Exode urbain et mutation des familles haredi

Une récente étude de l’Institut Shoresh met en lumière une transformation silencieuse mais profonde au sein de la population haredi (ultra-orthodoxe) en Israël. À mesure que de plus en plus de familles quittent les centres historiques comme Jérusalem ou Bnei Brak pour s’installer en périphérie, leurs modes de vie évoluent de façon notable, tant sur le plan démographique qu’économique et culturel.

Menée par le Dr Pavel Jelnov à partir de données du Bureau central des statistiques, l’étude analyse les conséquences de cette migration accélérée, largement motivée par la flambée des prix de l’immobilier dans le centre du pays. Des villes à forte concentration haredi telles que Beit Shemesh ou Beitar Illit ont vu le nombre d’achats immobiliers haredim augmenter fortement ces dernières années, tandis que les acquisitions reculaient nettement dans des bastions traditionnels comme Jérusalem ou Bnei Brak.

L’un des enseignements majeurs de l’étude concerne la taille des familles. Chez les ménages haredim dont les chefs de famille ont entre 30 et 39 ans, ceux vivant en périphérie comptent en moyenne 3,9 enfants, contre 4,8 dans le centre du pays. L’écart persiste avec l’âge : entre 35 et 39 ans, les familles périphériques atteignent environ quatre enfants, contre cinq dans les zones centrales. Cette différence, proche d’un enfant par foyer, est jugée significative au regard des équilibres démographiques à long terme.

Les chercheurs expliquent en partie cette évolution par les contraintes pratiques de la vie en périphérie. Contrairement aux quartiers haredim denses du centre, où les institutions religieuses, éducatives et commerciales sont accessibles à pied, les zones périphériques impliquent des distances plus longues et une dépendance accrue aux transports motorisés. Si les ménages haredim périphériques dépensent 30 à 40 % de moins pour le logement, leurs dépenses en transport et en communication sont sensiblement plus élevées.

Chez les 18-29 ans, les dépenses mensuelles par habitant dans ces postes atteignent en moyenne 1 483 shekels en périphérie, contre 1 107 shekels dans le centre. Après 40 ans, l’écart se creuse encore. Pourtant, les revenus ne suivent pas la même trajectoire : le revenu mensuel par habitant est estimé entre 3 500 et 3 700 shekels en périphérie, contre 4 300 à 4 500 dans le centre, même si le coût plus faible du logement permet parfois une épargne accrue.

L’étude souligne également un lien évolutif entre mobilité et fécondité. Chez les jeunes familles, la possession d’une voiture est associée à un nombre d’enfants plus élevé, facilitant la vie quotidienne dans des environnements moins structurés. À l’inverse, chez les ménages plus âgés, ceux disposant d’un véhicule tendent à avoir moins d’enfants, suggérant que la mobilité privée se substitue partiellement à l’infrastructure communautaire traditionnelle.

D’autres indicateurs témoignent d’un mode de vie plus ouvert : la possession d’un téléviseur chez les 30-39 ans est nettement plus fréquente en périphérie (6,9 % contre 1,5 % dans le centre). Par ailleurs, les femmes haredim vivant hors des grands centres affichent des niveaux d’éducation plus élevés, avec davantage de diplômes secondaires ou universitaires.

Pour le professeur Dan Ben-David, directeur de l’Institut Shoresh, ces choix résidentiels ne sont pas neutres. La distance géographique, les contraintes de mobilité et l’environnement socio-économique façonnent progressivement la structure familiale haredi, avec des implications durables pour l’avenir démographique d’Israël.

 

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