Bonjour à toutes et à tous, bienvenue aux nouveaux lecteurs, quelques mots sur la paracha de la semaine, Pin’has. Il s’agit de commenter le verset suivant : « C’est pourquoi dis [lui] voici que je lui accorde mon alliance [de] paix ». En hébreu : « Lakhen émore hinéni notene lo ète bériti chalom ».

Bilam l’horrible sorcier de la paracha précédente (Balak) n’est certes pas parvenu à maudire Israël, mais il a réussi à donner un très mauvais conseil à Balak : celui de prostituer les femmes de Midian afin de faire chuter Israël … Leur D.ieu, dit-il, déteste la débauche … Effectivement, une plaie s’abat sur le peuple à la suite de cette dépravation, ce qui entraîne la disparition de 24 000 personnes …

Bilaam, le prophète des nations

Au commencement, D.ieu créa un monde marqué par la dualité. Il y a une allusion à cela à travers le premier verset de la Torah : « Au commencement, D.ieu créa les cieux et la terre ». Les cieux désignent la spiritualité, alors que la terre est reliée à la matérialité. La première lettre de la Torah est un Beit, de valeur numérique égale à deux. Lumière et obscurité, soleil et lune, homme et femme, positif et négatif… Le symbolisme du « deux » est universel.

Nos maîtres de mémoire bénie nous expliquent que le monde fut créé dans un acte d’amour infini. Cela signifie que D.ieu voulait dispenser Son immense bonté à des êtres créés. Il créa donc le monde dans un acte d’altruisme absolu. Le Psaume 89 dit : « olam hessed yibané » : « le monde est construit sur la bonté ». Le Créateur est donc le donneur, alors que la créature est dans une position de réception vis-à-vis de Lui. D.ieu crée un monde avec des brisures et des manques, pour que l’homme, par son travail sur lui-même, parvienne à le rendre parfait.

C’est alors qu’en retour, l’homme fait plaisir au Créateur, parce qu’il réalise Sa volonté. Au départ, l’homme n’était qu’une créature du recevoir, incapable de donner. Mais la prise de conscience de sa véritable mission qui est celle de se construire lui fit endosser un nouveau vêtement : celui de s’élever en tentant de ressembler à son Créateur.

L’homme Adam peut être attiré vers le bas, la terre, Adama, dont il est issu. Mais il peut aussi désirer ressembler à son Créateur : il tend alors vers Adamé, Je ressemblerai (au Créateur). Si l’homme ne fait que recevoir, sans donner, il ressemble à cette terre inculte où rien ne pousse. Par contre, s’il accepte de recevoir pour ensuite donner, il est semblable à cette terre nourricière dont le potentiel s’exprime dans la réalisation de belles productions agricoles … Recevoir pour donner, cela signifie qu’en acceptant que D.ieu règne sur moi dans la vie, au quotidien, je fais en retour plaisir au Créateur, c’est-à-dire que je suis en position de donneur vis-à-vis de Lui.

En effet, le Créateur souhaite que l’homme fasse Sa volonté : cela procure s’il l’on peut s’exprimer ainsi, une certaine satisfaction au Créateur. Il a été dit plus haut que le monde est basé sur le chiffre 2. Dans les mondes spirituels, la bénédiction s’étend dans tous les mondes, par l’intermédiaire d’un principe « masculin » donneur, et d’un principe « féminin » receveur. Ces deux principes sont appelés « le Saint béni soit-Il » et « la Présence divine ou Shékhina ».

Ce sont les actions des hommes qui influent sur l’union de ces principes. Quand l’homme accomplit la volonté de son Créateur, il permet à ces degrés spirituels de s’unir face à face, de sorte à faire descendre de façon optimale la lumière divine. A l’opposé, quand l’homme ne travaille pas sur lui-même et ne met pas en application les lois de la Torah, il entraîne une diminution de la bénédiction.

Ce qui existe au niveau spirituel se retrouve également dans notre plus proche quotidien. Il s’agit de la relation entre l’homme et la femme dans le couple. Dans la Torah, la femme est appelée ézer, une aide, à l’égard de l’homme. En effet, l’homme occupant la position de donneur, il possède en lui un potentiel qui nécessite d’être exploité à l’extérieur.

C’est à la femme qu’incombe la mission de dévoiler le potentiel, c’est-à-dire le meilleur de son mari. En retour, quand la femme comprend où est sa véritable place, elle peut alors non seulement concrétiser les projets de son mari, mais également quitter sa position initiale réceptrice pour pouvoir à son tour donner. L’homme reçoit alors de son épouse. Ainsi, pour résumé, dans un premier temps, l’homme donne et la femme reçoit.

Puis dans une seconde étape, c’est la femme qui donne et l’homme qui reçoit. Il en est de même dans la relation que nous entretenons avec D.ieu. Le Créateur nous donne tout Son amour, et nous recevons Ses bontés en permanence. Mais avec le temps, en suivant Sa Torah et en travaillant sur nous-mêmes, nous apprenons à Lui donner de notre temps et de notre amour. Et en retour, nous comblons de satisfaction notre Créateur, car c’était bien Son intention originelle en créant l’homme : le faire sortir de son égoïsme de créature pour naître à l’altruisme.

Et l’homme apprend à donner à D.ieu en sachant d’abord s’ouvrir à l’autre, qui porte aussi en lui l’image de D.ieu. C’est alors que la Torah devient une Torat hessed, une Torah de bonté. Quand, dans ce monde miniature qu’est le couple, l’homme et la femme apprennent à se donner mutuellement, rien ne peut altérer leur amour réciproque. Leur affection rejaillit alors dans les mondes spirituels qui amènent une avalanche de bénédictions dans notre monde.

Pin’has savait tout cela. Ce nom est la contraction de Péné-hessed, le visage de bonté. Pin’has est conscient de ce que peut entraîner la débauche sur l’ensemble du peuple : il sait que la bénédiction ne peut reposer que sur un peuple saint, c’est-à-dire séparé et détaché des désirs instinctifs et pulsionnels qui ne sont pas l’héritage de Ya’akov. Les âmes d’Israël ont une origine sublime, extrêmement élevée. Mais, depuis le Sinaï, nous avons accepté d’une seule voix de suivre les mitsvot de D.ieu.

Nous nous retrouvons donc toutes et tous liés les uns les autres. Si je décide de faire un petit effort dans la pratique, une autre personne, quelque part dans le monde, se mettra aussi à faire quelque chose de plus, à s’améliorer. A l’inverse, si je baisse les bras, je peux aussi entraîner un affaiblissement chez mon prochain. D’où la notion de responsabilité. Zimri ben Salou, le prince de la tribu de Chimon, tomba sous les charmes de Kozbi, la fille d’un chef de peuplade de Midian, Tsour.

L’acte de débauche de Zimri, en public, met en péril le peuple tout entier. Auparavant Moché et Aharon avaient imploré D.ieu dans l’affaire de Korah : Quoi ! Un seul homme aurait fauté et Tu anéantirais la communauté toute entière ! Dans le cas de Zimri ben Salou, l’immoralité intervient en portant atteinte à la bénédiction du peuple, réalisée à travers l’union des principes spirituels masculins et féminins. Zimri ben Salou refuse la mission que D.ieu a inscrit en lui à travers les lettres de son nom. En effet, Zimri est dérivé de léhazmir, couper, élaguer. Il s’agit ici de supprimer les forces du mal qui s’attaquent à la sainteté.

On y parvient par le chant (zemer) de sainteté : par le pouvoir merveilleux de la musique, l’âme s’éveille et brûle d’amour pour son Créateur. Ce feu sacré anéantit toute tristesse et consume les écorces qui cherchaient à refroidir le cœur du juif dans son service divin. Grâce à ce travail spirituel, Zimri se serait élevé au niveau de son père Salou. Salou a la valeur numérique de l’union des deux noms divins, le nom Adnout (65) et le Tétragramme (26) : Salou = 97 = 26 et (vé=6) 65.

De plus, le Nom sacré 26 correspond précisément au principe masculin, alors que le Nom sacré 65 est relié au principe féminin. Ainsi, si Zimri s’était retenu de fauter, il aurait entraîné l’union des mondes spirituels … Mais il succomba à la tentation en tombant dans le piège de Kozbi, nom lu kézev-yod, soit la déception de l’Alliance sacrée, la lettre yod représentant le membre de l’Alliance.

Car derrière les charmes de la femme étrangère (Kozbi) se dissimule en fait la rigueur et la dureté de coeur : elle est fille de Tsour, le rocher … La mission de Pin’has, inscrite dans les lettres de son nom fut au contraire d’adoucir la rigueur liée à la faute de l’immoralité : il s’agissait de faire en sorte que le Créateur présente au peuple une Face bienveillante, de bonté (Pin’has = Péné Hessed, le visage de bonté).

Au péril de sa vie, Pin’has frappe les deux fauteurs : leur union ayant eu pour conséquence de séparer les mondes spirituels sacrés, Pin’has les frappa tous les deux pour arrêter le fléau divin, apaiser la rigueur suscitée par l’immoralité et ramener la paix.

Le verset dit : « c’est pourquoi, dis[lui] : voici que je lui donne mon alliance [de] paix ».

Ouvre mes yeux et je verrai les merveilles de Ta Torah … Comment des notions si profondes sont enfouies dans des mots en apparence simples de notre sainte Torah. Torah, ma chère Torah, comme Tu m’es précieuse !

C’est pourquoi : lakhen.

La lettre noun qui finit ce mot représente l’attribut féminin, la Noukva, la Présence divine. Le mot lakhen est à lire : lékha – noun : à toi la Présence divine.

Cela signifie que Pin’has mérite que la Présence divine repose sur lui, car il a vengé Son honneur, en lui permettant de continuer à recevoir les lumières spirituelles de Son époux, le Saint béni soit-Il.

Nos maîtres de mémoire bénie nous enseignent : « Celui qui tue le serpent, on lui donne en mariage la fille du Roi ».

Lisez bien les lignes qui suivent, elles sont essentielles ! Cet enseignement provient du saint Baal Chem Tov. Toutes nos actions, nos pensées, nos paroles s’élèvent dans les mondes spirituels. Si nous commettons des fautes, ces dernières entraînent des dommages et des manques … La Présence divine, aussi appelée la fille du Roi, est blessée par nos fautes … Dans ce monde, nous demandons la subsistance, la réussite, la santé, … Nous commettons l’erreur de ne pas travailler à la racine … Autrement dit, nous devons supplier D.ieu de réparer les dégâts que nous avons engendré dans les mondes spirituels. Il faut prier ainsi : Maître du monde ! Aide-moi à réparer les manques et les dégâts que j’ai provoqué en raison de mes erreurs, auprès de la Présence divine. Car si nous réparons en haut, alors de manière automatique, le manque est comblé en bas : nos prières sont alors exaucées !

Tuer le serpent signifie débarrasser la Présence divine des fautes qui la blessent. C’est alors que l’homme s’attache à Elle : la Présence divine repose sur lui : Elle lui est donnée en mariage.

Emor : dis ! Pin’has hérite ainsi du don de la parole de sainteté, car il devient maintenant Cohen, en acquérant le pouvoir de bénir le peuple, par la bénédiction des Cohanim.

Hinéni : Me voici. Ce mot se décompose en hiné-ni. Hiné a la valeur numérique de 55 qui est la même que Cala, la fiancée qui est le surnom poétique de la Présence divine. Enfin, la deuxième partie « ni » (dans hinéni) a la valeur numérique de 60, soit la même que le mot Kéli, le récipient. Car en agissant de la sorte, il permet à la Cala, la Présence divine, de recevoir de Son époux les lumières dont Elle a besoin. De plus le nombre 60 fait allusion aux 60 lettres de la bénédiction des Cohanim, qui servent de récipient à la bénédiction céleste.

Notène : (Je) lui donne.

La valeur numérique de ce mot est de 500 soit la somme de 248 et 252. Ces deux nombres correspondent précisément au nombre d’organes de l’homme (248) et de la femme (252), celle-ci possédant l’utérus et d’autres membranes organiques dont l’homme est dépourvu. Dans les mondes spirituels, nos maîtres de mémoire bénie nous apprennent que la structure du principe masculin contient 248 parties, et celle du principe féminin 252. Ainsi le mot « notène » désigne le fait que c’est bien l’union parfaite de ces deux principes qui « donne » – notène – la bénédiction à tous les mondes.

Lo : à lui. Pin’has hérite de toutes ces bénédictions célestes.

Ete : ce terme désigne la Présence divine. La succession des mots « lo – ète » constitue une allusion au fait que Pin’has hérite (lo à lui) de la Présence divine (ète). Autre explication : lo désigne le principe masculin, alors que ète relève du principe féminin. Cela signifie que par l’acte de Pin’has, ète, la Présence divine « appartient » à Lui, lo, qui désigne le principe masculin le Saint béni soit-Il, c’est-à-dire qu’Elle Lui reste attachée.

Bériti chalom : Le Créateur accorde à Pin’has Son alliance de paix : bériti chalom (Mon alliance de paix).

Mon alliance : il s’agit de l’union entre le Saint béni soit-Il et la Présence divine. Cette union est synonyme de paix, chalom, car elle est toute entière bénédiction. En effet, la bénédiction la plus sublime est celle de la paix, le mot chalom désignant la parfaite harmonie entre le feu (ech) représenté par la lettre chine qui débute le mot, et la lettre mem (mayim l’eau) qui achève le mot. Ayant réalisé la paix c’est-à-dire l’union parfaite dans les mondes supérieurs entre le Hatan (le Saint béni soit-Il) et Sa Cala (la Présence divine), Pin’has hérite en retour de la paix.

A retenir :

  1. L’amour dans un couple demande à être entretenu. Cela implique un échange permanent dynamique entre les conjoints, de la position de donneur à celle de receveur, et de receveur à celle de donneur.
  2. Quand un homme et une femme réalisent leur mission respective, ils entraînent une abondance de bien dans leur couple, mais aussi dans leur entourage. A un niveau supérieur, les mondes spirituels s’unifient grâce à eux !
  3. La paix est la bénédiction la plus précieuse qui existe, au point que D.ieu Lui-même s’appelle Chalom !
  4. D.ieu est prêt à effacer Son Nom pour préserver la paix entre un homme et son épouse. Il faut tout faire pour éviter les querelles et les disputes ! Imaginez les dégâts que cela peut entraîner dans son propre monde intérieur, mais aussi à l’échelle cosmique et spirituelle ! C’est vraiment trop stupide de gâcher toute cette bénédiction céleste pour des motifs qui sont souvent d’ordre purement matériel …
  5. La sainteté dépend du regard. Efforçons-nous de porter des vêtements plus décents, d’avantage en conformité avec notre si belle mission.
  6. Fils et filles d’Israël ! Votre splendeur rayonne de l’intérieur. Vous êtes tous et toutes de magnifiques diamants dont la beauté émerveille tous les êtres célestes. Sachez garder votre écrin ! Préservez-le de toute influence étrangère, afin que la pureté de votre âme ne se ternisse pas. Gardez-vous de suivre les modes et les tendances éphémères. Soyez fier(e)s d’appartenir à un peuple noble. Votre parure est votre gloire (extraits de mon ouvrage Ateret paz).

Que D.ieu nous aide toujours à être des messagers de paix, et qu’Il fasse venir rapidement notre Machiah, le Prince de la Paix, Amen.

Bien cordialement

S.D

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