Après trois jours de sourires d’accolades et de déclarations d’amour et de solidarité, Barack Obama a réussi à séduire une partie des Israéliens et à se réconcilier avec Byniamine Nétanyaou. Mais le Président américain sait pertinemment qu’au delà des grands discours et des belles aspirations, il lui sera bien difficile de dénouer le nœud gordien de la réalité proche-orientale. Voici à chaud les principales conclusions de sa visite :

– 1. Obama reconnait ses erreurs

Aavec quatre ans de retard, Barack Obama a compris qu’il s’était fourvoyé dans sa relation avec Israël : si avant ou après son discours à l’université du Caire, le 4 juin 2009, le président américain s’était arrêté à Jérusalem pour s’adresser aux Israéliens comme il l’a fait jeudi au Byniané Haouma devant un parterre de 2000 jeunes étudiants séduits, s’il avait opté d’emblée pour une approche plus « clintonienne », le processus de paix avec les Palestiniens ne serait peut-être pas dans l’impasse actuelle. Le Président a d’ailleurs reconnu, à demi-mots qu’il s’était mépris en flattant le monde arabe puis en humiliant Netanyahu. Et pour cause : quatre ans plus tard, le monde arabe s’est radicalisé tandis que Netayahu est toujours là. Le responsable de cette erreur d’aiguillage n’est autre que le maire de Chicago Rahm Emmanuel, qui à l’époque avait été bien mal inspiré de prendre conseil auprès d’un Yossi Beilin aigri et frustré par l’échec de son processus d’Oslo. Le mérite de Barack Obama est donc d’avoir changé de stratégie. Mieux vaut tard que jamais.

– 2. Parler aux Israéliens, en contournant leurs dirigeants

Au lieu de mettre Nétanyahu le dos au mur comme cela s’est produit durant son premier mandat, Obama a désormais opté pour une double approche : celle de la réconciliation avec le Premier ministre, mais surtout celle du dialogue direct avec les Israéliens, par-dessus la tête de leurs dirigeants. C’est la raison pour laquelle il a préféré les étudiants du Palais de la Nation aux élus de la Knesset. Et concrètement, si Obama a couvert son nouvel ami « Bibi » de compliments, c’était presque pour l’amadouer afin qu’il le laisse s’adresser directement aux Israéliens. Ce faisant, le président américain a été très clair devant les jeunes: il leur a fait comprendre que s’ils avaient réussi à « s’indigner » sur le boulevard Rothschild pendant l’été 2011, il était de leur devoir de se mobiliser aussi pour promouvoir la paix avec les Palestiniens. Jeudi, c’est tout juste si le président américain ne les a pas appelés à descendre dans la rue pour destituer tout gouvernement qui refuserait d’aller de l’avant dans le processus de paix. Tout autre qu’Obama se serait vu accusé d’ingérence dans les affaires intérieures de l’Etat d’Israël. Mais le Président américain fait partie des Intouchables . Véritable bête de scène, il a su faire les gestes qu’il faut, dire les mots qui touchent, pour séduire les étudiants qui l’ont ovationné comme s’il était une star de cinéma.

– 3. L’essentiel et l’accessoire

D’ordinaire, lors d’une visite de cette envergure, il y a l’essentiel et l’accessoire :

l’essentiel ce sont les discussions de travail sur les dossiers brûlants.

Quant à l’accessoire, il s’agit de tout le « folklore » qui enveloppe l’essentiel comme la gestuelle, les paroles chaleureuses, les sourires et autres étreintes plus ou moins programmées. Dans le cas de la visite d’Obama c’est exactement le contraire : cette fois, c’est l’accessoire qui est devenu l’essentiel et l’essentiel qui a quasiment servi de prétexte à l’accessoire. Certes, au cours de leurs 5 heures de discussions, Obama et Netanyahu ont bel et bien débattu des dossiers cruciaux tels que la menace nucléaire iranienne, la Syrie, ou la situation des Palestiniens. Toutefois, l’essentiel n’était pas de régler les conflits, mais de permettre à Obama d’entamer une nouvelle lune de miel avec Israël et ses leaders politiques. En ce début de second mandat, Obama , apparaît donc comme plus pragmatique mais aussi probablement plus humble face à la complexité du Proche-Orient. Il comprend également que le règlement du conflit israélo-palestinien n’est pas pour demain, et cela explique pourquoi il n’a pas présenté de plan de paix ni à Jérusalem ni à Ramallah. Cela ne l’empêche pas d’explorer toutes les opportunités. Afin de pouvoir quitter dans trois ans et demi, la Maison Blanche, la conscience tranquille.

– 4. Un discours a deux vitesses :

Au Palais de la Nation, Obama a prononcé un discours à deux vitesses .

La première consistait en un véritable travail d’approche. Le Président a subjugué son jeune public en lui garantissant le soutien inconditionnel des Etats-Unis (« Atem lo levad », vous n’êtes pas seuls). Il l’a amusé en affirmant que ses disputes avec « Bibi » étaient destinées à alimenter l’émission satyrique « Eretz Neederet » un titre qu’il a prononcé en hébreu. Et il l’a rassuré en appelant les Palestiniens à reconnaître Israël comme état du peuple juif, à rejoindre la table des négociations sans conditions préalables comme l’exige Nétanyahu, et à cesser leurs initiatives unilatérales a l’ONU. Apres avoir ainsi habilement préparé le terrain et conquit son auditoire , Obama a lancé son offensive pacifique en demandant aux jeunes étudiants de se mettre à la place de leurs vis-à-vis palestiniens, en expliquant qu’occupation et démocratie ne pouvaient coexister et en rappelant que Sharon avait dit que celui qui voudrait concrétiser le rêve d’un Etat juif et démocratique sur toute « Eretz Israel »(en hébreu, là-encore !) risquait de perdre l’un et l’autre. Et il a répété que la seule issue possible restait celle de « deux états pour deux peuples ». A chaque fois, les jeunes étudiants en extase ont applaudi à tout rompre.

– 5 L’Iran ou les Palestiniens ?

Binyamin Netanyahu aurait voulu que l’Iran soit le dossier central de cette visite . Mais au Palais de la Nation, Obama lui a rappelé que sa priorité devait être de régler le conflit avec les Palestiniens. Obama a certes voulu rassurer Netanyahu sur la menace iranienne : « Nous comprenons votre inquiétude mais nous estimons que l’heure est encore à la négociation » avait dit Obama. Un avis que le Premier ministre ne partage pas. Nétanyahu estime en effet, que l’Iran sera nucléaire dans quelques mois tandis qu’Obama parle d’un an. Mais sur le fond, Obama espère avoir réussi à préserver… l’essentiel : après une telle visite, il est peu probable que Nétanyahu déjà très affaibli politiquement, ose lancer Tsahal dans une périlleuse opération contre les installations nucléaires iraniennes sans en avoir référer à la Maison Blanche. Par contre en s’aidant de la médiation de John Kerry il n’est pas impossible que Palestiniens et Israéliens acceptent de revenir à la table des négociations. De là à parvenir à un accord….

– 6 Entre aspirations et réalité

…. Il y a une marge importante entre le discours d’Obama à Jérusalem et sa concrétisation dans les faits : c’est une chose de parler des aspirations des jeunes palestiniens à un Etat et d’exprimer sa foi en « deux Etats pour deux peuples ». C’en est une autre de réaliser ces aspirations. Les Israéliens, les Palestiniens et même les Américains le comprennent. Pour cela, il faudrait qu’il y ait, de part et d’autre, des leaders d’envergure capables de provoquer l’Histoire et non de la subir. Il n’est pas sûr qu’Obama , Netanyahu et Abbas aient cette étoffe. D’ailleurs, même la Diva du processus de paix, Tzipi Livni a admis que la « traduction du discours d’Obama dans la réalité régionale serait bien difficile » .

– 7 Modérer les ardeurs des médias israéliens

Arad Nir est le spécialiste en politique étrangère de la Seconde Chaine de Télévision. Jeudi soir, deux heures après la fin du discours d’Obama, Nir était encore sous le coup de l’émotion : « On ne voudrait jamais se réveiller du rêve dans lequel le président américain nous a plongé » a-t-il lancé durant le JT de 20 heures. A l’instar de Nir, la presse et les médias israéliens se sont littéralement prosternés aux pieds de Baack Obama. Pendant trois jours, il n’y en a eu que pour Barack Obama. Les chaines de télévisions ont couvert la visite en permanence. Chaque geste , chaque parole, chaque déplacement du président américain a été diffusé en direct et commenté en différé. Totalement sous le charme d’Obama, ils ont rivalisé en superlatifs pour qualifier le Président américain et son discours à Jérusalem : « Brillant », « Génial » « Charismatique », « Historique » « transcendant » « remarquable », pour n’en citer que quelques uns. Il serait bon de suggérer à certains journalistes rêveurs, tels qu’Arad Nir, de consulter la presse et les sites d’info américains. Leurs sentiments sur ce séjour présidentiel paraissent nettement plus contrastés. Tom Friedman, le célèbre éditorialiste du New York Times, quotidien maison d’Obama , s’est montré réservé en écrivant « qu’Obama était le premier président américain à venir en Israël en touriste », sous-entendu, sans plan de paix. Pour le Washington Post, les sourires et accolades entre Netanyahu et Obama étaient « surfaits et prémédités » : « Sur le fond, les divergences de vues entre les deux leaders demeurent ». Le site Slate a qualifié la visite d’Obama « de grande erreur ». Et sur le site Atlantico, on a expliqué que « Nétanyahu affaibli par les dernières élections avait besoin d’Obama ».

En résumé, la visite présidentielle a certainement amélioré le climat des relations entre Netanyahu et Obama, entre Israël et les Etats-Unis. Et c’est, en soi, important. Mais au-delà des bonnes intentions exprimées par le locataire de la Maison Blanche, au-delà de son talent naturel, rien n’est réglé. Loin de là. Dans le meilleur des cas, la visite d’Obama pourrait permettre la relance du dialogue israélo-palestinien. 20 ans après la signature des accords d’Oslo, il s’agit là, on en conviendra d’une constatation bien pathétique.

Daniel Haïk Jérusalem

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Maguid

Avec tout le respect que je dois à Daniel Haïk, comme d’ailleurs je je dois à tout le monde, ni plus ni moins, par honnêteté morale, j’ai l’humble devoir de dire que là, il est dans l’erreur. L’erreur qui consiste à confondre: CHANGEMENT DE STRATEGIE, avec:
CHANGEMENT D’OBJECTIF.
C’est le moins que l’on puisse attendre de la part d’un RENARD comme ce roîtelet HOUSSEIN D’AMERICANIE: de la ruse, toujours de la ruse et rien que de la ruse. Toutes ses manigances auront du mal à me convaincre que d’ami et allié indéfectible de l’islamisme, de la « cause » palo, il se soit métamorphosé en ami des JUIFS. Il a beau être génial, on ne peut pas être, à la fois, l’ami de la chèvre et du chou.

Armand Maruani

Les plus satisfaits sont les Juifs américains qui en ont eu pour leur argent . Pour le reste  » wait and see  » .