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« Dites-moi qui sont vos agents au Kurdistan », exigea t-il de savoir…

La crise des otages de l’ambassade à Téhéran a duré 444 jours et s’est finalement terminée au début 1981, par la libération de 52 captifs américains, constituant l’évènement le plus significatif d’une année tumultueuse.

Le mois suivant cette prise de l’ambassade, les troupes soviétiques entraient en Afghanistan et avant même que la crise des otages n’aboutisse, l’Iran et l’Irak étaient en guerre ouverte.

L’incapacité américaine à libérer ses diplomates – dont une tentative avortée d’envoi de commandos, qui a tourné au désastre – a paralysé la politique étrangère américaine et sapé les fondements de la Présidence de Jimmy Carter.

La focalisation quotidienne sur le sort des otages a aussi détourné l’attention d’autres drames, parmi lesquels une campagne sanguinaire des nouveaux maîtres islamistes de l’Iran pour écraser une révolte des Kurdes du pays.

Dans l’atmosphère de paranoïa qui a marqué les premiers mois de la révolution qui a triomphé en février 1979, le clergé chi’ite, tentant de monopoliser le pouvoir, percevait ses anciens alliés de gauche et au sein des minorités ethniques d’Iran, par-dessus tout, les Kurdes, comme des ennemis potentiels.

La prise d’otages a été déclenchée par une décision américaine d’accepter l’entrée du Shah exilé pour des soins médicaux. Cela a été perçu comme le signe de l’antipathie américaine envers la révolution. Une des premières exigences des étudiants concernait son extradition.

Les soi-disant étudiants, suivant la ligne dure de l’Imam, disposaient de l’appui total de Khomeiny et des autres dirigeants religieux de la révolution, bien que les responsables à Washington ont mis un temps certain à le comprendre.

Le siège de l’ambassade était utilisé comme un moyen pour le clergé de réduire la légitimité et l’autorité du gouvernement non-religieux, de le purger des laïcs, et d’engager la procédure pour encadrer une nouvelle constitution et intensifier la chasse aux sorcières contre les « ennemis intérieurs ».

A l’époque de la prise de l’ambassade, le 4 novembre, le régime était déjà en conflit avec la minorité kurde du pays. Ces troubles allaient se propager ailleurs, parmi les Arabes, les Baloutches et les Azéris.

Les Kurdes percevaient la chute du Shah comme une occasion de sécuriser les conditions de droits à l’autonomie à l’intérieur de la nouvelle République.

Mais leurs revendications d’autonomie et de reconnaissance des droits culturels kurdes – il n’y avait, alors, aucun appel à l’Indépendance – les ont fait basculer, dans le regard du régime, du côté des ennemis soupçonnés de comploter pour provoquer l’effondrement de la République Islamique.

Déjà, en mars 1979, les Kurdes – majoritairement Sunnites, face à un pouvoir chi’ite – s’étaient révoltés contre leur exclusion du nouveau régime, formé exclusivement de Chi’ites.

Khomeiny a interdit au dirigeant kurde, Abdulrahman Qassemlou, de représenter son peuple au sein de l’Assemblée des Experts qui était conçue pour élaborer la nouvelle Constitution ( Qassemlou devait être, dix ans plus tard, exécuté à Vienne par des agents iraniens présumés).

Alors que certains dirigeants kurdes cherchaient un arrangement avec la République Islamique, d’autres, essentiellement liés au Parti Démocratique du Kurdistan iranien, ont opté par la lutte armée.

La révolte kurde qui s’est propagée est partie de Paveh, où les Kurdes locaux ont pris les quartiers généraux de la police et de l’armée.

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Les représailles du régime ont été impitoyables. Khomeiny a proclamé le Jihad total contre les Kurdes et les a désignés comme les pires ennemis de l’Etat. Téhéran a déployé des avions de chasse, des tanks et de l’artillerie lourde contre ses opposants dotés d’armes légères.

Autour du mois d’août, et alors que les premiers mois de la crise des otages à Téhéran monopolisait l’attention internationale, le régime a déployé ses troupes pour écraser la résistance des bastions kurdes, tels que Saqqez et Mahabad.

Mais, malgré des centaines de morts sur le champ de bataille et les exécutions sommaires, ordonnées par Hojatoleslam Sadeq Khalkhali, le réputé « juge ordonnateur des pendaisons » du régime, les rebelles kurdes ont réussi à tenir dans leurs bastions, jusqu’au printemps et à l’été de 1980.

Vers le mois de septembre, alors que la crise des otages devait être bientôt résolue, le Kurdistan iranien est devenu un territoire frontalier entre deux Etats en guerre, à la suite de l’invasion irakienne. Une insurrection kurde de basse intensité a continué de balbutier jusqu’en 1983.

L’étendue de la paranoïa des religieux du régime, concernant les Kurdes, peut être évaluée à l’aune d’un échange entre un otage américain et l’un de ses interrogateurs.

Durant les mois qu’a duré la crise, John Limbert, diplomate et universitaire kurde, l’un des 52 otages, a été tiré de son lit au petit matin par ses geôliers, jusqu’au dernier de ses très nombreux interrogatoires.

Cette fois, il a été interrogé par Hossein Sheikholeslam, un dirigeant de la prise d’otages dans ce que les étudiants surnommait le Nid d’Espions.

Il voulait tout savoir des contacts du diplomate. « Racontez-moi tout sur vos agents secrets au Kurdistan », a-t-il exigé, selon un compte-rendu d’un auteur de mon journal, Mark Bowden.

Limbert avait eu vent de la révolte au Kurdistan et devinait que les occupants de l’Ambassade devaient supposer qu’il y avait des agents, en train de renforcer un complot contre la République Islamique.

Mais le diplomate ne disposait pas de contacts de cette nature, selon son propre témoignage. Il n’vait pas mis les pieds au Kurdistan depuis 7 ans. Le musculeux Sheikoleslam, futur ambassade d’Iran en Syrie, n’en était absolument pas convaincu.

« Vous savez ce que nous faisons aux espions », l’a-t-il averti, « Nous fusillons les espions ».

Par Harvey Morris 3 novembre 2014

[rudaw.netArticle original

Adaptation : Marc Brzustowski.

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