Un nouvel élan

Le succès en politique de Yaïr Lapid était prévisible déjà il y a quelques mois mais son ampleur a surpris. Comme pour son père, ses idées, sa sincérité et son enthousiasme ont séduit les électeurs israéliens, las des politiciens et des professionnels du cynisme.

Mais il ne faut pas s’y tromper, le vainqueur de cette élection est bien Netanyahou, il dispose des cartes en main pour constituer son gouvernement et ne fera aucun cadeau au nouvel homme politique.

Du succès au plébiscite

La victoire a surpris Lapid. L’homme du centre s’attendait raisonnablement à dix mandats, qui lui auraient permis de revendiquer le portefeuille de l’éducation, son cheval de bataille. Un beau programme de réformes sur quatre ans, des prises de positions qui nuancent celles du gouvernement, et il aurait pu espérer se présenter à la prochaine échéance, fort de cette expérience nationale, avec une crédibilité d’homme d’État en plus de son profil à la Georges Clooney.

Les affaires étrangères

Aujourd’hui sa victoire l’oblige à accepter un portefeuille stratégique. L’envoyer à l’International revient à l’éloigner de la politique intérieure pour laquelle il a été plébiscité et à provoquer le mécontentement de ses sympathisants.

Au gré des fréquentes tensions sécuritaires, il lui faudra avoir les reins solides pour être confronté aux pressions internationales, sans renier ses prises de positions sur la reprise du processus de paix.

Notons au passage, que la sortie du gouvernement de l’actuel ministre des affaires étrangères, ne pourra qu’être favorable aux relations d’Israël dans le monde, tant sa gestion aura été catastrophique et nous aura isolés de nos alliés durant ces quatre dernières années.

Les finances


Yaël German

En outre, les finances peuvent s’avérer être un terrain glissant. Les chantiers et les attentes en Israël sont énormes.

La nouvelle députée, numéro trois de sa liste, Yaël German, actuelle maire de Herzliya, au nord de Tel-Aviv, pourra l’épauler dans cette tâche éventuelle.

Elle avouait vendredi 25 janvier qu’elle aura du mal à se satisfaire de la commission des finances.

Elle peut revendiquer des succès en termes d’équilibre budgétaire et de grands travaux pour sa ville, mais la gestion d’une collectivité locale est différente de celle d’un pays.

D’autre part, il semble que des surprises attendent le prochain ministre. Le 27 janvier, les analystes financiers évoquaient un déficit supplémentaire non pas de quarante mais bien de soixante milliards de shekels (12 milliards d’euros) pour l’année en cours pour cause de contraction des recettes.

Ce «cadeau» de Bibi au futur ministre, disqualifie définitivement Steinitz de la course à sa propre succession.

Lapid voudrait l’attribuer à l’actuel directeur de la banque d’Israël, Stanley Fischer, ou à l’ancien président de la commission portant son nom, Manuel Tactenberg.

Quoiqu’il en soit, la marge de manœuvre du futur grand argentier israélien sera extrêmement étroite et, dans une période future de rigueur, il serait pris entre ses promesses de soulager les classes moyennes et l’obligation absolue de réduire le déficit.

Le piège Bibi

S’il est bien une qualité que l’on peut reconnaitre à Netanyahou c’est son machiavélisme politique.

Il n’est qu’à voir, pour s’en convaincre, ses retours spectaculaires et le nombre de ses opposants, partenaires et concurrents, qu’il a réduits à néant durant sa déjà longue carrière politique.

Les deux derniers en date sont l’ancien vice-premier ministre, Shaoul Mofaz, dont le parti Kadima, ancienne première force nationale, a failli disparaitre de la Knesset.

L’autre victime est Avigdor Lieberman qui, en acceptant la fusion de la liste de son parti Israël Beitenou avec celle du Likoud, se retrouve en position de figurant dans la vie politique israélienne.

Yair Lapid devra donc éviter les chausse–trappes de Bibi et être extrêmement prudent dans chacune de ses décisions.

Il devra avoir en tête deux objectifs: s’engager à faire ce qu’il a promis et, par son action gouvernementale, transformer son mouvement en alternative principale, pivot d’une future majorité gouvernementale.


Tommy Lapid

L’analogie avec son père est troublante. En son temps, Tommy Lapid jouissait d’une grande popularité mais n’est jamais parvenu à devenir premier ministre, se contentant d’un rôle de second plan. S’il y arrive, Yaïr dépassera son père et réalisera son objectif. La politique a parfois des ressorts inattendus.

Johann Habib/ Benillouche Blog Article original

Avocat israélien

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TAGS : Politique Israel Knesset 2013 Netanyahou Lapid Mofaz

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