Nous ne sommes pas si seuls…

Au beau milieu du déluge anti juif qui submerge la France, une voix venue d’Italie, et pas n’importe quelle voix, une voix émanant de ce que la littérature italienne a produit de plus fort depuis 50 ans, cette voix vient nous dire que nous ne sommes pas seuls ; pas aussi seuls qu’il y paraît, et que nous ne prêchons pas dans le désert.

Deux bombes

C’est la voix d’Erri De Luca, sans doute le plus grand écrivain italien vivant. L’auteur d’Aller Simple ( Gallimard ) et du magnifique « Les poissons ne ferment pas les yeux », vient de donner une interview au journal israélien Israël Hayom dans laquelle il recadre les récits délirants de l’extrême gauche italienne sur la guerre à Gaza.
Or De Luca est connu pour être lui aussi d’extrême gauche, justement. Mais avec cette interview, il lâche deux bombes de forte puissance dans son propre campement idéologique. L’une au sujet du terme « sionisme »; l’autre au sujet du 7 octobre.

Malédiction

« En Italie, déclare-t-il dans cette interview, et dans une grande partie de l’occident, le mot sioniste est comme une malédiction. Mais le sionisme est seulement la reconnaissance la plus simple et la plus fondamentale du droit des Juifs à une patrie ». Et De Luca de dénoncer avec véhémence, le climat culturel de son pays, où le mot sioniste est devenu un marqueur politique et moral.
Quant au mot génocide, l’écrivain italien le qualifie de « distorsion historique et verbale ». Car le nombre de victimes, aussi élevé soit-il, n’est qu’une conséquence de la guerre urbaine en zone densément peuplée ; pas une volonté délibérée d’exterminer les civils de Gaza : « Si l’armée israélienne avait eu cet objectif, il était d’autant plus facilement atteignable que toute la population était concentrée dans les villes » dit encore De Luca.

Pogrom

Sur le 7 octobre, il déclare : « J’entends des gens parler de pogrom, alors que dans les pogroms on ne prend pas d’otages (…). Il y a une dimension de cruauté planifiée du Hamas, qui fait de cet épisode, quelque chose de terrible et de différent de tout ce que nous avons connu dans l’histoire moderne ».

Il estime qu’« Israël mène actuellement ce qui est sans aucun doute sa dernière guerre selon la structure que nous connaissons, à Gaza, au Liban et en Iran. Il faut tenter d’éliminer le Hamas et le Hezbollah politiquement et opérationnellement, et je perçois quelques signes encourageants. Le fait que des élections locales aient récemment eu lieu à Deir el-Balah pour la première fois en 20 ans, et que le Hamas n’y ait trouvé aucune place ni aucun appui, montre qu’il est possible que le peuple palestinien comprenne qu’il doit s’en libérer pour survivre. »

Avec de telles positions, Erri De Luca sait qu’il va faire enrager son camp et se mettre à dos toute l’intelligentsia italienne. Mais cet homme n’est pas un signataire de pétition et n’aboie pas avec les loups. « Je ne suis pas capable de m’asseoir dans la même pièce que ceux qui veulent la disparition de l’État juif » ajoute-t-il pour être clair. Et la solitude ne lui fait pas peur. Il a développé son œuvre monumentale loin des coteries et des chapelles.
Jamais juré ni lauréat d’aucun prix littéraire, sauf en France où il a décroché le Prix Médicis Etranger, Erri De luca préfère être seul que mal accompagné.

JForum.fr avec Meta
« Mon lien avec Israël et les Israéliens ne dépend pas des circonstances politiques. » Erri De Luca. Photo Getty Images

 

La rédaction de JForum, retirera d'office tout commentaire antisémite, raciste, diffamatoire ou injurieux, ou qui contrevient à la morale juive.

S’abonner
Notification pour
guest

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

0 Commentaires
Le plus récent
Le plus ancien Le plus populaire