution « dans un contexte nouveau qui
ne soit pas celui créé par les puissances coloniales », mais qui soit un
contexte « panafricain », a-t-elle poursuivi sans plus de détail.
L’Egypte considère que ses « droits historiques » sur le Nil sont garantis
par des traités de 1929 et 1959, lui accordant un droit de veto sur tout
projet en amont qu’elle jugerait contraire à ses intérêts.

Ces textes sont toutefois contestés par la majorité des autres pays du
bassin du Nil – dont l’Ethiopie – qui ont conclu un accord distinct en 2010
leur permettant de réaliser des projets sur le fleuve sans avoir à solliciter
l’approbation du Caire.
Le président égyptien Mohamed Morsi a martelé le 10 juin que « toutes les
options étaient ouvertes » pour défendre les intérêts de l’Egypte et que « si
une seule goutte du Nil est perdue, notre sang sera la seule alternative »,
tout en assurant ne pas « appeler à la guerre ».

« L’eau est une question de vie ou de mort pour le peuple égyptien. L’eau
est une affaire de sécurité nationale », avait indiqué le même jour le Premier
ministre égyptien Hicham Qandil en annonçant une prochaine visite – à une date
non précisée – du chef de la diplomatie égyptienne à Addis Abeba.
Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères éthiopien, Dina Mufti,
a assuré mercredi que le chef de la diplomatie égyptienne était le bienvenu.
Mais l’Ethiopie a d’ores et déjà rejeté l’idée de renoncer au barrage,
d’une capacité à terme de 6.000 megawatts – l’équivalent de 4 réacteurs
nucléaires – et d’un coût de 3,2 milliards d’euros. Addis juge l’ouvrage
indispensable pour répondre à ses besoins en énergie.
Et M. Dina a dénoncé mercredi le langage du président Morsi, qualifié de
« rhétorique violente ». Il a ajouté qu’en dépit des tentatives d' »intimidation »
de l’Egypte, l’Ethiopie ne se « soumettrait pas ».

ADDIS ABEBA, 12 juin 2013 (AFP)

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