Nouvelle stratégie pour le Liban: retrait israélien en échange d’actions contre le Hezbollah
Suite à l’attaque contre les troupes israéliennes au moyen d’un drone piégé et à la reconstruction du Hezbollah après l’opération Lion Rugissant, il apparaît clairement qu’une solution militaire seule ne suffira pas. Une nouvelle proposition invite les dirigeants politiques israéliens à s’associer activement aux États-Unis, à renforcer les forces armées libanaises et à faire du Liban une zone de concurrence avec Téhéran.
par Zvika Haimovich
Les négociations menées sous l’égide des États-Unis entre le Liban et Israël constituent une menace directe pour le Hezbollah, mais pas seulement.
L’Iran perçoit un rapprochement entre les deux pays, voire de futurs accords de sécurité ou un accord de paix, comme une menace directe pour sa stratégie régionale.
Loin d’être affaiblie après l’opération Lion rugissant de mars et avril 2026, cette stratégie a au contraire renforcé les liens au sein de l’axe chiite, qui prend racine en Iran et s’appuie sur des groupes armés régionaux en Irak, au Yémen et au Liban, et dans une moindre mesure à Gaza.
Avec l’encouragement de l’Iran, le Hezbollah fait, et continuera de faire, tout son possible pour saboter, retarder et entraver les négociations entre Israël et le Liban. Le dernier incident, au cours duquel trois soldats de la Brigade Commando ont été grièvement blessés par un drone piégé, diffère du précédent incident où deux réservistes ont été tués par l’explosion d’un engin explosif dans une maison où ils séjournaient ou s’étaient introduits.
Dans ce cas, il était, et reste, difficile de déterminer la date et l’auteur du déclenchement de l’engin. L’attaque du week-end, en revanche, était délibérée et ne laisse aucun doute quant à son responsable.
Pour Téhéran, le Hezbollah n’est pas simplement une force de « résistance » armée contre Israël. C’est un instrument permettant à l’Iran de projeter sa puissance vers la Méditerranée, de maintenir une menace directe et immédiate contre Israël et de préserver son influence politique au Liban.
Le Hezbollah constitue également un élément important de la vision iranienne d’une continuité territoriale à travers l’Irak, la Syrie et le Liban, ambitions qu’il n’a pas abandonnées malgré des années de guerre.
L’Iran, de son côté, tentera de déplacer le débat des négociations sur le détroit d’Ormuz vers le Liban, détournant ainsi l’attention et les tensions de ses frontières vers notre région. Cela servirait ses intérêts à court terme, et Israël doit tout faire pour éviter de faire le jeu de Téhéran.
Durant l’opération Lion rugissant, Israël s’est empressé de vanter ce qu’il décrivait comme le piège stratégique dans lequel le Hezbollah était tombé, lui permettant d’étendre et de relancer sa campagne contre l’organisation au Liban. Environ six mois plus tard, cependant, Israël reconnaît que la réalité est quelque peu différente.
Le Hezbollah était loin d’être au bord de l’effondrement dans les jours qui ont suivi l’ère Nasrallah. Après une année d’offensive proactive menée sous le couvert du cessez-le-feu qui a suivi la première phase des combats, l’opération Flèches du Nord, l’organisation s’est rapidement reconstituée, a remis en état ses unités de terrain endommagées et a rétabli son infrastructure au Sud-Liban.
La prise de contrôle de la zone de sécurité a certes repoussé le Hezbollah de plusieurs kilomètres de la frontière, mais elle ne constitue pas une véritable solution durable au défi que représente le Hezbollah. Il faut le dire clairement, plutôt que d’attendre une décennie de plus, voire moins, pour le reconnaître.
Que devrait faire Israël ?
À ce stade, Israël doit faire un usage efficace de sa force militaire, que ce soit en réponse aux attaques du Hezbollah ou de manière proactive pour éliminer les menaces immédiates. Plus important encore, il doit immédiatement appliquer une saine stratégie de gouvernement, qui accompagne et guide ses actions militaires.
Je propose cinq mesures qu’Israël devrait prendre pour éviter de s’enliser dans un bourbier libanais et de faire le jeu de l’Iran :
- Israël doit se fixer un objectif clair : le monopole des forces armées libanaises. Il doit œuvrer pour que les Forces armées libanaises soient la seule force militaire au Sud-Liban et, à terme, sur l’ensemble du territoire. Israël doit faire preuve de patience, approfondir sa coopération et considérer le succès de l’armée libanaise comme un objectif stratégique.
- Faire des États-Unis un partenaire dans la mise en œuvre, et non un simple médiateur entre Israël et le Liban.
- Proposer au Liban un « accord inversé ». Chaque mesure libanaise authentique et fructueuse contre le Hezbollah devrait être suivie d’un retrait israélien, d’une réduction de l’activité militaire, de l’ouverture de canaux économiques et d’un soutien à la reconstruction du Sud-Liban.
- Cibler le Hezbollah de manière sélective. Israël doit préserver sa capacité de dissuasion tout en affaiblissant le Hezbollah par des opérations ciblées, sans pour autant renforcer le discours de l’organisation auprès de la population locale.
- Faire du Liban une zone de concurrence avec l’Iran. Israël devrait présenter aux États arabes, aux États-Unis et à l’Europe la vision d’un Liban souverain vivant en paix aux côtés d’Israël. L’accent devrait être mis sur la promotion d’une alternative au Hezbollah, plutôt que sur la simple question de savoir comment l’arrêter. Israël devrait initier une action diplomatique régionale plus large.
Des terroristes du Hezbollah lors d’un exercice au Sud-Liban (archives). Photo : AP
La victoire israélienne au Liban n’aura pas lieu le jour où il ne restera plus aucun terroriste du Hezbollah au Liban, ni même au sud du fleuve Litani. Elle aura lieu le jour où le Liban décidera d’être un État et non un instrument de l’Iran, et le jour où il choisira de rompre ses liens avec ce pays.
Israël doit éviter que son conflit avec l’Iran ne soit lié à la situation au Liban. Au lieu de rester passif et de subir les événements, il doit prendre l’initiative, avec un intérêt manifeste à résoudre la question libanaise et à sécuriser sa frontière nord par des moyens autres que la seule action militaire.
JForum.fr avec ILH
Des partisans du Hezbollah brandissent le drapeau du groupe terroriste et le drapeau iranien à Beyrouth. Photo : Getty Images
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