Et si cette sorte de compétition infantile et assez indigne entre les deux grands pour revendiquer l’élimination du chef des services extérieurs de Daesh, Mohammed Al Adnani, ne venait pas tant d’eux, que de la source qui leur a vendu la cible presque en même temps et à deux adresses différentes? 

Qui a éliminé Al Adnani? L’Amérique, la Russie, et pourquoi pas Daesh lui-même? 

Alors que les Etats-Unis revendiquent fréquemment avoir liquidé tel ou tel grand dirigeant terroriste islamique, la Russie a déposé en Syrie, sa première revendication de ce genre, le 31 août, quand le Ministre de la Défense à Moscou a annoncé que la veille, un bombardier SU-34 avait éliminé le cerveau terroriste et porte-parole de Daesh, Mohammed Al Adnani, au cours d’une réunion de haut niveau avec d’autres cadres du mouvement, à Maaratat-Umm Khaush, près d’Alep.

Cette revendication a été formulée de telle sorte qu’elle indiquerait que les services de renseignements russes venaient de réaliser un exploit de tout premier ordre, par une frappe qui aurait éradiqué en même temps 40 agents terroristes de haut profil.

Ce communiqué survenait 24 heures après qu’un responsable américain annonce qu’une roquette tirée d’un drone Predator avait frappé le véhicule qu’on pense être celui transportant Al-Adnani, cette fois, près d’Al Bab, – le centre des opérations extérieures de Daesh jusqu’à il y a peu et le point de convergence et de rivalité entre les Forces Démocratiques Syriennes affiliées au Kurdes des YPG, et, de l’autre, les mercenaires islamistes envoyés par Erdogan et appuyés par les chars et l’aviation turque, au cours d’une tentative d’invasion du nord de la Syrie-. Les résultats de cette frappe étaient alors « en train d’être évalués », même si Daesh lui-même rapportait que le chef terroriste, réputé être le porte-parole de l’organisation, « avait été tué en martyr en surveillant les opérations pour repousser les campagnes militaires lancées contre Alep ».

Les sources au Pentagone ont alors tourné la version russe en dérision, en la traitant de « mensonge » et de « plaisanterie ».

La distance entre Al-Bab et Maaratat-Umm Khaush est de seulement 28 kms, mais l’écart entre les revendications américaine et russe est moins incommensurable. 

Les combats n’ont cessé de monter en escalade autour de cette ville au cours des dernières semaines, les rebelles brisant un siège imposé par les forces du gouvernement et les avions syriens et russes bombardant les zones détenues par les rebelles. Les 31 août et 1er septembre, les forces syriennes repoussent le Jaysh al Fatah (Armée de la Conquête) sur la route entre Khan Tuman et le quartier de Ramouseh à Alep. Le 1er septembre, cette route est coupée au nord de la colline d’Um Qara.

Les revendications russes et américaines en compétition, à propos d’une action aérienne alimentée par des renseignements précis contre une des figures de très haute voltige de l’organisation, dont Al Adnani est un père fondateur, innove d’autres perspectives dans la guerre contre la terreur islamique.

Al-Adnani qui est né en 1977 dans la ville de Banash au Nord de la Syrie, était responsable, au cours des deux ans passés, de l’orchestration des atrocités terroristes en Tunisie, à Paris, à Bruxelles, Orlando, Nice, dans la Péninsule du Sinaï et Istanbul, ainsi que des attentats-suicide à Bagdad, etc.

Loin d’être une mauvaise blague, la guerre froide qui divise Moscou et Washington apparaît s’être aussi répandue en ce qui concerne la guerre anti-terroriste et infecter progressivement toute l’arène syrienne.

La collaboration antérieure entre les deux grandes puissances dans le conflit syrien s’est brisée. Ce point de rupture était déjà admis le 26 août à Genève, quand le Secrétaire d’Etat John Kerry et le Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov ne sont pas parvenus à se mettre d’accord sur un renforcement de la coopération en matière de renseignements militaires.

De façon ironique, les sources des renseignements et du contre-terrorisme de Debkafile soulignent que les services clandestins des deux grandes puissances oint reçu des renseignements sur les mouvements de leur cibles provenant de la même source d’information


C’est une autre grande première : jamais auparavant une organisation terroriste islamiste n’a alimenté, grâce à la même bribe de renseignements la Russie et les Etats-Unis en même temps. Si c’est bien ce qui semble s’être produit, cela ne pourrait signifier qu’une chose : que quelqu’un au sein de Daesh, suffisamment haut placé pour connaître les dispositions sécuritaires qu’il a prises, aurait décidé qu’il était temps pour Al Adnani de quitter la scène et de s’en aller.

Cela pourrait bien faire partie du cours des choses dans le monde impitoyable des organisations terroristes djihadistes, telles que cela a pu être le cas dans l’Al Qaïda dont Daesh est issu.

Quand Osama Ben Laden, éliminé par les Navy Seals américains en mai 2011, sentait la nécessité de procéder à l’abattage sélectif et d’épurer les cercles dirigeants de l’organisation d’agents opérationnels de haut niveau, qui avaient cessé d’être utiles ou qui souffraient de fatigue, il s’en débarrassait en se débrouillant pour faire parvenir aux renseignements américains des tuyaux sur leurs tenants et aboutissants, trajectoires, domiciliation, etc.

Un exemple notable de ce genre de purge interne, c’est Khalid Sheikh Mohammed, planificateur central des attentats du 11 Septembre contre New York et le Pentagone, qui  s’est fait « donné » à la CIA en 2003. 

Si c’est ce qui a pu arriver à Al Adnani, les sources du contre-terrorisme de Debkafile relient cet épisode à la récente réapparition sur la scène terroriste islamiste en Syrie, il y a trois semaines du cerveau vétéran d’Al Qaïda, Saif al-Adel (ancien pilote égyptien, planificateur d’attentats complexes type Mumbaï, sur plusieurs cibles simultanées) avec un groupe de disciples.

Al-Adel est réputé être l’un des terroristes les plus dangereux au monde, qui dispose d’une longue expérience de planification et d’exécution d’opérations marquées par des pertes innombrables, qui remontent aux années 1980. On le crédite d’avoir réalisé les assauts à grande échelle contre les ambassades américaines d’Afrique de l’Est en 1988 et d’une série de frappes particulièrement meurtrières en Arabie Saoudite en 2003, dont certaines ont frappé des cibles américaines.

Personne ne sait encore précisément comment Al-Adel et son gang ont rejoint la Syrie et avec quels objectifs. On sait simplement qu’ils ont franchi la frontière depuis l’Irak. On peut supposer, selon certains observateurs des renseignements et des politiques internes au sein des groupes terroristes, qu’après avoir décidé qu’Al-Adnani était, maintenant, un atout périmé, certains dirigeants de Daesh auraient pu trouver son remplaçant.

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