De plus en plus d’indices laissent à penser que Bachar al-Assad utiliserait des armes chimiques contre les rebelles syriens. Si cela était avéré l’implication directe dans le conflit de la communauté internationale, à commencer par les Etats-Unis et par la France, en serait fortement modifiée. Barack Obama avait prévenu qu’il ne fallait pas franchir cette ligne rouge sous peine d’intervention militaire.

L’enquête de Frédéric Helbert dans Paris Match affirme que Bachar al-Assad utilise des armes chimiques contre les rebelles syriens. Les photos publiées par l’hebdomadaire sont insoutenables : des enfants rongés par des maladies mystérieuses, la peau qui part en lambeaux, des plaies inguérissables, des paralysies, la perte de la mémoire. Pour les médecins libanais qui ont vu ces réfugiés à leur arrivée au Liban, seules des armes chimiques peuvent être à l’origine de tels symptômes.

« Cet enfant ne regarde plus personne, ne voit plus personne, n’entend plus personne et vit emmuré dans son monde », explique Frédéric Helbert, grand reporter à Paris Match. « Il a été victime d’un bombardement à Homs et il est victime d’une histoire qui est récurrente et que j’ai retrouvée tout au long de mon enquête quelque soit le lieu. »

Toutes les victimes racontent la même chose : une bombe est tombée, elle a un faible pouvoir détonant explosif mais dégage des fumées nauséabondes et toxiques, soit jaunes, soit blanches et des odeurs épouvantables. Un jour, deux jours, une semaine ou un mois après, apparaissent des lésions chez les gens qui n’étaient pas dans le périmètre immédiat de l’explosion. Les médecins libanais qui ont vu ces réfugiés à leur arrivée au Liban, estiment que seules des armes chimiques peuvent être à l’origine de telles blessures.

« Dans les hôpitaux de Médecins sans frontières dans les territoires de l’opposition au nord de la Syrie, nous n’avons pas vu encore de blessés présentant des symptômes d’armes chimiques, mais nous sommes très vigilants », explique Fabrice Weissman, conseiller à la direction de Médecins sans frontières. « Pour apporter des preuves il faudrait que des experts médicaux se penchent sur les blessures et qu’une enquête soit menée auprès des patients présentant des blessures suspectes. »

« La situation humanitaire ne se déploie pas à la mesure des besoins », alerte Fabrice Weissman. « L’essentiel de l’aide est distribuée depuis Damas dans les zones contrôlées par le gouvernement et il n’y a quasiment aucun secours pour les sept à dix millions de personnes qui vivent sous l’autorité des rebelles. Les opérations sont dangereuses à mener mais possible. »

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Syrie : une arme chimique aurait été employée à Homs

Une arme chimique a été employée en Syrie par le régime contre des opposants, le 23 décembre 2012, dans la ville de Homs, affirment au Monde des sources au sein de services de renseignements occidentaux.

Le 23 décembre 2012, à Homs, la population suit les obsèques des victimes d’une attaque de l’armée de Bachar Al-Assad qui a une nouvelle fois endeuillée la ville. | HANDOUT/REUTERS

Plusieurs pays occidentaux, qui avaient déclaré en 2012 que pareil scénario constituerait le franchissement d’une « ligne rouge » susceptible de déclencher une intervention armée en Syrie, s’efforcent aujourd’hui de démentir et d’étouffer l’affaire, « afin de ne pas être contraints d’agir », ajoutent ces mêmes sources.

Le régime syrien a utilisé « une arme chimique incapacitante, non létale, dont nous n’avons pas pu établir le nom, faute d’échantillon », précisent nos interlocuteurs. La substance avait été chargée sur « quatre roquettes, qui ont été tirées ». L’incident a déclenché une « démarche internationale très forte, en particulier de la Russie, auprès du pouvoir de Damas. Nous sommes, depuis, confiants que le régime syrien ne recommencera pas. »

Depuis le 23 décembre, des réseaux d’activistes syriens relaient des témoignages d’habitants et de médecins de Homs persuadés qu’une arme chimique a été utilisée ce jour-là dans le quartier de Al-Bayyada, où se déroulaient des combats entre forces gouvernementales et rebelles. Selon ces récits, le gaz aurait provoqué plusieurs morts et des dizaines de cas d’empoisonnement. Des vidéos ont été diffusées sur Internet, montrant des personnes souffrant de graves nausées, troubles respiratoires, vomissements, certaines étouffant. Mais le caractère invérifiable de ces données, et le fait qu’elles proviennent de militants anti-Assad rendaient toute interprétation très aléatoire.

A Paris, le porte-parole du Quai d’Orsay Philippe Lalliot, interrogé jeudi 18 janvier par Le Monde, a fait la déclaration suivante, dont chaque terme semblait pesé au trébuchet : « Nous avons vérifié, et de près, ces informations, notamment les vidéos qui ont circulé. Nous ne pouvons pas confirmer l’usage de gaz de combat ou de produits chimiques létaux ». Ce n’est pas un démenti catégorique, mais l’expression d’une prudente réserve.

A Washington, le 16 janvier, assaillie de questions par des journalistes, la porte-parole du Département d’Etat, Victoria Nuland, avait livré un commentaire similaire : « Nous avons vérifié les informations obtenues, et n’avons trouvé aucun élément crédible permettant de corroborer ni confirmer que des armes chimiques ont été employées ». Cette responsable réagissait à une enquête publiée la veille par la revue en ligne Foreign Policy, qui révélait le contenu d’un télégramme diplomatique, envoyé une semaine plus tôt à Washington par le consul américain à Istanbul, Scott Frederic Kilner.

Dans ce document, le consul, qui avait été chargé par le Département d’Etat de rassembler des éléments sur l’attaque chimique à Homs, conclut que le pouvoir syrien a probablement fait usage de l’agent 15, une arme chimique incapacitante, faisant partie de l’arsenal du régime. Mme Nuland n’a pas contesté l’authenticité du document mais s’est écartée de sa conclusion.

Nos sources anonymes citées plus haut considèrent que pareille présentation est mensongère, car « les responsables américains savent très bien qu’il s’agissait d’une arme chimique ». Et de préciser que « la décision de l’employer a été prise tout au sommet » du pouvoir syrien. Bachar Al Assad aurait selon cette version cherché à tester la réaction des Occidentaux. Si tel est le cas, il a pu constater qu’elle était des plus silencieuse, du moins en public.

Le 20 août 2012, le président américain Barack Obama avait déclaré que l’emploi ou la perte de contrôle d’armes chimiques en Syrie reviendrait à franchir une « ligne rouge », et les « conséquences seraient énormes ». Le 23 août, le premier ministre britannique, David Cameron, rejoignait cette position. Le 27 août, François Hollande affirmait que l’usage d’armes chimiques en Syrie serait « une cause légitime d’intervention directe ».

Mais la nature exacte des « conséquences » évoquées par M.Obama n’a jamais été précisée. Ni si, dans l’évaluation du facteur déclencheur, une distinction serait faite entre arme chimique létale et non létale. Le Pentagone a estimé qu’il faudrait une force de 75 000 hommes pour une intervention visant à sécuriser le stock d’armes chimiques.

L’arsenal chimique de la Syrie est décrit comme le plus important du Moyen-Orient, comportant notamment du gaz moutarde, du sarin, ainsi que le puissant agent VX. Certains experts spéculent sur la présence possible d’une quantité de « Kolokol-1 », un agent incapacitant utilisé par les forces de sécurité russes lors de la prise d’otages dans le théâtre de la Doubrovka à Moscou en octobre 2002.

Début décembre 2012, l’administration Obama s’était alarmée de possibles signes de préparatifs d’emploi d’armes chimiques en Syrie (indices d’assemblage de précurseurs, les composants de l’arme). La sonnette d’alarme aurait été tirée, en coulisses, par les autorités israéliennes, qui avaient déjà fait savoir que tout transfert d’armes chimiques vers des groupes extrémistes, en particulier le Hezbollah, serait un casus belli. Le 11 décembre, le secrétaire américain à la défense, Leon Panetta, indiquait cependant, devant la presse, que le danger d’un emploi d’arme chimique paraissait atténué. La raison, selon un récent article du New York Times : une « mobilisation sans précédent » de plusieurs pays, dont la Russie et l’Irak, pour empêcher le pire. A chaque alerte sur les armes chimiques, la Russie a prétendu avoir des garanties du pouvoir de Damas s’agissant du contrôle des stocks : contre la menace de lui retirer tout soutien ?

Selon nos sources au sein de services de renseignements occidentaux, les stocks d’armes chimiques létales syriennes ont été déplacés début décembre vers des lieux de stockage plus sécurisés. L’analyste Mark Fitzpatrick, de l’institut IISS à Londres, souligne que le régime Assad, dans une apparente stratégie du désespoir, n’a cessé de franchir de nouveaux paliers militaires, allant jusqu’à tirer des missiles Scud contre sa propre population. Cet expert avance comme hypothèse que Assad a pu penser que l’usage d’une « arme chimique non létale pourrait être plus « acceptable » », pour les Occidentaux, qu’une arme létale.

Une autre hypothèse, complémentaire, peut être émise. La pression russo-américaine exercée sur le régime de Damas pour qu’il ne recoure plus à ces armes chimiques a peut-être reposé sur un échange de bons procédés : le silence des grandes puissances contre l’assurance que l’incident de Homs serait le dernier cas d’emploi.

Par Natalie Nougayrède – Le Monde Article original

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Richard

Islam d’un cote, dictature arabe de l’autre, ils sont tous aussi dignes des « valeurs de justice » pronnees par un certain « résistant »….

Jean

Bonsoir Dan,

Cela s’appelle la Taqia ou la dissimulation ,qui dans le Coran n’est rien d’autre qu’une… vertu .

Dan75

Je ne sais ce qu’il vaut mieux : avaliser des mensonges d’une propagande qui ne recule devant rien par machiavélisme, ou bien par naïveté : depuis les morts déterrés d’un cimetière dans les Balkans, à l’affaire de l’enfant palestinien faussement blessé, dévoilée par Philippe Karsenthy, aux djiadistes libyens transformés en purs démocrates etc. Je ne crois pas qu’il soit contre la loi islamique de mentir pour la »bonne cause ».!
Tous ces on-dit, indices, venant de sources djiadhistes ou proches, ne sont absolument pas convainquants!
Cette exhibition d’un enfant blessé est indécente et bien dans leur manière!

Jean

Messieurs les dirigeants de l’occident démocratique ,

Laissez les Mouckabarats syriens faire leur boulot de maintien de l’ordre en Syrie .

http://weaselzippers.us/2012/12/10/syrian-islamist-rebels-gouge-christian-priests-eyes-out-before-killing-him/

Les Islamistes qu’ils matraquent et neutralisent , à juste titre , sont les ennemis mortels de la démocratie et de la liberté

Islam veut dire soumission et les enfants du prophète le sentent par toutes leurs antennes , tous leurs sens .

Il faut ce qu’il faut pour mater ces prédateurs qui envoient leurs enfants-émeutiers, lanceurs de moellons qui tuent, au casse pipe pendant qu’eux , ils alternent prières , copulation conjugale et ablutions .

Ham doû lè lah .

Car s’ils prennent le pouvoir comme en Libye, où , dirigeants occidentaux débiles, là ils vous ont tournés en bourrique, on dira « adieu vaches , veaux , c. (pardon )…chameaux , volailles . »

Allah houè l’ k’bèr.

Merci les Russes et les Chinois qui protégez nos « frères  » Mouckabarats . Ne lâchez pas face aux pressions des benêts occidentaux et des Mohammed Jupette

Kol Akavot pour votre lucidité et pour votre détermination.

Jean

Barack Obama, Roger Hollande et autres jupettes,

N’en déplaise à vos cervelles géopolitiques d’oiseau , le seul intérêt de la Syrie et de la région , c’est que Bachar el Assad reste ou soit remplacé par un autre dirigeant fort comme lui , dans la ligne de Mustapha Kémal , tout proche d’ailleurs , un autocrate , comme lui, qui soit Alaouite, Baassiste , laïque et qui veuille bouffer de l’islamisme .

Pourquoi les Islamistes et autres Salafistes prendraient ils, ainsi , le pouvoir , sans rien mériter sinon simplement grâce à la cuvée exceptionnelle du ventre toujours plus fécond de leurs femmes engrossées à longueur de journée, histoire de passer le…. temps ?

Ces Islamistes n’ont qu’un horizon :faire régresser le niveau déjà pas très élevé de ces pays

Basta , ça suffit

Républicains de tous pays , assumons l’apparent paradoxe : oui soutenons Bachar , le défenseur des minorités dans le pays des anciens Ommayades