L’ONU s’empare de l’affaire Sdé Teman
Ce qui n’était au départ qu’un dossier explosif pour l’armée israélienne est devenu un sujet de débat à Genève. Le Comité des Nations unies contre la torture s’intéresse désormais à l’« affaire Sdé Teman » et au sort de l’ancienne procureure militaire en chef, la générale Yifat Tomer-Yeroushalmi, mise en examen après avoir admis être à l’origine de la fuite d’une vidéo tournée dans ce centre de détention où sont retenus des Palestiniens de Gaza.
L’affaire remonte aux accusations du Parquet militaire contre plusieurs soldats de la Force 100, soupçonnés d’avoir maltraité puis violé un détenu palestinien à Sdé Teman. Pour appuyer ces poursuites, une vidéo de vidéosurveillance placée sous scellés est transmise à la presse. On y voit des soldats entourer un prisonnier, le frapper et le traîner au sol, sans que l’on distingue clairement un viol. Au fil de l’instruction, la justice militaire abandonne d’ailleurs ce chef d’accusation, ne laissant qu’un soupçon d’abus de force avant la clôture du dossier.
Entre-temps, la séquence circule largement et place Yifat Tomer-Yeroushalmi au centre d’une controverse : une partie de la droite y voit une « diffamation » contre les soldats. Elle admet avoir autorisé la fuite pour défendre l’institution judiciaire et reconnaît avoir mal informé la Cour suprême. Poussée à la démission puis mise en examen pour des délits liés à cette fuite, elle sombre : selon la presse, elle a tenté deux fois de se suicider et est hospitalisée depuis plusieurs semaines à l’hôpital Ichilov.
C’est précisément ce contraste d’interprétation que souligne le Comité de l’ONU contre la torture. Dans ses observations finales, il se dit « préoccupé » par l’arrestation de la générale Tomer-Yeroushalmi pour avoir, selon lui, autorisé la transmission à des médias d’images montrant l’agression d’un détenu. Le Comité demande à Israël de détailler sa situation et les procédures engagées, et recommande de créer un mécanisme protégeant les personnes qui dénoncent la torture ou les mauvais traitements afin qu’elles puissent parler sans craindre des représailles.
Au-delà de ce cas individuel, le rapport dresse un tableau très critique des conditions de détention des Palestiniens depuis le 7 octobre 2023. Le Comité évoque un « état de fait » où la torture et les mauvais traitements seraient répandus : coups répétés, positions douloureuses prolongées, privations de soins et de contacts avec les familles, violences sexuelles et humiliations. Il relève aussi la hausse des décès en détention et met en cause les politiques du ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, qui a revendiqué avoir abaissé les conditions de vie des prisonniers au minimum légal.
L’organe onusien s’inquiète enfin du recours élargi à la détention administrative, y compris pour des milliers de Palestiniens de Gaza détenus sans inculpation sous le régime de la loi sur les « combattants illégaux », tandis que les résidents israéliens de Judée-Samarie en ont été exemptés. Tout en condamnant clairement l’attaque du Hamas et d’autres groupes armés le 7 octobre, il qualifie la riposte israélienne de disproportionnée et estime qu’elle a provoqué une souffrance considérable parmi les civils palestiniens.
Les autorités israéliennes contestent ces conclusions et rejettent l’idée d’une politique de torture. Elles affirment que l’armée et le service pénitentiaire agissent dans le cadre de la loi, sous contrôle judiciaire et parlementaire, et que les cas d’abus individuels font l’objet d’enquêtes. L’affaire Sdé Teman, avec en toile de fond le destin personnel de Yifat Tomer-Yeroushalmi, cristallise cependant le fossé entre la manière dont Israël se perçoit – une démocratie en guerre qui défend ses citoyens – et le regard d’une partie de la communauté internationale sur son système de détention.
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les prisons d’iran, d’algerie, pakistan etc….ca ne les interessent pas?