1808: le judaïsme est reconnu comme religion en France

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A l’heure où la France est à feu et à flammes à cause des attentats islamistes, certains pensent que l’union des religions serait le meilleur barrage au fanatisme. Revenons sur l’histoire du culte juif en France.

L’organisation du culte catholique est fixée en 1801 grâce au Concordat et celle du culte protestant par les Articles Organiques du 18 germinal an X. Cependant, rien n’est établi pour le culte israélite. Cette situation satisfait les Juifs bordelais bien intégrés mais, en Alsace, des désordres apparaissent.

Des synagogues dissidentes sont créées et, surtout, le prêt à intérêt suscite de multiples conflits. Certains dans l’entourage de Napoléon, tels Louis de Bonald ou Mathieu Molé, prônent des mesures d’exception contre les Juifs, alors que les libéraux demandent seulement l’application de la loi existante. Finalement, le 30 mai 1806, un décret du Conseil d’État convoque une « Assemblée des Notables » juifs choisis par les préfets.

Faisant suite à l’Assemblée des notables (1806) et aux décisions doctrinales du Grand Sanhédrin (1807) qui confirment la compatibilité du judaïsme avec le Code Civil, l’organisation du culte israélite devient effective avec les décrets impériaux des 17 mars et 11 décembre 1808. Pour la première fois dans l’histoire européenne, le judaïsme est reconnu comme religion.

Désormais une synagogue et un consistoire seront établis dans chaque département où résident au moins 2 000 israélites. A la tête de chaque consistoire, un grand rabbin assisté de laïcs (tous agréés par le ministère des Cultes) assurera l’instruction religieuse des fidèles tout en veillant à leur régénération, soit à leur intégration sociale et économique. Dès le 11 décembre 1808, sept consistoires départementaux sont créés avec le Consistoire central qui siège à Paris et est chargé d’aider et surveiller les circonscriptions ainsi que d’assumer le bon fonctionnement du rabbinat.

Malgré la chute du régime impérial, l’organisation consistoriale est maintenue avec la garantie de la liberté des cultes (sénatus-consulte du 1er avril 1814) et le versement des traitements aux ministres du culte israélite sous Louis-Philippe (loi du 8 février 1831). Ainsi, le judaïsme devient enfin l’égal des autres religions en France. Pourtant, avec l’ordonnance du 25 mai 1844, le culte israélite est à nouveau réglementé. Les pouvoirs du Consistoire central sont renforcés avec pour fonction essentielle de veiller aux intérêts du culte. Le grand rabbin du Consistoire central conserve ses prérogatives (délivrance des diplômes rabbiniques et droit de censure sur les autres rabbins) même si les laïcs sont davantage représentés.

Alors qu’en septembre 1807, le crédit avait été réglementé et les taux d’intérêt limités à 5 %, Napoléon fait passer, le 17 mars 1808, un décret envers les Juifs et particulièrement les Juifs alsaciens qui prévoit toute une série de cas arbitraires d’annulation de créances et ordonne aux commerçants juifs de se faire délivrer par les préfets une patente annuelle et révocable.

De plus, les Juifs doivent satisfaire en personne à la conscription et n’ont plus la possibilité de payer un remplaçant comme les autres citoyens. Enfin, les Juifs n’ont plus le droit d’immigrer en Alsace. Ce décret ne s’applique pas aux Juifs de Bordeaux, de la Gironde et des Landes « n’ayant donné lieu à aucune plainte, et ne se livrant pas à un trafic illicite ». Il n’est valable que pour 10 ans.

Ce décret suscite une vive émotion et les Juifs de Paris et de Bayonne parviennent aussi à en être exemptés. Surtout, il appauvrit considérablement les Juif

Lorsque la colonisation de l’Algérie se concrétise, l’ordonnance royale du 9 novembre 1845 permet la création de trois consistoires départementaux dans les provinces d’Alger, de Constantine et d’Oran. Sur le même modèle des consistoires métropolitains, un judaïsme « à la française » est imposé aux Juifs d’Algérie, non sans réticences et il faudra attendre le premier conflit mondial pour que l’émancipation entière des israélites de la colonie soit admise.

 

Le Consistoire central évolue ainsi au gré de l’histoire nationale. Tandis que la population juive d’Alsace émigre vers Paris, Lyon et Marseille, de nouvelles circonscriptions consistoriales apparaissent : Saint-Esprit-les-Bayonne (1846) et Lyon (1857). Avec la perte de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine en 1871, les réfugiés s’installent dans de nouveaux lieux ce qui oblige le Consistoire central à créer d’autres consistoires départementaux : Lille (1876), Besançon (1881) et enfin Epinal (1896).

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