Vingt États américains réécrivent la carte biblique
Un discret mais large mouvement politique est en train de s’organiser aux États-Unis autour d’une question en apparence technique : faut-il continuer à parler de « Cisjordanie » ou revenir aux appellations bibliques de « Judée-Samarie » ? Selon les responsables israéliens impliqués, une vingtaine d’États américains se préparent à déposer des textes reconnaissant le « droit historique du peuple juif » sur cette région, dans la foulée de visites en Israël et en Samarie effectuées par plusieurs centaines d’élus locaux et fédéraux, invités notamment par Yossi Dagan, président du conseil régional de Samarie.
Parmi les plus actifs figurent le représentant Mark Gidley (Alabama) et Chris Todd (Tennessee). Tous deux, après avoir parcouru la Samarie – du panorama stratégique de Peduel aux monts Garizim et Ebal, en passant par le tombeau de Joseph à Naplouse et les sites d’Hébron et Shilo – ont déposé dans leurs États respectifs des projets de loi qui proposent de remplacer dans tous les documents officiels l’expression « West Bank » par « Judea and Samaria ». À leurs yeux, il s’agit moins d’un détail lexical que d’une « correction historique » : ils affirment vouloir « changer le récit » en parlant d’une terre de Judée et non d’une simple rive ouest du Jourdain, et revendiquent que cette terre « appartient au peuple d’Israël ».
Ces initiatives s’inscrivent dans un réseau structuré. La National Association of Christian Lawmakers (NACL), qui rassemble des élus chrétiens dans les 50 États américains, a fait de la question de la Judée-Samarie un axe majeur de son action et a conduit, en novembre 2025, une délégation de vingt parlementaires de différents États pour prier au tombeau de Joseph aux côtés de Yossi Dagan. Parallèlement, des groupes conservateurs comme l’ALEC diffusent un texte-modèle, le « Recognizing Judea and Samaria Act », que les parlements locaux peuvent adapter. L’Arkansas a déjà franchi un cap : sa loi HB 1929, devenue Act 797, impose désormais l’usage exclusif de « Judea and Samaria » dans tous les documents officiels de l’État. La Floride a suivi avec le projet HB 31, porté par le républicain Chase Tramont, qui interdit l’emploi du terme « West Bank », tout en prévoyant un système de dérogations dûment motivées. D’autres États, comme l’Utah, le Tennessee, l’Alabama, la Louisiane ou encore l’Idaho et l’Oklahoma, ont introduit ou préparent des textes similaires.
Le phénomène dépasse le niveau local. Au Congrès, la représentante Claudia Tenney a présenté la proposition fédérale « RECOGNIZING Judea and Samaria Act », soutenue au Sénat par Tom Cotton. Ce texte vise à bannir l’usage du terme « West Bank » dans les documents du gouvernement américain, sauf obligations liées à des traités internationaux. Dans le même esprit, une directive interne du président républicain de la commission des Affaires étrangères de la Chambre a demandé à ses collaborateurs de parler de « Judea and Samaria » dans les communications du camp républicain. En Israël, la Knesset a elle-même avancé un projet de loi pour remplacer systématiquement « Cisjordanie » par « Judée-Samarie » dans la législation nationale, signe que la bataille des mots est désormais centrale à Jérusalem comme à Washington.
Pour Yossi Dagan et ses alliés, ce combat terminologique touche à la fois à la sécurité et à la justice : ils mettent en avant la fragilité géographique d’Israël sans la Samarie, rappellent les textes bibliques liés à la région et affirment qu’« une nation qui bénit le peuple d’Israël sera bénie ». À l’inverse, les responsables palestiniens et de nombreuses ONG de défense des droits humains voient dans ces lois un pas supplémentaire vers une annexion de facto des territoires et une tentative d’effacer la dimension palestinienne de la région. Ils soulignent que, pour l’ONU et l’immense majorité des États, il s’agit toujours d’un territoire occupé, clef d’un éventuel État palestinien. Cette confrontation symbolique intervient justement au moment où plusieurs puissances occidentales – Royaume-Uni, Canada, Australie, puis France et d’autres pays européens – ont annoncé ou formalisé la reconnaissance d’un État de Palestine, accentuant le contraste entre deux lectures opposées du même espace. Dans ce contexte, les lois « Judée-Samarie » restent pour l’instant surtout symboliques, mais elles illustrent à quel point, au Moyen-Orient, la géographie se joue désormais autant dans les parlements que sur le terrain.
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