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Depuis le 15 avril, le tribunal de Jérusalem doit statuer pour déterminer à qui appartient la liste de Schindler. Disputé par le mémorial de la Shoah, Yad Vashem et la légataire d’Emilie Schindler, le document se retrouve au cœur d’une bataille judiciaire qui pose l’épineuse question de la propriété des archives.

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En 1945, le document qui porte le nom des 1200 juifs arrachés à la déportation par Oskar Schindler existe en 4 exemplaires : un original détruit et trois copies – deux exposées au mémorial de Yad Vashem, une autre au Mémorial juif de Washington.

En 1945, Oskar Schindler s’installe en Argentine avec son épouse, Emilie. Dans ses valises, deux copies de la fameuse liste que l’on retrouvera en Allemagne chez Anne-Marie Staehr, dernière maîtresse en date connue de celui qui inspira le chef d’œuvre de Steven Spielberg, qui s’est réinstallé en Allemagne dès 1958.

Aux débuts des années 1990, Emilie Schindler restée à Buenos Aires rencontre Erika Rosenberg, une journaliste argentine. De leurs 70 heures de conversations sortira un livre « Dans l’ombre de Schindler ». Au même moment, en Allemagne, les fils d’Anne-Marie Staehr découvrent la valise et les précieux documents qu’ils remettent à un quotidien allemand. Emilie Schindler décide de saisir la justice et obtient gain de cause. Mais alors qu’un juge ordonne qu’on lui restitue la célèbre liste, celle-ci a déjà été transmise à Yad Vashem par les descendants de celle que tout le monde présente comme la dernière compagne d’Oskar Schindler.

En 2001, vingt-sept ans après la mort de son époux dont elle est séparée depuis 1957, Emilie Schindler rentre en Allemagne et meurt. Le couple n’ayant jamais eu d’enfant, Érika Rosenberg devient  la légataire universelle de la vieille dame, élevée à titre posthume au rang de Juste parmi les nations. En 2013, elle décide d’engager de nouvelles poursuites contre Yad Vashem qui explique à l’AFP avoir «obtenu ces documents de manière légale», estimant qu’ils doivent appartenir au domaine public.

« J’ai sauvé des Juifs avec mon mari, et maintenant les Juifs m’ont pris cette valise »

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Un point de vue que partage Serge Klarsfeld, avocat et historien de la Shoah. « Ce qu’a fait Oskar Schindler appartient à l’histoire », assène à IsraPresse celui qui a lui-même confié de très nombreux documents au mémorial de Yad Vashem. « Il est normal que ces documents s’inscrivent dans un projet collectif. Il n’y a d’ailleurs pas de meilleur endroit que Yad Vashem, le cœur de la mémoire du peuple juif, pour les conserver » conclut M. Klarsfeld.

On sait peu de choses sur les motivations profondes d’Erika Rosenberg. Interrogée par la quotidien israélien Haaretz, elle a expliqué qu’avant de mourir, Emilie Schindler lui aurait confié: « J’ai sauvé des Juifs avec mon mari, et maintenant les Juifs m’ont pris cette valise. Vous devez la récupérer, même après ma mort ».  « Même si on peut juger que, sur un plan historique, ces documents devraient être récupérés par Yad Vashem, vous ne pouvez pas vous arroger le droit de conserver des documents qui ne vous appartiennent pas », dénonce Naor Yair Maman, l’avocate de Mme Rosenberg.

En juillet 2013, au  moment même où Mme Rosenberg entame une ultime procédure, une 5e copie référencée de la célèbre liste apparaît sur Ebay. Le document de 14 pages n’a pas trouvé acquéreur mais sa mise à prix, fixée à 3 millions d’euros, pose une lumière crue sur le marché parallèle des archives historiques. Musées et collectionneurs se livrent à coup de milliers de dollars une bataille qui n’étonne guère Serge Klasrfeld.

Les Mémoriaux monnayent les droits de documents et archives que l’on leur a confiés gracieusement.  

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« Il y a une trentaine d’années, un homme m’a proposé l’album photo personnel de l’aide de camp d’Adolf Hitler », se souvient le président de l’Association des fils et filles de déportés juifs de France, « cela n’avait pas de grand intérêt historique majeur, tous les clichés étaient connus mais il en voulait quand même 120.000 dollars ». Des appétits aiguisés par une politique des droits pas toujours claire de la part des musées et mémoriaux comme le rappelle l’historien Alain Michel.

En 2010, il travaille sur un ouvrage « Bobrek, un sous-camp d’Auschwitz ». « Nous avons dû inscrire sur les photos des Copyright d’institutions alors que ces clichés avaient été donnés aux rescapés par un ingénieur de chez Siemens pendant son procès », regrette l’historien qui déplore que les mémoriaux monnayent les droits de documents et archives que l’on leur a confiés gracieusement.

Ce n’est pas la première fois que la justice israélienne doit trancher dans ce genre de cas. En octobre 2012, elle ordonna à Eva Hoffe, une octogénaire de Tel-Aviv, de restituer à la Bibliothèque nationale d’Israël tous les écrits originaux de Franz Kafka qu’elle tenait de sa mère. Des trésors qu’elle gardait en sa possession au milieu de dizaines de chats qui peuplaient son petit appartement du 23 de la rue Spinoza, non sans en écouler de temps en temps. En 1988, la vieille dame avait cédé au Musée de littérature moderne de Marbach, près de Stuttgart, le manuscrit original du « Procès » pour la coquette somme de 1,7 million de dollars.

Virginie Guedj-Bellaïche

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3 Commentaires
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Armand

Faire une photocopie et tout sera regle . Quelles complications pour rien .