« Elle était très abîmée par le harcèlement sur les réseaux » : qui était Julie Ollivier, accusatrice de Cauet qui s’est suicidée ?
Elle avait porté plainte pour viols contre l’animateur en novembre 2023. Portrait d’une femme qui se disait brisée par le traumatisme et les conséquences de sa prise de parole.
Elle avait 28 ans et elle s’est donné la mort lundi. Depuis l’annonce de son suicide, les messages se multiplient pour rendre hommage à Julie Ollivier, qui a été la première femme à porter plainte pour viols contre Sébastien Cauet. En novembre 2023, elle avait accusé l’animateur télé et radio de 54 ans pour des faits qui se seraient déroulés en 2014 à Genève, alors qu’elle était âgée de 16 ans, puis en mars 2022 à Paris. Cauet, lui, clame son innocence.
C’est l’association de lutte contre les violences sexistes et sexuelles MeTooMedia qui a annoncé la nouvelle « avec une très grande tristesse ». « (Julie Ollivier) était drôle et lumineuse en dépit de l’immense souffrance qui l’habitait », a-t-elle écrit.
Blonde, le regard clair, originaire de la région mâconnaise en Saône-et-Loire, Julie Ollivier n’est apparue que rarement dans les médias. D’abord masquée, puis à visage découvert. Dans ces interviews accordées à « Touche Pas à Mon Poste » sur C8 et à France 3, elle racontait qu’elle avait mis neuf ans à porter plainte contre Sébastien Cauet parce qu’elle avait peur de ne pas être crue et de « faire du mal à (sa) famille ».
Elle avait confié s’être « beaucoup fait attaquer sur les réseaux sociaux ». Et assuré qu’elle se sentait « coupable » d’avoir rejoint l’animateur devant les locaux de NRJ en mars 2022, date à laquelle se serait produit le deuxième viol : « J’y suis retournée. On a gardé malgré tout contact. C’est ça que les gens n’arrivent pas à comprendre. Ça s’appelle l’emprise. »
« On savait qu’elle était très fragile »
Après Julie Ollivier, quatre autres femmes ont accusé Sébastien Cauet. Le présentateur, qui nie toutes ces accusations, est mis en examen pour des viols et une agression sexuelle entre 1997 et 2014 sur quatre femmes. Trois d’entre elles étaient adolescentes au moment des faits. En mai 2024, Julie Ollivier avait déclaré avoir vécu cette mise en examen comme « un grand soulagement ». « La reconstruction risque d’être très longue, mais ça va se faire… J’en suis convaincue, je vais y arriver », voulait-elle croire.
« On est tous dévastés », confie Florence Porcel, membre de l’association. L’écrivaine, qui a été la première à accuser Patrick Poivre d’Arvor de viol, était en contact avec Julie Ollivier depuis plusieurs années. « Je l’avais notamment interviewée pour mon dernier livre (« Parler ou se taire. Ce qu’il en coûte de s’attaquer à des hommes puissants »), poursuit-elle. Le 2 octobre, elle m’avait envoyé un message après l’avoir lu. On savait qu’elle était fragile. Elle était très abîmée par les violences qu’elle avait subies, par les procédures judiciaires et par le harcèlement dont elle était la cible sur les réseaux sociaux. »
L’autrice décrit une femme « très drôle, très pince sans rire » : « Julie sortait des horreurs ou des dingueries sans que ça ne s’entende dans le son de sa voix. Elle était aussi extrêmement intelligente, très fine dans sa manière d’analyser les choses. » Dans « Parler ou se taire », Florence Porcel raconte qu’après avoir porté plainte contre Cauet, Julie Ollivier est « tombée dans la précarité », a dû retourner vivre chez ses parents et a « enchaîn(é) les hospitalisations ». « Ces séjours à l’hôpital et les convocations judiciaires rendaient sa vie professionnelle difficile », précise l’autrice.
En mai 2024, Julie Ollivier elle-même avait raconté avoir sombré dans l’alcool, être sous antidépresseurs et avoir perdu son travail. « Étant dans la fonction publique, ça n’a pas trop plu que je devienne médiatique », avait-elle affirmé. Ces derniers temps, selon la présidente de MeTooMedia Emmanuelle Dancourt, la vingtenaire travaillait dans un Ehpad.
Des hommages fleurissent sur les réseaux sociaux
Sur les réseaux sociaux ce samedi, l’humoriste et autrice Christine Berrou a posté une vidéo pour dire sa tristesse et sa colère. Elle échangeait avec Julie Ollivier depuis fin 2024. « Julie m’avait envoyé un message après avoir vu une vidéo dans laquelle je dénonçais les propos à travers lesquels Emmanuel Macron soutenait Gérard Depardieu, nous décrit-elle. Elle était passionnée par la radio, elle faisait de la boxe et aimait les animaux. Elle était très créative. L’an dernier, elle m’avait dit qu’elle écrivait des chansons… Mais elle était freinée dans son élan par le traumatisme. Sur les réseaux sociaux, elle postait des photos d’elle très retouchées, dans la séduction. Comme beaucoup de victimes, elle ne s’acceptait pas physiquement. C’était une femme très timide, qui n’avait aucune estime d’elle-même et qui avait très envie d’être aimée. »
Selon Christine Berrou, Julie Ollivier souffrait beaucoup d’être associée à la plainte pour « extorsion de fonds » déposée par Sébastien Cauet et qui visait en réalité une autre femme (qui a été condamnée). Julie, elle, a été accusée de « harcèlement moral, diffamation, puis menaces de mort » par l’animateur, mais n’a jamais été condamnée.
« Pour elle, c’était aussi une torture psychologique, émotionnelle, de voir son bourreau célébré, promu à la radio, suivi par 1 million d’abonnés », ajoute Christine Berrou. Sur Instagram le 7 mai, Julie Ollivier avait d’ailleurs écrit : « Il est à l’antenne, il rigole. Il fait comme si de rien n’était. Et pendant ce temps-là, nous, on crève de silence. » Quelques jours plus tard, elle avait publié : « Parfois, parler détruit encore un peu plus avant de reconstruire ». Avant d’évoquer « les procédures interminables, les nuits sans sommeil, les menaces, le harcèlement, le regard des autres, la peur constante de ne jamais être entendue ».
Ce vendredi, Helin Köse, l’avocate de Julie Ollivier, a affirmé que la famille de la plaignante avait choisi de « poursuivre le combat judiciaire » contre Sébastien Cauet et « se constituera partie civile ». « Notre seul souhait est que son deuil soit respecté », a insisté l’avocate. En plus de ses plaintes pour viols, Julie Ollivier avait aussi porté plainte pour cyberharcèlement, atteinte à l’intimité de la vie privée, violation du secret de l’instruction et recel.
Le 14 octobre 2026, la juge d’instruction en charge des investigations a interrogé Sébastien Cauet. Écarté de l’antenne de NRJ en novembre 2023, l’animateur est arrivé aux commandes de la matinale d’Europe 2 en avril 2025 et, depuis le 27 août, il anime en plus une émission quotidienne sur Europe 1. « C’est obscène que la voix de Julie se soit tue définitivement et qu’on entende celle de Cauet tous les jours à la radio », s’indigne Florence Porcel.
Le Parisien
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