Nucléaire iranien : les négociateurs piétinent près du but

Le président Rohani doit s’exprimer à 17h30GMT devant le peuple iranien sur l’avancée des pourparlers

Carlos Barria (POOL/AFP)Carlos Barria (POOL/AFP)« Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius (C) parle avec son homologue allemand Frank-Walter Steinmeier lors des pourparlers sur le nucléaire iranien à Vienne, le 10 juillet 2015 »

Tous les ministres engagés dans les négociations sur le nucléaire iranien ont jeté leurs forces dans la bataille lundi à Vienne pour tenter d’arracher un accord historique, mais leurs chances d’aboutir dans la soirée semblaient « limitées ».

Depuis deux jours, tous les acteurs assurent que l’accord définitif est « à portée de main », ou « prêt à 98% », qu’il ne manque qu’une « volonté politique » pour surmonter les derniers différends.

Pour ce faire, les chefs des diplomaties américaine John Kerry et iranienne Mohammad Javad Zarif, les principaux protagonistes, se sont retrouvés au Palais Coburg comme presque tous les jours depuis l’ouverture du dernier cycle de négociations, le 27 juin.

Mais pour la première fois depuis plusieurs jours, leurs homologues russe, chinois, français, britannique, allemand et européen ont tous participé aux échanges.

« Tout le monde travaille dur pour obtenir un oui aujourd’hui », a twitté le diplomate iranien Alireza Miryoussefi dans la matinée.
Les chances d’aboutir lundi sont « faibles », a toutefois estimé en fin d’après-midi une autre source iranienne.

Imperturbable, M. Zarif s’est dit prêt à négocier « aussi longtemps que nécessaire ».

Pour Pékin toutefois, il faut cesser de tergiverser. « Aucun accord ne peut être parfait », a rappelé le ministre Wang Li. « Les conditions sont déjà en place pour atteindre un bon accord » et « il ne doit pas y avoir de nouveaux délais », a-t-il ajouté.

– Liesse –

Téhéran et les grandes puissances tentent de refermer un dossier qui empoisonne les relations internationales depuis plus de douze ans.

L’Iran est soupçonné d’avoir mis en oeuvre, jusqu’en 2003 et peut-être au delà, un programme nucléaire militaire sous couvert d’activités civiles, ce qu’il a toujours nié.

Depuis une dizaine d’années, les Etats-Unis, l’Union européenne et l’ONU imposent des sanctions à la République islamique pour la forcer à négocier.

Les pourparlers n’ont vraiment commencé qu’en 2013, après l’élection du président Hassan Rohani sur la promesse d’une levée des sanctions.

En avril, à Lausanne, les négociateurs ont obtenu à l’arraché un accord-cadre qui a fixé les grands principes du texte final.

L’Iran a notamment accepté de réduire le nombre de ses centrifugeuses et son stock d’uranium enrichi, ce qui doit rendre quasi impossible la fabrication rapide d’une bombe atomique.

L’accord-cadre renvoyait les modalités pratiques à des discussions ultérieures, censées se terminer le 30 juin. L’échéance a été reportée à trois reprises et la dernière date-butoir est fixée, jusqu’à nouvel ordre, à lundi soir.

Dimanche, le président Rohani a comparé les négociateurs à des alpinistes arrivés tout près du sommet. « Si l’on regarde d’en bas on a l’impression qu’on y est arrivé. Mais lorsqu’on est en haut, on sait qu’il reste encore quelques pas à faire », a-t-il estimé.

Le chef d’Etat doit s’exprimer à la télévision une fois l’accord conclu. Aucune date, aucune heure n’a été confirmée pour cette intervention.

Indice montrant qu’un épilogue est en vue : le ministre iranien de l’Intérieur a demandé aux autorités locales de se préparer à des scènes de liesse dans les rues, la population espérant que la levée des sanctions internationales permettra une amélioration de ses conditions de vie en cas d’accord.

Interrogé pour savoir s’il était possible de s’attendre à un accord lundi soir, la source iranienne a répondu qu’il y avait désormais une « faible possibilité ».

Le président iranien Hassan Rohani doit s’exprimer lundi à 17H30 GMT à la télévision d’Etat pour évoquer les négociations nucléaires en cours à Vienne, a annoncé le ministère de la Culture dans un communiqué.

Cette intervention télévisée interviendra quelques heures avant l’expiration d’un nouveau délai dans les discussions entre l’Iran et les grandes puissances pour tenter de sceller un accord historique sur le programme nucléaire de Téhéran.

Netanyahou: l’Occident prêt à signer un accord « à n’importe quel prix »

Ministère des Affaires étrangères MFAMinistère des Affaires étrangères MFA« Le Premier ministre d’Israël Benyamin Netanyahou »

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, a critiqué lundi idevant le Parlement israélien l’accord sur le nucléaire iranien actuellement négocié à Genève. « Alors que les pays autour de la table des négociations continuent de faire des concessions, le président iranien, Rohani, était à la tête d’une manifestation haineuse dans les rues de Téhéran au cours de laquelle la foule a scandé ‘mort aux Etats-Unis, mort à Israël’. Si malgré cela, les négociations ont continué, cela veut dire qu’ils sont prêts signer un accord à n’importe quel prix », a-t-il déclaré.

« Nous avons l’obligation d’empêcher l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire », a ajouté le Premier ministre israélien.

« Un accord difficile à vendre »

Le chef de la majorité républicaine au Sénat américain Mitch McConnell a estimé dimanche qu’un éventuel accord avec l’Iran, serait « très dur » à vendre au Congrès, majoritairement républicain.

« Ca va être très dur à vendre pour l’administration » démocrate, a estimé M. McConnell sur Fox News. Si le président Barack Obama oppose son veto à un désaccord du Congrès sur le compromis avec l’Iran, « il devra trouver au moins 34 sénateurs » pour le valider, a-t-il soutenu.

« Nous savons déjà que ça laissera l’Iran devenir un quasi Etat nucléaire. Nous le savons. On dirait que l’administration veut conclure n’importe quel accord qui convienne aux Iraniens. Donc je pense que ça va être très dur à vendre au Congrès », a expliqué le responsable républicain.

« Il y avait une autre option. Plutôt que de passer des années à essayer d’obtenir du pire des régimes au monde qu’il accepte de limiter sa capacité nucléaire, nous aurions pu renforcer les sanctions parce que c’est ça qui les a fait venir à la table des négociations au début », a-t-il ajouté.

L’élu a dénoncé en outre les « activités collatérales et ce qu’ils font en Syrie, au Liban, à Gaza et au Yémen », ce qui ne fait pas partie des discussions sur le nucléaire.

Le président républicain de la Chambre des représentants, John Boehner, a pour sa part réaffirmé sur CBS que « pas d’accord du tout était mieux qu’un mauvais accord ». « L’administration a reculé sur presque toutes les lignes directrices qu’elle s’était fixées », a-t-il estimé.

Le sénateur démocrate Bob Menendez, ex-président de la commission des Affaires étrangères, s’est lui dit « optimiste » sur la conclusion d’un accord.

« Cela ne signifiera pas nécessairement des relations cordiales mais ce sera l’occasion de travailler ensemble pour résoudre » des problèmes comme la lutte contre le groupe Etat islamique ou le trafic de drogue, a-t-il affirmé.

Le sénateur républicain et candidat à la Maison Blanche Lindsey Graham a suggéré sur CNN de « garder » l’accord intérimaire conclu à Lausanne début avril jusqu’à ce qu’un nouveau président américain conclue un accord final.

« Laissons quelqu’un d’autre négocier avec les Iraniens, car Obama a été très mauvais comme négociateur », a-t-il dit.

Le sénateur républicain de l’Arkansas Tom Cotton a estimé sur CBS que « les Etats-Unis sont allés beaucoup trop loin en terme de concessions à l’Iran ». « Quel que soit l’accord de ce week-end, il sera dangereux pour les Etats-Unis et dangereux pour le monde », a-t-il estimé.

Si un accord final est signé et soumis par l’exécutif américain au Congrès, ce dernier aura 60 jours calendaires pour l’examiner et éventuellement tenter de le bloquer.

La confiance régnait dimanche à Vienne parmi les négociateurs, que le président iranien Hassan Rohani a comparé à des alpinistes lancés à l’ascension d’un sommet.

« Nous sommes si près que si on regarde d’en bas on a l’impression qu’on y est arrivé, mais lorsqu’on est en haut on sait qu’il reste encore quelques pas à faire », a-t-il déclaré depuis Téhéran.

Dans la capitale autrichienne, le secrétaire d’Etat John Kerry a aussi fait état de son « optimisme », tout en admettant qu’il restait un « petit nombre de points » en suspens.

A lire aussi: Nucléaire: « le sommet est très proche », assure le président iranien

L’Union européenne, Berlin et Paris ont tous évoqué des heures « décisives » ou la « dernière phase » des négociations.

(i24news avec AFP)

 

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