Le Grand Prix de Bahreïn se court aussi entre l’Arabie saoudite et l’Iran…

La tension entre le régime sunnite et la population chiite qui agite la petite pétromonarchie préfigure celle qui pourrait un jour opposer Riyad et Téhéran. Ce n’est qu’un petit point sur la carte, un archipel de 33 îles dispersées sur la mer de tous les dangers.

Mais Bahreïn est une pointe de flèche tirée dans le golfe Persique contre l’Iran.

Et une préfiguration, en modèle réduit, de l’affrontement qui pourrait un jour mettre face à face les deux puissances les plus antagonistes de l’islam, l’Arabie saoudite et l’Iran.

A l’origine des troubles qui agitent cette petite monarchie se trouve la décision prise par le gouvernement de relancer le Grand Prix de Formule 1, qui n’avait pu se tenir l’an dernier en raison d’un début d’insurrection.

En février 2011, on s’en souvient, Bahreïn avait fait retentir l’écho du Printemps arabe dans tout le Golfe.

A l’issue d’un mois de répression, on dénombra plusieurs dizaines de morts.

La raison principale du soulèvement tenait à la colère des chiites, majoritaires à 60% dans le pays, exaspérés de voir tout le pouvoir politique et économique concentré entre les mains des sunnites.

Un an plus tard, les manifestants réclament sans désarmer des droits égaux pour les chiites, exigent un gouvernement issu des urnes et un Parlement disposant des pleines prérogatives.

Le maintien du Grand Prix de F1 été perçu comme une provocation
L’idée de relancer le Grand Prix en 2012 avait pour but de montrer le retour de l’ordre ancien; au lieu de quoi la mesure a fait l’effet d’une pure provocation.

En soufflant ainsi sur les braises, les politiciens bahreïniens ont raté leur but. Entre les vrombissements des bolides, l’opinion télévisuelle mondiale a redécouvert les discriminations dont souffrent ceux que l’on a voulu faire taire.

Ce qui, ailleurs, ne serait qu’une série de heurts entre un pouvoir archaïque et une population maltraitée acquiert en l’occurrence une portée hautement significative.

Certes pas en raison de la démesure du mécontentement – il y a en tout et pour tout à Bahreïn moins de 1,2 million d’habitants (dont 54 % d’étrangers).

Mais à cause de la position cruciale qu’occupe ce petit royaume.

La clef se situe à Riyad, capitale de l’Arabie saoudite.

Les Saoudiens se sont en effet engagés, bien avant le Printemps arabe mais davantage encore depuis son déclenchement, dans une politique d’influence suractive qui englobe tout le Moyen-Orient (ce qui les conduit à aider financièrement les insurgés syriens contre Bachar el-Assad), et va bien au-delà.

Leur obsession a pour nom l’Iran et son rayonnement, qui assure aux chiites une influence décisive le long d’un arc qui court de Téhéran à Beyrouth (via le Hezbollah), en passant par Bagdad et Damas.

Autant dire un cauchemar pour les Saoudiens, qui se réclament d’une doctrine conservatrice, le wahhabisme, fondamentalement combattu par toutes les écoles chiites.

Bahreïn ressemble tantôt à un théâtre, tantôt à un terrain de manoeuvres

Du fait de sa position géographique, au nord-est de l’Arabie et proche des côtes iraniennes, Bahreïn ressemble tantôt à un théâtre, tantôt à un terrain de manoeuvres.

En 1783, la famille sunnite Al-Khalifa, encore régnante, a chassé les Iraniens du pouvoir pour prendre le contrôle de l’archipel, dans un siècle où la doctrine religieuse du wahhabisme, alors naissant, servit à établir la domination des Al-Saoud sur les tribus arabes voisines.

Aujourd’hui, Bahreïn apparaît comme un enjeu crucial, d’autant plus que c’est un maillon faible, militairement soutenu par Riyad et ses voisins.

En sus de sa population majoritairement chiite (ce qui lui confère, à Téhéran, le titre de « 14e province iranienne »), c’est la pétromonarchie la moins prospère de tout le Golfe, un Etat qui a vu ses ressources en hydrocarbures s’épuiser et dont l’exploitation des derniers gisements est perçue comme une spoliation par l’Iran.

Dernier détail, pour accroître son intérêt stratégique, Bahreïn abrite la Ve flotte américaine.

C’est dire combien le Grand Prix en cache un autre, bien plus élevé.

Christian Makarian/ L’Express.fr Article original

Bahreïn Iran Al-Khalifa Al-Saoud Wahabisme 5th Fleet USNAVY

Golfe Politique Diplomatie Riyad Influence Chiites Pétrole

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