
Une poussée haredi au Likoud
Le Likoud, parti dominant de la droite israélienne, traverse une phase de transformation interne inédite. À la suite du dernier recensement mené en prévision de son congrès, les chiffres révèlent une progression spectaculaire des courants ultra-orthodoxes au sein de la formation dirigée par Benyamin Netanyahu. Ce développement, qualifié par certains d’« invisible révolution », semble déjà peser sur les équilibres idéologiques et politiques du mouvement.
Un recensement aux résultats inattendus
Le recensement récemment clôturé avait pour objectif de permettre aux membres du Likoud de renouveler leur adhésion et de conserver leur droit de vote, y compris pour ceux n’ayant pas réglé leur cotisation. Cette opération a également ouvert la porte à de nouvelles inscriptions, entraînant une vague d’adhésions d’ampleur inédite.
D’après les chiffres publiés, environ 20 000 Israéliens auraient ainsi renouvelé leur appartenance au parti. Mais c’est surtout la montée en puissance d’un camp jusqu’ici périphérique qui retient l’attention : les haredim (juifs ultra-orthodoxes). Selon les estimations, près de 7 300 nouvelles recrues issues de ce courant ont rejoint le Likoud, triplant ainsi son poids au sein du parti.
Les acteurs de la mobilisation
Plusieurs figures politiques et stratèges se sont illustrés dans cette campagne de recrutement. Le ministre de l’Énergie, Eli Cohen, déjà connu pour son rôle actif dans la structuration du parti, a attiré environ 2 300 nouveaux membres. Mais c’est du côté des ultra-orthodoxes que la progression est la plus spectaculaire.
Yossi Rosenbaum, stratège haredi, a comptabilisé 2 163 adhésions supplémentaires, dans le cadre d’un mouvement plus large qui a consolidé près de 7 300 inscrits. À titre de comparaison, aucune autre structure ou organisation affiliée n’a réussi à atteindre de tels chiffres : l’Autorité aéroportuaire israélienne, par exemple, n’a rassemblé qu’environ 1 500 soutiens.
Une évolution structurelle pour le parti
Avec désormais quelque 140 000 membres, le Likoud affiche une base élargie sans précédent. Lors des précédentes élections, moins de 80 000 Israéliens avaient adhéré au parti. L’élargissement est donc massif, mais il n’est pas neutre : il traduit un renforcement de la voix ultra-orthodoxe, au détriment du camp libéral.
Les libéraux du Likoud, historiquement garants de l’orientation de droite « classique » et de l’héritage libéral du parti, se trouvent marginalisés. Plusieurs centaines de leurs représentants internes ont vu leur influence s’amenuiser dans les instances du mouvement.
La montée en puissance des haredim ne constitue pas seulement une question de chiffres. Elle annonce une redéfinition possible de l’agenda législatif et des priorités du parti. Les futurs débats sur des thèmes sensibles, tels que la loi sur la conscription ou la place de la religion dans la sphère publique, risquent d’être fortement influencés par cette nouvelle dynamique.
Les haredim, au-delà de leurs partis traditionnels
Jusqu’ici, l’influence politique des haredim s’exerçait essentiellement au travers de partis qui leur étaient dédiés, tels que Shas ou Judaïsme unifié de la Torah. Mais l’évolution actuelle traduit une ambition différente : investir directement le parti au pouvoir afin de peser sur les grandes orientations nationales.
Ce mouvement témoigne d’une stratégie d’intégration politique renouvelée. Plutôt que de se cantonner à des partis communautaires, les haredim cherchent désormais à infléchir la ligne d’une formation généraliste et dominante. En rejoignant massivement le Likoud, ils s’assurent une place dans les instances décisionnelles et la possibilité de modeler de l’intérieur certaines politiques.
Vers un nouvel équilibre des forces internes
Pour les dirigeants du Likoud, cette recomposition soulève des enjeux majeurs. L’intégration de milliers de nouveaux membres ultra-orthodoxes ne pourra être ignorée dans les prochains arbitrages politiques. Les députés du parti devront prendre en considération cette évolution lorsqu’ils se prononceront sur des sujets structurants.
Le contraste entre la montée en puissance haredi et l’affaiblissement du camp libéral donne le ton d’un Likoud qui pourrait s’éloigner progressivement de ses références historiques de parti « libéral de droite ». Cette mutation interne pourrait à terme transformer son identité politique et modifier la manière dont il conçoit sa place dans la société israélienne.
Le congrès à venir du parti, qui rassemblera l’ensemble de ses adhérents, constituera un moment clé pour mesurer l’impact réel de cette « révolution silencieuse ». Ce rendez-vous pourrait également clarifier jusqu’où les haredim sont prêts à aller pour traduire leur poids numérique en influence concrète dans les choix politiques et gouvernementaux.
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